LHJMQ

Plus de peur que de mal pour l'Océanic

Plus de peur que de mal pour l'Océanic

Mikaël Lalancette

Publié 11 février
Mis à jour 11 février

Les partisans de l’Océanic de Rimouski ont eu une bien mauvaise surprise au petit matin lundi.

Le quotidien suisse «Le Matin» rapportait qu’Alex Lafrenière sondait le marché européen en vue de la prochaine campagne.
 
Quelques heures ont passé et ses agents, de la firme Momentum Hockey, ont réagi un peu avant midi. 
 
Dans une communication écrite que j'ai obtenue en exclusivité, les agents de Lafrenière admettent qu’il y a eu communication avec certains clubs européens dans les derniers mois.
 
Le but? S’assurer que la direction choisie pour leur client soit la meilleure pour sa carrière, à court et à long terme.
 
«Après une mûre réflexion et l’analyse de la situation avec Alexis ainsi que sa famille, la décision a été unanime de poursuivre son stage junior dans l’organisation de l’Océanic de Rimouski pour la saison 2019-2020.»
 
Voilà pour la situation.
 
Il fallait s’attendre à ce que les informations sortent publiquement un jour. En coulisses, il y avait certaines rumeurs entourant l’avenir du numéro 11 de l’Océanic.
 
Auston Matthews a changé la donne
 
Soyons clairs. Ce qui a ouvert la porte à l’aventure du hockey européen, c’est qu’Alexis Lafrenière est un «late». En langage de hockey, comme il est né après le 15 septembre, il est admissible à une sélection dans la LNH un an plus tard, après les joueurs nés la même année.
 
Certains pourraient être tentés de reprocher la manoeuvre aux agents. Bien que je pense que l’avenue du hockey junior canadien soit la meilleure pour Alexis Lafrenière, je vois mal comment on peut reprocher aux représentants du natif de St-Eustache d’avoir évalué toutes les options pour lui.
 
Ils sont payés pour veiller aux intérêts primordiaux de Lafrenière et je pense qu’ils y arrivent plutôt bien.
 
Depuis qu’Auston Matthews a quitté les États-Unis pour les Lions de Zurich avant son repêchage de la LNH, on peut dire que la donne a changé.
 
Les clubs européens seront plus agressifs. Ils vont sortir les offres alléchantes pour attirer les meilleurs joueurs de la planète. Ils ont des moyens et veulent jouer du coude.
 
Après tout, année après année, une bonne centaine de joueurs européens quittent l’Europe pour l’aventure du hockey junior canadien et américain...
 
Pourquoi ne pourraient-ils pas jouer dans le même film?
 
Drôle de moment pour l'Océanic
 
Ces révélations sont dévoilées quelques heures après une 11e victoire d’affilée pour Rimouski et surviennent à un moment bien étrange : l’équipe cherche à terminer la saison en force et connaître de bonnes séries éliminatoires.
 
À la haute direction de l’Océanic, on dit n’avoir jamais été inquiets de «perdre» le jeune talent au profit de l’Europe. 
 
Par l’entremise du président Éric Boucher, la direction de l’Océanic a indiqué avoir travaillé en collaboration avec les agents et la famille d’Alexis Lafrenière, tout en obtenant l’assurance qu’il serait de retour à Rimouski l’an prochain.
 
Je n’en ai pas le moindre doute.
 
La famille d’Alexis Lafrenière est terre-à-terre. Ses parents ont toujours fait de grands efforts pour ne pas demander d’exceptions, se tenant à l’écart des projecteurs. C'est louable et on sent la sincérité dans leur démarche.
 
C’est pourquoi Lafrenière n’a pas obtenu le statut de joueur exceptionnel, alors qu’il était de cette trempe. 
 
Scénario catastrophique
 
L’impact d’un départ pour l'Europe aurait été catastrophique pour l’Océanic et la LHJMQ. Je dirais même la Ligue canadienne de hockey et Hockey Canada.
 
Selon mes informations, ces deux dernières entités étaient prêtes à aller de l’avant pour bloquer le transfert si cela avait été concret. 
 
Pour l’Océanic, on parle de centaines de milliers de dollars. Des commandites sont en jeu, des abonnements de saison, des articles promotionnels, et plus encore.
 
Sans compter les compensations de la LNH pour Rimouski quand Lafrenière sera choisi dans la LNH et qu’il fera le saut chez les professionnels avant l’âge de 20 ans.
 
Et je ne vous parle pas des billets que Lafrenière fait vendre dans les 17 autres villes de la LHJMQ!
 
Plus de peur que de mal
 
Cette année, la visite de l'Océanic a attiré plus de 10 000 spectateurs de plus que la moyenne dans 14 des 17 marchés visités. Ça ne compte pas le match de vendredi dernier à Saint-Tite! 
 
Ce sera d'une plus grosse ampleur encore l’an prochain quand Lafrenière et ses coéquipiers seront de passage dans les autres amphithéâtres du circuit Courteau à son année d'éligibilité au repêchage de la LNH.
 
Plus de peur que de mal, donc.
 
Mais c’est un rappel inquiétant pour nos dirigeants du hockey junior québécois et canadien.
 
Si nos meilleurs joueurs quittent pour la Ligue nationale de hockey à 18 ans et que nos joueurs les plus doués sont attirés en Europe avant même d’être sélectionnés par une équipe du circuit Bettman, que restera-t-il pour rendre attrayant le hockey junior d’ici?
 
Surtout que les équipes de la LNH aimeraient pouvoir faire jouer les choix de premier tour dans la Ligue américaine à 19 ans...
 
Voilà un dossier d'une importance capitale pour nos dirigeants.