Ski et planche

Mikaël Kingsbury : sur le toit du monde

Alain Bergeron

Publié | Mis à jour

Aucun grand enjeu n'échappe maintenant à Mikaël Kingsbury qui a remporté sur sa piste préférée, vendredi à Park City au Utah, l'épreuve individuelle des bosses aux championnats mondiaux de ski acrobatique.

Couronné champion olympique il y a presque un an jour pour jour à Pyeongchang, cette nouvelle consécration du skieur québécois est survenue au terme d'une froide soirée marquée également par le sixième rang louable de son pote Philippe Marquis et la cinquième place de Justine Dufour-Lapointe.

«World champion, baby!», a hurlé le champion à la caméra en voyant apparaître sa note finale de 84,89.

Dominant d'entrée

De toute évidence, la station de Deer Valley sourit à Kingsbury, comme en témoigne ses quatre victoires à ses quatre derniers départs de Coupe du monde sur ce parcours.

Sa domination de vendredi à la qualification initiale des 44 concurrents lui a permis de sauter une étape et de passer directement à la ronde demi-finale des 18, sur laquelle il a également régnée. Il restait donc l'ultime rencontre au sommet de six skieurs, dont les prétendants pressentis qu'étaient le Japonais Ikura Horishima, champion mondial en titre, et le Français Benjamin Cavet, vice-champion.

Dernier à s'élancer, l'empereur a finalement imposé son pouvoir en recueillant une note canon. La concurrence n'y pouvait rien. L'Australien Matt Graham (81,94) termine deuxième et le Japonais Daichi Hara (81,66), troisième.

Un jour, Kingsbury devra songer à construire un entrepôt pour ses trophées et ses prix. À ses 78 podiums en 96 Coupes du monde, dont 54 victoires, puis ses deux breloques olympiques, il compte maintenant huit médailles en neuf épreuves à des championnats du monde.

Philippe Marquis de Québec, qui dispute ses derniers championnats du monde, s'est offert un beau présent d'adieu avec son sixième rang. Après une rééducation de sept mois suite à une blessure à un genou, l'athlète de 29 ans a élevé son niveau à mesure qu'avançait la veillée. Douzième de la première qualification, il a dominé la deuxième, puis terminé cinquième en ronde demi-finale.

Justine D-L 5e

Impliquée elle aussi un peu plus tôt dans la ronde ultime, Justine Dufour-Lapointe, avec sa marque de 71,25, n'a pu résister au diktat de la Kazakhe Yulia Galysheva (79,14). L'Australienne Jakara Anthony (78,99) et la Française Perrine Laffont (78,70), championne olympique, ont occupé les autres marches du podium.

Chloé Dufour-Lapointe a été la première victime de la coupure. Résignée au septième rang, elle a raté par 50 centièmes de point le rendez-vous des six privilégiées.

Pour les skieurs québécois qui craignent de rentrer bredouilles de ces championnats, il leur reste une occasion de se reprendre avec le concours des duels, samedi soir.

La mecque du ski acrobatique

Il y a Kitzbühel pour la descente masculine en ski alpin, Heerenveen aux Pays-Bas pour le patinage de vitesse et il y aura toujours Deer Valley pour le ski acrobatique.

Un titre mondial à l’épreuve des bosses comporte une valeur ajoutée lorsqu’il se gagne à cette station de Park City déjà considérée comme la plus huppée des États-Unis, où les planches à neige sont interdites en raison des dangers qu’on leur prête. Le nom de la piste sur laquelle Mikaël Kingsbury et les Québécois se sont élancés vendredi dit tout : Champion.

Les particularités techniques rendent ce parcours le plus sélectif de l’industrie. C’est le plus long avec ses 256 mètres, suivi de celui de Mont-Tremblant à 247. C’est le seul, avec celui de Ruka en Finlande, qui impose l’inclinaison la plus prononcée à 29 degrés.

«Quand tu es au bas et que tu regardes la piste, on dirait qu’elle n’est pas si mal. Mais quand tu es en haut, puis que tu fixes vers le bas, disons que ça peut être intimidant», soulignait Philippe Marquis, cette semaine, pourtant pas un débutant avec ses 89 départs en Coupe du monde.

Un incontournable

Ce monstre, qui a présenté les épreuves des bosses lors des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002, se veut maintenant comme un incontournable. Le site accueille les Championnats mondiaux pour la troisième fois après ceux de 2003 et 2011. Depuis 2000, la Coupe du monde s’y est arrêtée chaque année, sauf en 2003 et 2004.

«C’est notre Kitzbühel à nous», a comparé Ludovic Didier, l’entraîneur de la puissante équipe de France.

Pour se rendre à la base de ce champ de mines, il faut monter à la marche durant une vingtaine de minutes depuis le chalet de ski. Les fumeurs et les cardiaques prennent souvent des pauses en chemin. Les poumons nous rappellent qu’on joue dans les 2500 mètres d’altitude ici.

Malgré cette commande physique et souvent dans le froid, des milliers de spectateurs s’y massent, même pour un programme en soirée comme celui de vendredi. Aux Jeux de 2002, plus de 13 000 avaient assisté à l’événement.

Mikaël Kingsbury n’avait que 19 ans lorsqu’il avait terminé troisième aux mondiaux tenus sur cette montagne en 2011. Maintenant que l’on connaît le mythe de ce terrain de jeu, ça devait lui picoter dans les bottes durant la journée de vendredi...