2018 CBS Upfront

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NFL

Tony Romo, nouvelle coqueluche

Publié | Mis à jour

Comme quart-arrière des Cowboys de Dallas, Tony Romo a essuyé toutes les critiques imaginables de la part d’amateurs acerbes, malgré un niveau de jeu plus que respectable. Pas assez performant sous pression, trop douillet, pas assez passionné par son sport, et quoi encore? Aujourd’hui, c’est le juste retour du balancier depuis qu’il a troqué les épaulettes pour le micro. À sa deuxième saison sur les ondes de CBS, l’ancien mal-aimé est devenu le phénomène de l’heure chez les analystes.

Il fallait voir la scène, mardi, lors d’une conférence de presse impliquant les différentes personnalités de la grande chaîne de télé américaine, qui diffusera le Super Bowl pour une 20e fois.

Les grands réseaux ont l’habitude de tenir de tels événements, habituellement plus ou moins courus, dans les jours précédant le duel au sommet.

Cette fois-ci, la salle nettement trop exiguë s’est retrouvée bondée de journalistes. Et ce n’était clairement pas pour les autres figures respectées de la station que chacun donnait du coude.

Immédiatement après la saison 2016, CBS a causé tout un boucan en annonçant que Romo accrochait ses crampons pour une transition immédiate à titre d’analyste.

Pas dans n’importe quelle chaise, de surcroît, puisque le réseau a tassé sur-le-champ le vétéran Phil Simms pour faire une place de choix à Romo aux côtés de Jim Nantz dans l’équipe de tête à la description des matchs de la NFL.

«Romostradamus»

Près de deux ans plus tard, les résultats sont probants. Nantz, dont la réputation n’est plus à faire, qualifie son partenaire de «gourou de la salle vidéo».

Au-delà des analyses pertinentes de Romo, son habileté à prédire plusieurs jeux-clés, notamment dans la finale de l’Association américaine opposant les Chiefs de Kansas City aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre, lui a valu le surnom de «Romostradamus».

«Tu dis seulement ce que tu vois et tu es chanceux de temps en temps. Ce n’est rien de plus que ça», mentionne humblement Romo, très décontracté à quelques jours de commenter son premier Super Bowl comme s’il s’en allait décrire une compétition amicale de volleyball sur la plage d’un tout-inclus.

La décision de CBS de jumeler Romo à Nantz, que plusieurs qualifiaient de périlleuse au départ, leur a plutôt permis de décrocher le gros lot.

«Nous n’avions aucune idée de la chimie qui pouvait se développer à l’écran entre les deux. On pensait que ça pouvait fonctionner, sinon on ne l’aurait pas fait, mais dès leur premier match ensemble, ils ont dépassé nos attentes», se délecte aujourd’hui le grand patron de CBS Sports, Sean McManus.

Pas de grand secret

Si un élément ressort du discours de Romo à l’aube du match ultime, c’est qu’il ne s’attendait surtout pas à une transition aussi fulgurante. Il s’est établi dans son nouveau rôle avec une aisance déconcertante, un peu comme un jeune John Madden l’avait fait bien avant lui, après un bref passage comme entraîneur-chef des Raiders d'Oakland.

«Je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire. C’était un choix parmi quelques options. Si les gens à la maison apprécient ma façon de faire, c’est tant mieux.

«Je me suis toujours dit que c’était plus agréable d’écouter un match avec de l’enthousiasme et de l’humour. Les gens sont humains et ont besoin d’être divertis. Il faut capter leur attention, surtout quand le match n’implique pas leur équipe et que leur attention est variable», soutient-il.

Aucune amertume

Évidemment, malgré cette nouvelle gloire, Romo n’est pas dupe. Il sait pertinemment que ses détracteurs, de moins en moins nombreux depuis son changement de boulot, trouveront le moyen de dire qu’il lui aura fallu un siège d’analyste pour finalement vivre l’euphorie du Super Bowl.

S’il admet que «ça fait encore bizarre de ne pas être ici comme quart-arrière», Romo savoure néanmoins le moment.

«Je ne peux pas dire si c’est différent parce que je n’ai jamais eu la chance de jouer ce match. Je suis juste privilégié d’être de l’événement aujourd’hui. C’est dur sur les nerfs, peu importe ton rôle, quand tu te retrouves dans cette position, mais il faut se calmer et se rappeler que c’est du football», a-t-il conclu.

Un avenir comme entraîneur?

Le don unique dont Tony Romo dispose pour décortiquer des formations, stratégies et jeux a fait de lui, aux yeux de certains intervenants de la planète football, un candidat idéal pour un futur poste d’entraîneur. Le principal intéressé ne ferme pas la porte, loin de là.

Cette semaine, le coordonnateur défensif des Rams et ancien entraîneur-chef des Cowboys, Wade Phillips, s’amusait à dire qu’il aimerait bien entendre les analyses de Romo dans ses écouteurs face aux Patriots, puisqu’il saurait ainsi quel jeu s’en vient.

«Ce ne serait probablement pas une bonne idée», a badiné l’analyste, mis au parfum mardi des propos flatteurs de son ancien patron, de 2007 à 2010.

N’empêche que la propension de Romo à lire l’avenir en observant les joueurs et stratagèmes déployés sur le terrain a fait en sorte que plusieurs supporteurs des Cowboys ont été jusqu’à implorer leur équipe de l’embaucher comme coordonnateur offensif après le congédiement de Scott Linehan.

«Ils devront attendre!», a lancé Romo en spécifiant qu’un tel poste l’intéressera à un certain moment dans sa carrière.

«Je suis sûr qu’un jour je serai dans le "coaching". Pour l’instant, je suis très heureux dans ce que je fais.»

Chose certaine, ceux qui doutaient de son ardeur au travail comme quart-arrière sont aujourd’hui confondus. Ce n’est pas par hasard que sa lecture du jeu est si juste.

«C’est un peu la même chose que quand je jouais. Quand j’analyse, je regarde encore les choses de la perspective d’un quart-arrière. J’observe le personnel, les formations, la protection, et j’identifie quelles situations sont possibles à partir de là», a-t-il expliqué.

Une prédiction...

À titre de «Romostradamus», l’analyste a d’ailleurs vite été invité mardi par les médias présents à se prononcer sur l’issue du Super Bowl 53 entre Rams et Patriots.

«Ce sera 28-24 et l’équipe qui a 24 points aura le ballon à la fin du match, mais ne réussira pas à marquer», a-t-il prédit, amusé, sans révéler le gagnant dans sa boule de cristal.

Et si le domaine des prévisions footballistiques ne lui souriait pas, il restera toujours la météo!

«On m’a dit qu’ils paient plus que CBS. Je vais y penser...», a-t-il glissé, son éternel sourire espiègle collé au visage.