Impact

La vraie mission de Kevin Gilmore en 2019

La vraie mission de Kevin Gilmore en 2019

Vincent Destouches

Publié 24 janvier
Mis à jour 24 janvier

Lors de sa fameuse table ronde de l’automne, Joey Saputo avait évoqué l’idée de prendre du recul. Il avait aussi mentionné vouloir davantage gérer l’Impact comme une business.

Les indices étaient là. De bien des manières, la table était même mise pour la passation de pouvoir qui s’est opérée ce mardi 22 janvier 2019, dans l’enceinte du Stade Saputo. La décision apparaît soudaine, mais la réflexion ne l’était pas, puisque selon mes informations, Saputo envisage ce coup de barre au sommet du club depuis un an.

L’Impact de Montréal, c’est son bébé. Ce que Saputo a fait pour le club, et par extension pour la ville, personne ne pourra lui enlever. Cependant, sous sa présidence, le club a erré, ratant les séries quatre fois en sept saisons et voyant défiler cinq entraîneurs différents, au grand déplaisir d’une communauté de partisans de plus en plus défiante.

Il y a eu des années plus fastes, où l’Impact a montré tout ce qu’il pouvait être, atteignant la finale de la Ligue des champions de la CONCACAF en 2015, et celle de l’Association de l'Est de la MLS en 2016.

Le club aurait pu continuer longtemps ainsi, avec de bonnes saisons par-ci, par-là comme justification aux années difficiles, dans une ligue où le couperet de la relégation ne fait peur à personne. Mais il est préférable de penser le changement que changer le pansement. Il fallait donc être courageux et lucide pour admettre que le club pouvait atteindre un autre palier dans les mains d’un autre, et Saputo l’a été.

Hier encore, le président Saputo était en première ligne. Aujourd’hui, le propriétaire Saputo est dans la position de fixer les objectifs et distribuer les bons et les mauvais points au nouveau président de l’équipe, Kevin Gilmore. C’est tout un changement, qui lui sera également profitable.

Objectif : revenus

Gilmore a réussi sa rentrée médiatique, sous le signe du changement – de culture, d’état d’esprit, de ton. Venu pour inspirer confiance, il a notamment affiché une ambition libératrice pour bien des partisans, en assurant vouloir agir comme un club de gros marché. Une belle phrase, qui vient symboliquement enterrer la « mentalité USL » dont on a souvent affublé l’Impact. Mais concrètement, ça signifie quoi?

Ça veut dire commencer à brasser les dollars comme un club digne de ce nom. En premier lieu, les gros poissons que l’Impact veut ferrer, ce ne sont pas les vedettes du ballon rond, mais des clients.

Ne vous y trompez pas : la première mission de Gilmore, c’est bien de profiter de l’attention que suscite son arrivée pour accentuer la visibilité du club, faire une percée au sein du Québec inc., rameuter de nouveaux commanditaires, attirer de nouveaux revenus. En l’état actuel des choses, c’est ce qui permettra au club d’atteindre un nouveau palier – et au propriétaire de ne pas toujours avoir à sortir son portefeuille.

Je ne suis donc pas surpris qu’au milieu d’un discours positiviste, Gilmore ait passé un petit coup de gueule au sujet des abonnements de saison du Bleu-Blanc-Noir. Pour le club, c’est le nerf de la guerre. Plus il y aura de spectateurs réguliers, plus il y aura de partenaires corporatifs et de loges vendues, plus le club pourra jouir d’une vraie politique commerciale et enfin mettre ses finances sur les bons rails.

En ce sens, l’arrivée de Gilmore ne fait peut-être pas de l’Impact une équipe plus talentueuse sur le terrain, mais elle permet au club d’envisager un avenir plus pérenne, et c’est bien le plus important pour ses partisans et tous les amateurs de soccer.

Alors oui, il va falloir agir comme un gros club, aller voler quelques clients aux Canadiens ou aux Alouettes, créer une émulation autour de son nom, de son stade... et de ses joueurs, bien entendu.

Pour envoyer un signal fort à l’intérieur de son marché et affirmer sa toute nouvelle ambition, le club a tout intérêt à réaliser quelques coups sur le marché des transferts, à terme – car le processus de la saison 2019 est largement entamé.

Mais surtout, attendez-vous à du travail de coulisses, où se situe la plus grande marge de progression du club.

Un exemple : l’Académie est vue comme une dépense? Trouvez-lui un commanditaire! Il doit y en avoir, des partenaires prêts à s’associer au seul domaine du club rimant avec excellence et qui souhaitent cibler les jeunes en utilisant le sport le plus pratiqué par ceux-ci au Québec.

Bref, vous le savez, il y a encore énormément de choses à faire avec ce club. On sait ce que l’Impact est, mais on ne fait qu’imaginer ce qu’il peut devenir. La mission de Gilmore est de nous le montrer, en fixant les standards les plus hauts possible.

Il reste un trou

En terminant, je veux vous parler du secteur technique, car, à mes yeux, il manque quelqu’un dans l’organigramme du club.

Gilmore l’a dit, il n’est pas du genre à faire de l’ingérence dans le domaine sportif, qu’il maîtrise moins. Mais alors, qui est le garant de la politique sportive de l’Impact?

Rémi Garde? Cela fait beaucoup de casquettes et de responsabilités pour un homme qui, inévitablement, finira par partir... Et le cas échéant, qu’adviendra-t-il de la direction sportive qu’il aura insufflée au club? Par ailleurs, qui serait chargé de lui trouver un éventuel remplaçant?

Bien sûr, je me projette. Garde est là et bien là. Mais la structure, c’est ce qui permet d’envisager les aléas de la vie sportive avec sérénité, en gardant le cap, quel qu’il soit. L’Impact ne peut se vanter d’avoir un tel cap, et pour cette raison, il aurait avantage à se doter d’un capitaine pour le fixer et le maintenir, aux côtés de l’entraîneur.

Est-ce que Nick De Santis, que Garde cite régulièrement par les temps qui courent, est amené à le redevenir? J’en doute, d’autant qu’il a de l’ouvrage au sein de la toute nouvelle cellule de recrutement. Alors, est-ce que le rôle de Patrick Leduc, nouvellement directeur administratif des opérations soccer, peut évoluer en ce sens? Nous verrons.