SPO-WEEK-END RALLYCROSS DU GRAND PRIX DE TROIS-RIVIÈRES

Crédit : ANDREANNE LEMIRE / AGENCE QMI

F1

Villeneuve veut faire primer le talent sur l'argent

Publié | Mis à jour

L’époque où seul le talent était une porte d’entrée privilégiée en sport automobile est révolue depuis longtemps.

En lançant la nouvelle filière Feed Racing, dont les grandes lignes ont été dévoilées mardi, à Paris, Jacques Villeneuve entend redonner espoir à tous ces jeunes qui n’ont pas les moyens financiers d’accéder aux plus hautes sphères de la course.

«On veut nourrir le talent [le mot feed a été choisi à cet égard], c’est aussi simple que ça, affirme le champion du monde de F1 en 1997, en entrevue au "Journal de Montréal". C’est bien plus que de promouvoir la relève, c’est de donner la chance au talent.»

Dans le temps, des pilotes moins fortunés avaient des chances de gravir les échelons et d’atteindre la F1. Et le premier nom qui nous vient en tête, c’est celui de son père.

«C’est le parfait exemple, répond Villeneuve. Et vous faites bien de le mentionner. Gilles n’avait aucune raison de débarquer en F1. Mais il y est parvenu parce qu’on donnait la chance aux pilotes rapides.»

Ferrari n’a jamais regretté de l’avoir choisi. Si papa n’avait pas été fauché en Belgique, le 8 mai 1982, il aurait été sacré champion du monde la même année.

Campagne de détection

Villeneuve décrit cette nouvelle aventure, qu’il mène avec son associé et ami de longue date Patrick Lemarié, comme une campagne de détection, bien plus qu’une école de pilotage.

«Patrick est lui-même issu d’une filière en sport automobile, explique Villeneuve. Il a gradué en même temps qu’Olivier Panis [le dernier Français vainqueur d’un Grand Prix de F1, à Monaco, en 1996]. Alain Prost, quadruple champion du monde, a lui aussi suivi le même chemin.»

Villeneuve veut contribuer à aider ces jeunes en mal de ressources.

«Aujourd’hui, avec du talent et de la volonté, tu ne vas nulle part, renchérit-il. Ça ne sert à rien d’essayer. Bon nombre de parents viennent me voir pour me demander ce que leur enfant doit faire après le karting. Ma réponse, c’est de lui conseiller de faire autre chose. C’est triste, mais c’est la réalité. Sans argent, il n’y a pas d’avenues. Les kids n’ont plus le droit de rêver.»

«Moi, j’ai quatre fils, enchaîne-t-il. Je ne les pousserai jamais à faire de la course. Ma réponse, c’est non. Je ne veux pas leur offrir Noël tous les jours. Je ne trouverais pas ça éducatif.»

Un volant en F4 au gagnant

Le programme Feed Racing, destiné aux candidats âgés de 14 à 20 ans, comportera cinq jours de tests à bord d’une F4 au coût de 11 500 euros (environ 17 000 $ canadiens), taxes incluses.

Au total, 96 inscriptions seront acceptées. Puis, on retiendra les 40 plus rapides (au chrono) pour les quarts de finale, 24 pour les demi-finales et huit pour la grande finale prévue en novembre sur le circuit de Magny-Cours, en France.

«On veut voir une réelle progression, une soif de gagner», dit Villeneuve.

Le gagnant (qui sera déterminé par un panel de jury) ne remportera rien de moins qu’un volant à temps plein dans une série de F4 en Europe.

«On penche vers le championnat italien, qui est très compétitif, souligne Villeneuve. Un pilote qui veut s’y engager doit débourser près d’un demi-million d’euros. Une seule séance d’essais privés coûte 8000 euros à elle seule.»

Villeneuve veut attirer des pilotes venus de partout, garçons ou filles.

«On recherche des candidats capables de rouler vite, de supporter la pression et d’être autodidactes», indique-t-il.

«Un autre prérequis est celui de n’avoir jamais détenu une licence de compétition, outre en karting.»

Pourquoi pas au Canada?

La période d’inscriptions s’est amorcée mercredi et l’affluence, provenant d’Europe, mais aussi d’ailleurs, confirme déjà un engouement pour cette initiative.

«Nous amorçons ce programme en France, conclut Villeneuve, mais on souhaite l’étendre ailleurs, et pourquoi pas au Canada?»

Le pilote de 47 ans, qui participera cette année au Championnat Euro NASCAR, a dessiné un circuit de course [Area 27] en Colombie-Britannique et il verrait d’un bon œil son académie s’y installer.