Source: Pat Laprade

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Lutte

Michel «Justice» Dubois nous quitte à l’âge de 71 ans

Michel «Justice» Dubois nous quitte à l’âge de 71 ans

Patric Laprade

Publié 05 janvier
Mis à jour 05 janvier

Tel un super héros, Michel Lamarche a vécu un phénomène de double personnalité tout au long de sa carrière.

En effet, le lutteur qui a vu le jour à St-Lin le 9 février 1947 était connu sous deux noms complètement différents. Si vous parlez de lui à des amateurs de lutte aux États-Unis, principalement sur la côte ouest, ils vous diront que son nom est Alexis Smirnoff. Si vous parlez à des fans du Québec, ils vous diront qu’il s’agit de Michel «Justice» Dubois.

«C’est Bob Langevin qui m’est arrivé avec le nom de Dubois. Les frères Dubois étaient bien connus du milieu interlope au Québec dans les années 60 et étaient reconnus pour être des durs à cuire, se rappelait Lamarche, lors d’une de nos conversations. Puis, dans l’un de mes matchs, j’ai crié le mot ‘justice’ et le surnom m’a suivi depuis.»

C’est donc au Québec qu’il utilisera principalement ce personnage, arrivant au ring avec une toge et un chapeau, donnant le visuel qu’il servait la justice.

Malheureusement, Lamarche est décédé samedi le 5 janvier, vers midi trente, dans un centre pour soins palliatifs de la région d’Atlanta en Géorgie. Il a été accompagné pour son dernier repos par son épouse des 41 dernières années, Julie, et sa fille Chantale. Atteint de diabète depuis plusieurs années – il avait même été amputé d’une jambe – la maladie avait attaqué ses reins ces derniers temps. Il a fait plusieurs allers-retours à l’hôpital dans la dernière année, dont le dernier où il avait reçu le diagnostic que ses reins et sa vessie avaient été attaqués et qu’il n’y avait plus rien à faire. Il a passé Noël en famille à la maison, mais quelques temps plus tard, ses reins ont complètement lâché. Il avait aussi perdu l’usage de la parole lors de cette attaque qui s’avéra fatale. Sa famille précise cependant qu’il est décédé avec le sourire, dans son sommeil, sans douleur.

Pas assez prêt pour Johnny Rougeau, il revient en force

Entraîné par Édouard Carpentier, Lamarche a eu son premier match à la télévision au printemps de 1969, un squash (match à sens unique) de deux minutes contre Abdullah the Butcher.

Puis, on lui donne le personnage du Green Hornet. Lui et Cowboy Jones seront les lutteurs sous les masques de ce super héros, mais l’aventure ne dure qu’un mois pour Michel, car Johnny Rougeau ne le trouvait pas assez prêt. L’expérience le force à se retrousser les manches et à revenir encore plus fort. Il va donc dans les Maritimes, sur l’invitation du promoteur Rudy Kay, où il passe tout l’été et apprend davantage les rudiments du métier sous la férule de Léo Burke et de Bobby Kay. À la fin de 1969, il se retrouve à Kansas City pour le promoteur Bob Geigel, mais des problèmes d’immigration raccourcissent son séjour et il ne sera que deux mois au Missouri. Il revient donc à Montréal un lundi et décide d’aller faire un tour au centre Paul-Sauvé.

«Paul et Jos Leduc m’avaient vu dans les Maritimes et ils ont parlé pour moi à l’office en disant que je m’étais amélioré et que j’étais devenu un bon lutteur.»

Peu de temps après son retour, cette fois-ci sous le nom de Michel Dubois, il fait équipe avec Fidel Castillo et les deux deviennent champions par équipe. Dubois et Castillo allaient affronter les équipes «babyfaces» du temps, telles que les frères Rougeau et les frères Leduc. Il devient aussi champion en simple, prouvant à Johnny Rougeau qu’il s’était amélioré depuis son premier séjour.

Entre 1971 et 1974, Lamarche retourne aux États-Unis, sous le nom de Mike «The Judge» Dubois, traduisant mot pour mot son personnage du Québec. Il lutte en équipe avec Castillo, mais aussi en simple dans des territoires comme les Carolines, la Georgie et même un match à la WWWF à Pittsburgh en 1972, tout en passant ses étés dans les Maritimes. En 1974, alors que la lutte au Québec mourrait à petit feu, Lamarche retourne pour de bon aux États-Unis, pour le territoire de Mid-Atlantic, l’un des plus réputés à l’époque, où il fait équipe avec Freddie Sweetan.

De justicier à Russe

Toujours en 1974, un autre lutteur qui avait connu du succès à Montréal allait changer la carrière de Lamarche.

«J’étais sur une même tournée qu’Ivan Koloff et il m’avait dit que j’étais un bon travaillant, un bon lutteur, mais en anglais, je ne serais jamais over.»

Koloff était un Franco-Ontarien qui avait connu du succès avec son personnage de Soviétique. L’idée mijote dans sa tête et en janvier 1977, Pat Patterson l’appelle pour lui dire qu’il a parlé à Roy Shire, le promoteur du territoire à San Francisco et qu’ils auraient besoin de lui.

«J’étais à bord d’un vol entre Detroit et Montréal et je lisais un magazine. L’une des publicités était la vodka Smirnoff. Le nom vient donc de là», me racontait Lamarche.

C’est à ce moment qu’il déménage à San Francisco et avec le personnage du Russe, Alexis Smirnoff, obtient beaucoup de succès, principalement grâce à Patterson.

«J’ai remporté le titre US à San Francisco dans un match "loser leaves town" face à Pat Patterson. Tout le monde me criait que j’étais pour quitter la ville et ils sont restés tellement figés quand j’ai battu Pat. Ça faisait 14 ans que Patterson était à San Francisco. On aurait pu entendre une aiguille tomber», racontait avec fierté Lamarche.

Il reste la majeure partie de 1977 à San Francisco, luttant avec les Ray Stevens, Harley Race, The Sheik, de même que de très jeunes lutteurs tels que Sgt. Slaughter, Roddy Piper et Jimmy Snuka. Par la suite, Lamarche commence à lutter au Japon pour l’IWE, la troisième promotion nipponne en importance à ce moment. Il y connait beaucoup de succès, entre autres grâce à une rivalité avec Rusher Kimura, où les deux se sont échangés le titre de la promotion. Il lutte aussi pour All Japan et New Japan, ayant d’excellents matchs avec Antonio Inoki et Giant Baba. Il a sans contredit été l’un des Québécois ayant le plus de succès au Japon.

«J’avais commencé à aller au Japon au début des années 70. J’y suis allé pour un total de 10 ans, environ trois fois par années pour un total d’une trentaine de tournées. J’ai travaillé avec Fujinami, Tsuruta, Brody, Inoki, Baba, bref pas mal tout le monde. Je gagnais 6 000 $ par semaine, 15 semaines par année au Japon.»

Seuls Lamarche et Maurice Vachon, parmi les Québécois, auront l’opportunité de remporter un titre là-bas. À la fin des années 70, il travaille au Texas pour les Funk avant de retourner dans les Carolines, faisant équipe avec un autre Québécois, Sgt. Jacques Goulet, ou si vous préférez, René Goulet. Goulet et Lamarche ont fait équipe pendant deux ans sur ce territoire. Une autre belle opportunité pour Lamarche sera celle de lutter en équipe avec celui qui lui avait suggéré de changer de personnage aux États-Unis, nul autre qu’Ivan Koloff. De la fin de 1979 jusqu’à la fin de 1981, ils ont parcouru le territoire de la Georgie, remportant les titres en cours de route et luttant contre Ole Anderson, Jack Brisco, Kevin Sullivan et tous les autres talents du territoire. Leur dernier combat en équipe fut en 1982 à Charlotte contre Giant Baba et Genichiro Tenryu. C’est d’ailleurs au début des années 80 qu’il revient au Québec, luttant principalement en équipe avec Pierre «Mad Dog» Lefebvre, qu’il avait pris sous son aile. Il avait aussi eu une rivalité avec Dino Bravo. Ce dernier l’avait battu pour remporter son tout premier titre avec Promotions Varoussac.

Puisqu’il était situé sur la côte ouest, il a lutté pour la WWF quand celle-ci présentait des événements dans cette région. Il luttera contre plusieurs lutteurs bien connus de la WWF, incluant Tito Santana, Pedro Morales, Bret Hart et il a même remplacé Nikolai Volkoff dans son équipe avec The Iron Sheik à plusieurs reprises. Il a aussi lutté à Hawaii et en Australie durant ces années. Puis en 1986, l’AWA fait appel à ses services, par l’entremise de Ray Stevens, un bon ami de Michel. Verne Gagne lui donne le nom de «La Machine» Cecil Dubois, faisant référence à ses origines francophones et au nom qu’il avait au Québec. Avec l’AWA, il travaillera avec un jeune Curt Hennig (Mr. Perfect) et un jeune Leon White (Big Van Vader). Vince McMahon le rappelle pour une dernière tournée au Koweït en 1987. Après avoir pris sa retraite du ring, il a fondé une école de lutte à San Francisco, qu’il a eue de 1988 à 1993. Mais en 2000, il est revenu à Montréal pour lutter un vrai dernier combat pour la promotion de Jacques Rougeau Jr.

«J’y suis allé pour faire plaisir à Jimmy (Jacques).»

Il a d’ailleurs toujours été considéré comme un ami de la famille Rougeau. Il appelait Jacques Sr. de façon régulière et avait aussi appelé Raymond à quelques reprises dans la dernière année. Il y avait même une possibilité qu’il fasse partie du dernier spectacle de Jacques Rougeau Jr au mois d’août dernier, mais finalement, ça ne s’est pas concrétisé. La dernière fois qu’il a reçu un hommage avait été quelques mois auparavant, au mois de mai, alors que le Cauliflower Alley Club lui avait remis un prix pour l’ensemble de sa carrière.

«Il était fatigué rapidement, mais il était très heureux et surtout très fier d’être honoré de la sorte», raconte l’auteur et historien Bertrand Hébert, qui avait eu la chance de faire le discours d’introduction pour Michel cette soirée-là.

Durant toutes ces années passées en Californie, Lamarche avait aussi participé à plusieurs tournages, en grande partie grâce à l’ancien promoteur et entraîneur Gene LeBell. Mis à part des publicités de concessionnaires, il avait aussi joué dans les films Bad Guys, Body Slam, Alcatraz 2000, en plus de jouer dans la télésérie The Fall Guy avec Lee Majors.

Malgré qu’il ait connu beaucoup plus de succès à l’extérieur du Québec, il était fier d’être Canadien et disait qu’il avait eu beaucoup de plaisir à Montréal. D’ailleurs, dans les derniers mois, il avait émis le souhait de revenir habiter au Québec. Il s’était classé 14e dans la liste des meilleurs lutteurs québécois publiée dans notre livre «À la semaine prochaine, si Dieu le veut!» et avait été intronisé au Temple de la Renommée de la Lutte au Québec en 2008.

Pour une dernière fois...

Sur une base personnelle, j’ai très bien connu Michel dans les dernières années. Je l’avais rencontré pour la première alors qu’il était venu visiter sa sœur à la maison familiale de Saint-Calixte. Puis à compter de ce jour-là, on s’appelait mutuellement quelques fois par année. Il me demandait des nouvelles de ce qui se passait au Québec, des anciens lutteurs qu’il connaissait. On parlait de lutte de façon générale. Il aurait encore aimé travailler avec les jeunes lutteurs d’aujourd’hui. Quand il trouvait que ça faisait trop longtemps que je ne l’avais pas appelé, il m’appelait en me demandant si j’étais choqué contre lui. Ça me faisait tout le temps rire!

On avait d’ailleurs passé beaucoup de temps ensemble il y a quelques années à Las Vegas où se tiennent les réunions d’anciens lutteurs du CAC. Quand il a su que l’organisation allait l’honorer, il m’a tout de suite appelé et m’a demandé de faire son discours d’introduction. J’ai évidemment tout de suite accepté. Cependant, le banquet se tenait le mercredi 2 mai et la WWE venait à Montréal avec Raw et SmackDown Live les deux jours précédents. Le mercredi était notre tournage ici à TVA Sports et comme c’était notre première diffusion du Centre Bell, je n’avais pas le choix de rester ici. J’ai proposé à Michel que mon collègue avec qui j’ai écrit l’histoire de la lutte au Québec et la biographie de Mad Dog Vachon, Bertrand Hébert, prenne ma place, ce qu’il a fait.

Je n’avais pas eu la chance de lui reparler depuis et je m’étais justement dit dans le temps des fêtes qu’il faudrait que je lui donne un coup de fil. Lorsque j’ai appris qu’il n’allait pas bien dans la journée de vendredi, j’ai appelé sur son cellulaire. Sa femme m’a répondu et m’a expliqué le tout. Mais puisqu’il pouvait entendre et qu’il réagissait quand on lui parlait, elle a mis le téléphone sur son oreille et j’ai pu lui adresser quelques mots. Je l’ai remercié pour tout ce qu’il avait fait pour nous, que tout allait bien se passer et que j’avais apprécié son amitié. Il est décédé 17 heures plus tard.

Michel Lamarche laisse dans le deuil sa sœur Danielle, sa femme Julie, ses filles Dawn Marie et Chantale ainsi que son fils, Michel Jr. En mon nom et au nom de tous les amateurs de lutte du Québec, j’aimerais souhaiter à sa famille mes plus sincères condoléances. Le Québec perd un autre de ses grands lutteurs.