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Paul Rivard

La tueuse de géantes

La tueuse de géantes

Paul Rivard

Publié 05 janvier
Mis à jour 05 janvier

On savait que Bianca Andreescu avait du talent. Les dirigeants de Tennis Canada prédisaient l’an dernier qu’elle pourrait éventuellement joindre le top 10 mondial.

Mais s’attendaient-ils à ça?

L’adolescente ontarienne a non seulement fait écarquiller les yeux des amateurs de tennis du Canada, en ce début de janvier, mais également ceux des amateurs du reste de la planète. Ce qui lui a valu ce genre de titre sur le site internet de la WTA, après des victoires successives, les 3 et 4 janvier, aux dépens de deux très grands noms. «Andreescu giant-killing Auckland run continues...».

Clin d’œil amusant au fameux conte intitulé «Jack le tueur de géants» qui a bercé tant d’enfants à l’heure du dodo. D’ailleurs, Bianca se faisait peut-être endormir par ses parents avec ce conte, au début de ce siècle, pendant que Venus Williams alignait les finales et les titres du Grand Chelem.

Conte ou prémonition?

Toujours est-il qu’après Caroline Wozniacki, 3e mondiale, jeudi, Andreescu s’est farcie dès le lendemain la déjà légendaire Venus Williams, 39e au classement de la WTA.

Et, au lieu d’être inconsciemment satisfaite, psychologiquement, et de connaître le relâchement tout à fait normal auquel on pourrait s’attendre, elle a enchaîné avec une victoire en demi-finale aux dépens de la Taïwanaise Su-Wei Hsieh, 28e, pavant la voie à la première présence de sa carrière dans un tournoi officiel de la WTA.

Ah oui... j’allais l’oublier. Avant ces quatre victoires étonnantes, Andreescu avait dû passer par trois matchs de qualification. C’est ce qui s’appelle «défoncer l’année» d’époustouflante façon, comme on dit chez nous.

L’éclosion d’un énorme potentiel

Déjà, à l’été 2017, on voyait poindre l’étendue de ses possibilités. Tout juste âgée de 17 ans, dans le cadre du tournoi de Washington, elle avait battu quelques joueuses connues, telles Camila Giorgi et Kristina Mladenovic. Puis, en 2018, elle a fait bonne figure face aux Irina Camelia-Begu et Lesia Tsurenko, dans des matchs de Fed Cup, en plus de compiler un dossier de 36-12 lors de 48 matchs disputés dans de nombreux tournois de niveaux ITF.

Mais là... on était rendu ailleurs. Et cet «ailleurs», c’était à l’autre bout de la planète, en Nouvelle-Zélande, assorti d’un décalage de 18 heures.

L’espace de quelques matchs, Andreescu a fait un bond phénoménal dans la hiérarchie de la WTA. Partie de la 152e position, elle devrait se balader aux alentours de la 107e place lors de la parution des nouveaux classements  Une amélioration de 45 échelons!

Elle frappe à la porte du top 100.

Ce tournoi de rêve pour Andreescu, ce n’est pas sans rappeler celui de Montréal, en 2017, quand son compatriote Denis Shapovalov, lui aussi âgé de 18 ans, devait aligner des victoires contre des noms prestigieux comme Juan Martin Del Potro et Rafael Nadal, en l’espace d’une trentaine d’heures. Et Shapovalov aussi, à 18 ans, faisait la Une du site internet de l’ATP.

À ce moment, Shapovalov était lui aussi devenu «Denis, le tueur de géants».

Auckland en un coup d’œil

Voici un rappel des victoires d’Andreescu à Auckland. Si l’on inclut son récent tournoi en novembre, en Oklahoma, la jeune Canadienne a inscrit 12 victoires consécutives.

Janvier 2019 (Auckland) : 
Qualifications

  • V- Kristina Kucova (259e)  (6-2, 6-0)
  • V- Jaimee Fourlis (206e) (7-5, 6-1)
  • V- Laura Siegemund (113e) (3-6, 6-3, 6-3)

Tableau principal

  • V- Timea Babos (59e) (6-4, 7-6 (6))
  • V- Caroline Wozniacki (3e)  (6-4, 6-4)
  • V- Venus Williams (39e) (6-7 (1), 6-1, 6-3)
  • V- Su-Wei Hsieh (28e) (6-3, 6-3) 

Bouchard : enfin le retour?

Eugenie Bouchard a affiché une surprenante régularité depuis le milieu du mois d’octobre dernier et, malgré la pause annuelle de novembre et décembre, elle a livré une série de performances plutôt inhabituelles dans son cas, soit une série de succès réguliers. Et contre de bonnes joueuses, qui plus est.

Classée 87e mondiale, ce sont des rivales du top 30, du top 20 et même une du top 10 que Bouchard a affrontées. Elle a gagné une grande partie de ces matchs et elle n’a perdu contre les deux mieux classées qu’après de solides et respectables batailles. Comme la dernière, en quarts de finale à Auckland, face à Julia Goerges.

Depuis le 15 octobre, l’athlète de 24 ans a compilé une fiche plus qu’intéressante de 7-3. Elle est passée du 108e au 79e échelon au classement de la WTA.

Serait-ce (ENFIN) l’heure du retour tant attendu pour «Genie»?

Voilà au moins quatre ans qu’on parle de cet éventuel retour d’Eugenie Bouchard. Qu’on en parle et qu’on l’espère.

Évidemment, lorsqu’on a été 5e joueuse mondiale à 20 ans et que les quatre années suivantes n’ont été qu’une suite de déceptions, blessures, contre-performances, désordres alimentaires, changements d’entraîneurs, blessures (encore) et manque de motivation, le tout entrecoupé des pertes de commanditaires conséquentes aux revers précédents, il n’est pas surprenant d’espérer un «retour» vers le haut. Surtout lorsqu’on a connu la griserie des sommets.

Au fil de ces années noires, les fidèles supporters de la joueuse québécoise ont maintenu leur allégeance, mais ont petit à petit cessé de penser qu’elle pourrait se retrouver à nouveau dans le saint des saints de cette suprématie mondiale au tennis féminin.

Top 50 ?... voire top 20, pour être extrêmement optimiste? Qui sait?...

Récent parcours de Bouchard

Voici, en détails, le parcours de Bouchard depuis la mi-octobre.

N.B. : Au moment de ce tournoi, elle était 108e mondiale. Les classements de ses adversaires, à la même date, y sont également indiqués. Même situation pour Hawaii et Auckland, deux mois plus tard, au moment du tournoi, alors que «Genie» était 87e.

Octobre 2018 (Luxembourg) : 

  • V- Timea Babos (63e) ( 6-4, 6-2)
  • V- Carla Suarez-Navarro (24e) (6-1, 6-0)
  • V- Andrea Petkovic (67e) (4-6, 4-0, ret.)
  • D- Julia Georges (9e) (6-7 (3), 7-5, 6-1)

Décembre 2018 (Hawaii – exhibition) : 

  • V- Coco Vandeweghe (100e) (6-0, 7-6)
  • V- Garbine Muguruza (18e) (7-5, 6-1)
  • D- Elise Mertens (12e) (2-6, 7-5, 12-10)

(elle avait balle de match contre Mertens)

Décembre 2018 – Janvier 2019 (Auckland) : 

  • V- Madison Brengle (88e) (6-3, 6-3)
  • V- Bibiane Schoofs (174e) (6-7 (5), 6-4, 6-4)
  • D- Julia Goerges (14e) (3-6, 6-3, 7-6 (6))

(elle avait balle de match contre Goerges)