Ski et planche

Alex Harvey, la machine est déréglée

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Alex Harvey nous a habitués à de grandes actions dans sa carrière, mais jamais comme celles-ci: non seulement il abandonne le Tour de ski dans lequel il n’allait nulle part, mais il rentre à la maison dans l’espoir de retrouver un équilibre physique et moral.

Pour sortir ainsi d’Europe au milieu d’une saison et revenir au Québec, il est évident que la machine est déréglée. L’athlète de 30 ans en est venu à cette conclusion, jeudi, après en avoir bavé durant la poursuite de 15 km en style libre disputée à Oberstdorf en Allemagne.

Sa misère du jour venait de le faire dégringoler du 14e au 22e rang au classement général du Tour, à 3 min 27 s du meneur, le Norvégien Johannes Hoesflot Klaebo.

Plutôt que de se prêter au protocole de récupération physique de circonstance suivant la cinquième des sept épreuves du Tour, Harvey et l’équipe canadienne de ski de fond épluchaient les options visant son retour à Saint-Ferréol.

«Ça prend un reset, autant physique que mental. À vivre déception après déception chaque week-end, ce n’est pas bon d’être loin de chez nous. Je vais revenir à la maison et essayer de remettre les compteurs à zéro», nous a-t-il expliqué.

Le repos de Davos n’a pas suffi

Cette cinquième étape du Tour de ski a révélé des difficultés qu’éprouve Harvey depuis le début de la saison. Même s’il se sentait encouragé par une troisième place au sprint individuel de Lillehammer, le 30 novembre, ses autres résultats l’ont cependant tenu loin des zones rassurantes de performance auxquelles il s’était habitué dans les premières moitiés de saison.

Des questionnements le suivent depuis quelques semaines, surtout dans les épreuves de distance. Il a souvent évoqué «un manque de sensations» sur la neige. Au lendemain de la Coupe du monde de Davos, à la mi-décembre, où il avait terminé 37e au sprint individuel et 26e au 15 km en style libre, Harvey s’était imposé quatre jours loin de ses planches. Il ne s’était jamais offert une pause aussi longue en cours de saison.

«On a essayé après Davos, parce que ça avait été difficile là aussi. J’avais pris une couple de jours plus mollo, et ça ne marche pas plus. En revenant chez nous, juste ce petit "boost" mental peut faire une différence», croit-il.

Assurément aux mondiaux

Le Québécois a laissé entendre qu’il pourrait passer «au moins deux semaines» à la maison, mais il n’est pas exclu que son ressourcement dure plus longtemps.

Il fera donc l’impasse sur les épreuves de la Coupe du monde à Dresde, en Allemagne, et à Otepaa, en Estonie, d’ici au 20 janvier.

Par contre, il a assuré qu’il participera aux championnats mondiaux à Seefeld, en Autriche, du 20 février au 3 mars, où il défendra notamment son titre à l’épreuve reine de 50 km.

«Je suis en train de regarder le meilleur plan pour les mondiaux. L’objectif numéro un était les mondiaux, ensuite le Tour de ski. Et là, au Tour de ski, le classement général est tombé à l’eau après la deuxième étape. Il s’agit maintenant de trouver le meilleur plan pour me préparer le mieux possible pour les mondiaux», a-t-il indiqué.

À moins que les dernières heures aient modifié ses intentions, les usagers du mont Sainte-Anne partageront les sentiers avec un célèbre skieur durant le mois de janvier.

Son entraîneur ne panique pas

«Alex a toujours commencé à performer en janvier, février et mars. Il faut relativiser ce qui arrive et ne pas oublier que sur ses 27 podiums en Coupe du monde, seulement deux ont été obtenus avant les Fêtes.»

Tout en reconnaissant qu’un recul à cette période-ci de la saison pourrait être bénéfique pour son skieur, Louis Bouchard prône plutôt la patience. Il s’inspire de la quatrième étape du Tour de ski, une épreuve de 15 km tenue mercredi, pour atténuer la panique que pourraient susciter les résultats du meneur de l’équipe canadienne.

«Martin Sundby a terminé 39e à cette course et il a qualifié à sa nation (Norvège) que son résultat avait été désastreux. Ce qu’Alex a fait depuis le début de la saison est loin d’être désastreux», estime Bouchard.

À la recherche de sensations

Outre son troisième rang dans un sprint individuel, il reste que les résultats dans les épreuves de distance, depuis le début de la saison, se situent en deçà des standards qui guident habituellement le skieur québécois.

Son 13e rang au skiathlon de 30 km à Beitostolen, le 8 décembre, s’avérait son meilleur résultat en Coupe du monde avant le Tour de ski. Ensuite, il n’a pas fait mieux que 14e durant le Tour, soit lors des deuxième et quatrième étapes.

«En distance cette saison, c’est difficile à toutes les courses», a admis l’athlète de Saint-Ferréol, évoquant souvent un « manque de sensations » sur la neige.

«Pour les athlètes de son niveau, c’est normal de vouloir trouver les bonnes sensations qui vont influencer ton mental pour pousser en situation de course», affirme Bouchard.

L’usure du temps

Le quintuple médaillé à des championnats du monde avoue vivre cet état d’âme pour la première fois de sa carrière.

«J’ai déjà eu des down en début, en milieu et en fin de saison, mais je pense que je vais être capable [de m’en sortir]. Je sais que revenir à la maison est la meilleure décision, surtout au niveau mental. Être dans mes affaires, contrôler mon quotidien et éliminer les imprévus, ça va juste me donner un bon "boost"», prétend Harvey.

Là-dessus, son entraîneur dit comprendre. C’est pourquoi il reconnaît la pertinence pour lui de s’offrir une pause.

«Après trois Jeux olympiques et tous les succès qu’il a eus, il y a peut-être une fatigue morale derrière tout ça. Il peut y avoir l’usure des années», avance Bouchard.