Crédit : Le Journal de Québec

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Un Québécois à un rebond de la NBA

Publié | Mis à jour

Premier Québécois à devenir entraîneur dans une équipe affiliée à la NBA, Charles Dubé-Brais continue sa fulgurante ascension dans le basketball professionnel. Celui qui dirigeait l’équipe d’une école secondaire de Québec il y a une douzaine d’années file le parfait bonheur depuis trois mois avec le club-école des Raptors de Toronto et cogne à la porte des plus hautes sphères de son sport.

De l’école secondaire qu’il dirigeait à Québec en passant par les défunts Kebs, la France et la Chine, et ce, à travers ses premiers contacts avec la NBA chez les Spurs de San Antonio, voilà qu’il peut aspirer à atteindre le plus prestigieux circuit professionnel de basketball.

Une autre journée de travail vient de se terminer pour l’entraîneur de 37 ans quand Le Journal de Québec s’attable en sa compagnie au complexe sportif où les Raptors 905 tiennent leurs séances d’entraînement, un bâtiment adjacent à celui du Paramount Fine Foods Centre, leur domicile qu’ils partagent avec l’équipe de hockey junior des Steelheads de Mississauga.

Si Dubé-Brais souriait à pleines dents durant l’entraînement, tout en gérant de main de maître les tâches dont il est responsable, c’est parce qu’à l’instar des Raptors, l’équipe 905 (l’indicatif régional du secteur) fait flèche de tout bois dans la G-League, la ligue de développement de la NBA. C’est aussi parce qu’il vit plus que jamais le rêve que tout athlète et tout entraîneur caressent, celui de faire partie de la crème de la crème.

Une grande fierté

«Je savais que le fait de venir en G-League, il y avait un côté moins glamour parce qu’aller jouer à Fort Wayne, Grand Rapids ou Erie, ça ne fait pas rêver tout le monde, mais sur les 27 villes où j’aurais pu tomber, je tombe à Toronto avec la seule équipe canadienne. Je me rapproche de ma famille et j’ai l’opportunité de travailler avec l’une des meilleures organisations de la NBA. C’est un vrai privilège de travailler pour eux», souligne dans une envolée lyrique le natif du quartier Sillery, à Québec. Il fait partie de la brochette d’entraîneurs du club-école qui comprend Charles Kissi, Trevor Pridie, Arsalan Jamil, A.J. Diggs, Ryan Schmidt en plus des mentors Tamara Tatham et Justin Alliman.

Tout au long de la généreuse entrevue qu’il nous accorde, vêtu d’un chandail sous-vêtement à l’effigie du club-école, Dubé-Brais chante les éloges de son employeur. L’association semblait naturelle. Après huit ans en France puis une année en Chine où il a reçu le titre d’entraîneur de l’année de la Ligue de basketball de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique, il était mûr pour amorcer une nouvelle étape dans son objectif de diriger un jour en haut.

«D’être dans un milieu positif, ça m’avait manqué. J’ai adoré la France et j’y retournerais, mais il y a beaucoup une culture de négativisme en France, et à la longue, ça pèse. Ici, c’est l’inverse. Les Raptors ont réussi à créer une culture qui dépasse le fait d’avoir un premier jeu ou de marquer un point, comme les Spurs ou les Patriots», lance l’instructeur.

Des grands potentiels

Et il ne fait pas que figurer au sein du personnel de Jama Mahlalela, qui l’a recruté après l’avoir invité à participer à la ligue d’été avec l’organisation torontoise. Dubé-Brais s’occupe notamment de Chris Boucher, Khadeem Lattin et Uche Ofoegbu, en plus de déceler les tendances sur vidéo du tiers des adversaires en saison régulière. Dans le cas de Boucher, son contrat à deux volets fait en sorte qu’il peut être rappelé à tout moment.

À notre passage, il y a un peu plus d’une dizaine de jours, Dubé-Brais venait de terminer une intense séquence durant laquelle son expertise a été utilisée à fond pour trouver les failles dans le jeu de cinq autres formations de la G-League qui croisaient la route des 905. Les nuits ont été courtes, mais ce n’est pas l’ancien pilote des Kebs qui va s’en plaindre.

«Ça fait deux semaines que je dors quatre heures par nuit. J’ai dû coder, incluant nos matchs, 40 matchs depuis trois semaines. Il faut aussi trouver des présentations que les joueurs vont trouver le fun. Quand on jouait contre Washington, entre guillemets, c’était moi le boss et tu sens qu’il ne faut pas que tu passes à côté parce que tu es son expert pour ce match-là», explique-t-il avec son accent hybride mi-québécois, mi-français.

Pousser ses limites

Dubé-Brais s’est toujours fait un point d’honneur de repousser ses limites. Malgré quelques tentatives pour le dissuader d’opter pour ce choix de carrière à ses débuts à l’école secondaire De Rochebelle, il a foncé tête première dans l’aventure, convaincu que ses ambitions le mèneraient loin. Force est d’admettre qu’il ne s’est pas trompé jusqu’à maintenant.

«Quand j’ai commencé à coacher et que je voulais en faire une profession, il y a des gens qui me disaient qu’il y en a un sur 10 000 qui va réussir. Moi, je m’étais dit “tant pis pour les 9999 autres. Il y en a un qui va y arriver et je vais essayer que ce soit moi !” Maintenant que je suis là, oui il y a un accomplissement, mais il reste beaucoup à accomplir et je pense que je peux aller plus loin.»

SON PARCOURS

  • Premier Québécois à l’emploi d’une équipe de la NBA comme entraîneur en étant adjoint avec les Raptors 905 (G-League), le club-école des Raptors de Toronto
  • Entraîneur invité en ligues d’été avec les Spurs de San Antonio (NBA) de 2015 à 2017
  • Entraîneur de l’année dans la Ligue de basketball de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique en 2018
  • Entraîneur du Centre de formation et entraîneur adjoint avec Nanterre en première division française de 2009 à 2017
  • Entraîneur-chef des Kebs de Québec de 2007 à 2009

Ne pas brûler d’étapes

Si la NBA est le but ultime pour Charles Dubé-Brais, ce dernier ne s’est pas fixé d’échéancier quant au moment où il aimerait faire le saut dans la meilleure ligue au monde.

Détenteur d’un contrat d’un an avec l’organisation des Raptors de Toronto, le Québécois préfère se donner le temps de poursuivre son apprentissage dans cet environnement qui se déroule à la vitesse grand V depuis trois mois avant de voir trop loin. Faut dire qu’à 37 ans, le stratège a le luxe de pouvoir être patient.

«La G-League, je dis souvent avec un sourire que c’est la ligue où personne ne veut être. Que tu sois un joueur, un entraîneur ou un arbitre, tout le monde veut être en NBA. Ce n’est pas l’objectif final. C’est une ligue de transition qui te propulse plus loin. Cela dit, j’adore ça être dedans, mais ce n’est pas ça la finalité, car oui, j’ai l’ambition de coacher en NBA un jour», assure l’ancien du Cégep de Sainte-Foy.

Mais n’allez pas croire que Dubé-Brais fait une obsession avec ce rêve de diriger au sommet de la pyramide de son sport. Ses huit ans en France à œuvrer pour le club professionnel de Nanterre en première division française, où, en plus d’être assistant, il s’occupait du club junior, lui ont été extrêmement bénéfiques, au point où de 2015 à 2017 il a travaillé avec les Spurs de San Antonio dans les ligues d’été avant de poser ses valises en Chine durant la saison 2017-2018.

«Si j’ai une bonne opportunité qui se proposait et que j’avais l’impression que ça tourne en rond ici [avec les Raptors], je pourrais accepter une offre. Pour l’instant, je le prends une année à la fois et il faut que je continue à être meilleur. J’ai l’humilité de te dire que je pense que j’aurai ma place éventuellement, mais je réalise tout ce que j’ai appris depuis trois mois, et est-ce que j’aurais eu ma place il y a trois mois ? Peut-être pas. Et peut-être qu’il faut encore que j’éponge plein de choses si demain matin je me retrouvais coach des Raptors», réfléchit-il à voix haute.

À cause des Olympiques

Comme plusieurs adolescents de sa génération, Dubé-Brais est tombé en amour avec le basketball en admirant les prouesses de l’équipe américaine olympique des Jeux de Barcelone, en 1992. Alignant des vedettes comme Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird, la Dream Team avait tout écrasé sur son passage pour rafler la médaille d’or.

Le coup de foudre pour le ballon orange a été instantané pour ce fils d’un fonctionnaire du ministère de l’Éducation et d’une enseignante à la maternelle.

«Mes parents ne sont pas sportifs du tout ! J’ai eu cette piqûre par moi-même et j’ai eu une piqûre très forte pour le sport très jeune. Wayne Gretzky et les Oilers [des années 1980], le hockey, les Expos, et le basketball, ç’a été vers la fin du primaire. Je suis de la génération du Dream Team de Barcelone [aux Jeux de 1992] avec Magic Johnson, Michael Jordan et tout ça. J’avais 11 ans, alors c’est en plein le moment où j’ai commencé à jouer au basket. J’ai été vraiment influencé par cet énorme boum du début des années 1990.»