Crédit : Dominick Gravel/Agence QMI

NBA

DeMar c. Kawhi: match nul

DeMar c. Kawhi: match nul

Paul Rivard

Publié 27 novembre 2018
Mis à jour 27 novembre 2018

Il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts (et beaucoup de ballons ont pénétré dans les paniers) depuis la transaction majeure qui a vu les DeMar DeRozan et Kawhi Leonard être échangés entre les Raptors de Toronto et les Spurs de San Antonio.

Une drôle de transaction à plusieurs points de vue, mais principalement du fait que les deux joueurs étaient furieux d’être impliqués dans cet échange. Ils avaient chacun leur motif. Trahison et aigreur respectivement.

Comment le président des Raptors, Masai Ujiri, avait-il pu poser raisonnablement un tel geste, si ce n’est qu’il y avait là une forme de pari plutôt risqué?

Après bientôt un quart de la saison 2018-2019. Force est d’admettre qu’il s’agit de ce type situation où les deux parties en sont sorties gagnantes.

Grande gagnantes.

Si les Raptors dominent la NBA avec une fiche victoires-défaites de 18-4, il faut dire que les Spurs de San Antonio affichent un dossier de 10-10. C’est au niveau des prestations individuelles que le constat est évident.

J’y reviendrai un peu plus bas.

DeRozan trahi; Leonard aigri

C’était il y a quatre mois, le mercredi 18 juillet.

Une véritable bombe éclatait à Toronto alors qu’on se défaisait d’un joueur de concession et quatre fois membre de l’équipe d’étoiles de la NBA.

DeMar DeRozan se sentait trahi pour plusieurs, plusieurs raisons.

D’une part, il quittait l’organisation avec laquelle il avait amorcé sa carrière en 2009. Devenu l’image de l’équipe, il justifiait depuis cinq ans les attentes placées en lui, tandis que les Raptors, sous l’excellente direction de l’entraîneur Dwane Casey, étaient devenus une puissance de l’Association de l’Est avec les Cavaliers de Cleveland. Au point où le basketball était devenu LE sport professionnel le plus à la mode à Toronto, devant des médiocres Maple Leafs qui leur laissaient quasiment toute la place

DeRozan, en neuf saisons chez les Raptors était un modèle de régularité. Il y a disputé en moyenne 75 matchs sur un total de 82. Il présentait une moyenne de points par matchs de 24,5 depuis trois saisons. Admissible à l’autonomie, il avait même choisi de rester à Toronto et de refuser plus de millions aux États-Unis afin de continuer sa quête vers un titre en compagnie de son fidèle coéquipier et ami, Kyle Lowry

Quelques jours avant cette transaction, le Californien natif de la rude ville de Compton s’était fait jurer par son président Ujiri qu’il faisait partie des plans d’avenir de l’équipe. Et pour terminer, il se voyait expédié vers une organisation qui, jadis abonnée aux demi-finales et finales de la NBA, vivait une lente glissade vers le milieu de peloton dans l’Association de l’Ouest.

Et je ne parle pas des amateurs qui s’étaient attachés à lui.

Vraiment, quel dégât.

De l’autre côté du spectre, on avait un des 10 meilleurs joueurs de la NBA qui vivait une période troublée avec son équipe. Blessure, caprice, grève déguisée, égoïsme et égocentrisme? Tout ça en même temps? Wow... quel cas problème Ujiri était-il allé chercher en retour du régulier et fidèle DeRozan

Qui plus est, le désir de Leonard d’évoluer à Los Angeles, sa ville natale, était connu. La rumeur voulant que LeBron James y transporte son talent, après avoir mené Cleveland à quatre finales consécutives, ne devait pas être étrangère à ce plan de carrière.

Ajoutons à cela que Leonard a semblé se présenter à Toronto à reculons, et qu’il ne sourit qu’une fois par mois en moyenne, il y avait ici toute la recette d’un gâchis majeur par le grand patron des Raptors.

Crédit photo : AFP

Une transaction «gagnant-gagnant»

Après une vingtaine de matchs par les deux équipes, on retrouve DeMar DeRozan au 13e rang des pointeurs avec une moyenne de 24,7 points par matchs contre... 24,7 pour Kawhi Leonard, également au 13e échelon.

Quand même...

Dans cet article de Sportsnet, on y affiche les statistiques comparatives des deux joueurs et, ma foi, aucun des deux entraîneurs ne pourrait se plaindre.

Hormis le fait que Leonard ait disputé 15 des 21 matchs de son équipe, contre 20 en 20 pour DeRozan, les deux joueurs sont nez à nez. Un peu plus de passes décisives pour DeMar contre un peu plus de rebonds pour Kawhi. En dehors de ça, c’est une quasi-égalité.

C’est une transaction «gagnant-gagnant»

Toutefois, celui qui fut son seul entraîneur avant d’aboutir à Toronto, Greg Popovich, a récemment émis un commentaire acerbe sur Leonard, soulignant son absence de leadership. Ce à quoi le numéro 2 des Raptors a répondu, en souriant (pour une rare fois), qu’il préférait donner l’exemple par ses actions sur un terrain. Il pouvait rappeler que son titre de joueur par excellence, en juin 2014, venait couronner le dernier titre de NBA de l’équipe texane.

Évidemment, en jetant un coup d’œil au classement et en notant le rendement du principal intéressé, «Pop» n’a peut-être pas choisi le meilleur moment pour une telle remarque.

Crédit photo : AFP

Danny «Bonus» Green

Ah oui, en terminant, il ne faudrait pas oublier que Leonard venait avec un bonus de haute qualité. Un vétéran dont la régularité, l’expérience et, surtout, la précision quant aux tirs de trois points étaient largement connus dans la NBA: Danny Green.

La moyenne de réussite de Green, au-delà de «l’arc» est de plus de 42,5%, dans le top 30 de la Ligue. Une moyenne semblable à celle de sa meilleure campagne en carrière, d’ailleurs.

20 matchs ne font pas une saison. Mais si les Raptors se rendent enfin en demi-finale ou en finale de la NBA, comme leur talent et leur profondeur le laissent supposer, il faudra se rappeler que Masai Ujiri a remporté ce pari risqué.

Il lui restera alors la tâche (tout aussi difficile) de convaincre Leonard de ne pas s’en retourner à la maison et de poursuivre sa mission dans cette contrée nordique et inhospitalière du monde du basket.

Une autre bague de champion pour Kawhi? Ou l’argent et la renommée en compagnie de LeBron James dans sa ville?

À suivre!