Crédit : DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

Football universitaire RSEQ

La Coupe Dunsmore sous l’œil des caméras

La Coupe Dunsmore sous l’œil des caméras

Matthieu Quiviger

Publié 14 novembre 2018
Mis à jour 14 novembre 2018

À la Coupe Dunsmore, le weekend dernier, tous les experts et amateurs qui avaient anticipé un match défensif en ont eu pour leur argent. Les deux meilleures défensives du pays ont été intraitables. Les attaques ont été tellement bien menottées que le seul touché du match est survenu lors d’un revirement défensif qui, depuis, a beaucoup fait jaser.

Après 6 minutes 56 secondes au deuxième quart, une remise ratée par les Carabins permet à Adam Auclair de soulever le ballon du sol, prendre ses jambes à son cou et franchir les longues 77 verges qui le séparent de la zone des buts. Après le converti, le Rouge et Or mène alors 10 à 0.

À ce moment du match, je suis sur les lignes de côté. Pour être parfaitement honnête, je n’ai pas vu grand-chose de l’action, jusqu’à ce qu'Auclair se détache de la masse et effectue son sprint. Ce que je remarque tout de suite, par contre, c’est Danny Maciocia qui prend feu et tout de suite négocie dur avec un arbitre. J’invite alors notre caméraman à filmer l’échange et, comme vous, j’écoute avec attention le commentaire de Charles-Antoine Sinotte qui met en doute la validité du touché. Maintenant que nous avons tous visionné les images captées, force est d’admettre qu'Auclair avait les deux genoux au sol quand il a récupéré le ballon. Là-dessus, le règlement du football universitaire est plus que clair : un joueur qui maintient quatre points d’appui au sol ne peut faire progresser la position du ballon. Le jeu aurait dû mourir à la ligne de 33...

Adam Auclair

Auclair a bien fait. Son travail était de récupérer le ballon et de pousser sa chance. Même si un arbitre avait sifflé, il aurait sûrement tenté un retour, au moins de quelques enjambées. C’est ce qu’on lui a enseigné dans toutes les équipes dont il a fait partie au cours de sa carrière. Comme, justement, il n’y a pas eu de coup de sifflet, c’est lui qui a parfaitement raison dans l’histoire.

Les arbitres

Dans un récent reportage télévisé, nous avons fait un topo sur les officiels du RSEQ. Le reportage que vous avez vu durait trois minutes, mais l’entrevue menée par Louis-Simon Lapointe, en ma présence, a duré presque une demi-heure. Ce qui m’a le plus marqué de notre conversation, c’est que les arbitres ont unanimement déclaré qu’une mauvaise décision de leur part représentait la pire situation à gérer. Un reproche de leur patron, lors du «debreefing» qui suit systématiquement chaque partie, n’est jamais pris à la légère et occasionne souvent une remise en question personnelle. Dans le cas qui nous occupe, il est donc certain qu’aucun d’entre eux n’a vu clairement la position exacte du numéro 2 quand il a récupéré le ballon.

Permettez-moi d’ajouter un point technique que les joueurs de football connaissent tous : lors d’un revirement, les rôles changent sur un terrain. Les joueurs défensifs deviennent soudainement des bloqueurs et les joueurs offensifs, des proies. Plusieurs en profitent pour régler leurs comptes. Un revirement n’est jamais scripté. À l’époque où je pesais 290 livres, habillé de tout l’équipement protecteur disponible, je me suis toujours méfié de ces rares moments d’intense chaos. Jamais je ne blâmerai un arbitre qui, uniquement équipé d’un sifflet, pourrait détourner instinctivement un peu de son attention au profit de sa propre sécurité.

L’intervention de Charles-Antoine Sinotte

Lundi matin, dans son émission Les Partants, mon collègue Charles-Antoine Sinotte s’est permis une petite montée de lait. C’est quelque chose qu’il fait bien et généralement avec nuances. Dans sa tirade, il remettait surtout en question le manque d’outils disponibles pour aider les arbitres dans leur travail, suggérant fortement l’utilisation de «tablettes» donnant accès aux reprises vidéo. Un tel procédé a déjà fait ses preuves dans la LCF et la NFL. A priori, c’est une bonne idée. Cette suggestion pourtant justifiée s’est valu la foudre de certains partisans du Rouge et Or sur les réseaux sociaux, ce que j’ai personnellement trouvé étrange, sinon déplacé.

Le président-directeur général du RSEQ, Gustave Roel, a accepté de venir rencontrer «les partants» sur leur plateau mardi matin. À la suite à l’entrevue, il a aussi accepté de me parler et de répondre à mes questions.

Les tablettes et le RSEQ

Vous vous souvenez du sujet des coups portés à la tête qui avait fait couler beaucoup d’encre lors de la saison universitaire 2017? Faute de pouvoir empêcher complètement les gestes dangereux sur les terrains de football, on avait suggéré que les arbitres aient accès à la reprise vidéo pour sévir de façon plus adéquate. Le but était de faciliter l’application des règles, de garantir une décision juste, de punir les fautifs et surtout de dissuader les joueurs de porter ce genre de geste.

Sous la gouverne de Gustave Roel, la façon de décider et de résoudre certains problèmes au sein du RSEQ a changé. On le sait, les entraîneurs de football sont des passionnés, soucieux du succès de leur équipe et peut-être animé d’une tendance à la favoriser. Au RSEQ, on continue de les écouter et on reste sensible à leurs opinions, mais les décisions se prennent maintenant en consultant les directeurs des divers programmes sportifs universitaires du Québec.

En 2017, l’ensemble des intervenants universitaires québécois ont adopté une résolution recommandant l’utilisation de tablettes pour permettre aux arbitres une révision du jeu quand un coup à la tête est en cause. Puisqu’un changement à la règlementation du football universitaire était aussi requis, le dossier a été soumis à U-Sports qui n’a pas réussi à vendre le projet à une majorité des 27 institutions qu’elle représente au football. Pour le cas qui nous occupe, Gustave Roel remet vite les choses en perspective : la sécurité des étudiants-athlètes devrait avoir priorité sur le touché d’Adam Auclair. Comme la règlementation n’a pas passé pour assurer la sécurité des étudiants, il serait étonnant qu’elle soit entérinée pour la révision des touchés controversés.

Question technologique

Pour aider à la préparation stratégique et à la révision des performances, chaque match de football est filmé par l’équipe hôte. Deux caméras sont utilisées : l’une capte l’ensemble du jeu, l’autre fait le focus sur la ligne de mêlée. Les images fournies de cette façon sont de qualité variable et ont pour but de montrer les formations, les déploiements et les mouvements généraux, pas forcément les détails d’un contact ou un genou par terre. TVA Sports diffuse la moitié des parties jouées au football universitaire du RSEQ. Pour les besoins de notre reportage, nous utilisons sept caméras. Quand nous sommes présents, les images, captées de neuf points de vue différents, faciliteraient la révision. Qu’en est-il quand nous sommes absents?

Gustave Roel y voit un vrai problème. Il est clair que notre présence sur le terrain fournirait toutes les images nécessaires, comme c’est le cas dans la LCF et la NFL. En saison régulière, cette année, nous avons diffusé deux matchs des Redmen (maintenant les «Martlets») contre quatre pour toutes les autres équipes. Les hommes en rouge auraient probablement été désavantagés en 2018, si la vision des arbitres profitait aussi de nos lentilles. Monsieur Roel tient également à rappeler qu’il ne s’agit pas d’un sport professionnel et que les moyens disponibles au football universitaire demeurent limités.

Mon opinion

Est-ce que le Rouge et Or aurait tout de même gagné sans le touché?

Probablement.

Est-ce que les arbitres ont fait une erreur?

Oui, comme on en fait tous, de temps en temps, au boulot.

Est-ce que la révision des images par les arbitres et la possibilité d’en appeler d’une décision par les entraîneurs sont souhaitables?

Oui.

Est-ce que U-Sports va permettre un amendement au règlement?

Non.