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Des étudiants de McGill ne veulent plus des Redmen

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L’époque des Redmen de McGill tire possiblement à sa fin. Les étudiants ont voté en grande majorité pour changer le nom des équipes sportives masculines de l’université montréalaise.

Les participants à un référendum organisé par l’Association étudiante, dont les résultats ont été dévoilés lundi soir, ont appuyé à 78,8 % le changement de nom des «Redmen». En tout, 5856 votes ont été enregistrés, ce qui équivaut à une participation d’environ 28 %, un taux plus élevé que la normale de près de 10 %, selon l’Association.

L’Université a préféré ne pas commenter la nouvelle.

«Ce résultat montre un besoin de rapidité. Les gens ont besoin que le nom change maintenant», a affirmé Tomas Jirousek, le commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de McGill.

Prochaine étape

L’étudiant, qui fait partie de l’équipe d’aviron de McGill depuis trois ans, dit que l’Association est maintenant prête à passer à la prochaine étape, c’est-à-dire publier une série de lettres d’appuis provenant notamment de professeurs et de leaders de communautés autochtones.

«Pendant que l’Université se traîne les pieds, les étudiants autochtones continuent de souffrir, a indiqué Jirousek, un membre de la Première Nation Kainai, en Alberta. Ça devrait être la seule priorité de l’Université. Les étudiants autochtones se sentent isolés à cause du nom Redmen. Ils ne se sentent pas en sécurité à cause du nom Redmen.»

Le nom «Redmen» (hommes rouges) est utilisé depuis les années 1920 par les équipes sportives masculines de McGill. L’origine du sobriquet viendrait de la couleur de l’uniforme rouge des équipes. Il pourrait aussi être un hommage au fondateur de l’établissement, James McGill.

Cela dit, un rapport d’un groupe de travail sur les études et l’enseignement autochtones, mis en place par l’Université, souligne que les équipes masculines ont déjà été surnommées «Indians» tandis que les équipes féminines étaient parfois appelées «Squaws» ou «Super Squaws». Un logo représentant un Autochtone portant une coiffe traditionnelle a aussi été utilisé sur les uniformes.

McGill a mis fin à cette pratique en 1992.

Le rapport du groupe de travail, publié en 2017, conseillait d’ailleurs à l’institution d’entamer un processus de consultation visant à changer le nom «Redmen». La direction a par la suite créé un autre groupe de travail, cette fois sur la commémoration et les changements de nom, dont le rapport final sera déposé en décembre.

«Un changement de nom au sein d’un établissement ayant une histoire aussi longue que la nôtre est une décision importante. Elle doit être prise avec diligence, ouverture et délicatesse, dans le respect de toutes les personnes concernées», avait écrit Christopher Manfredi, le vice-principal exécutif et vice-principal aux études de l’Université, dans une lettre destinée à la communauté de McGill le 24 octobre.

Opposition

Un changement de nom ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté de McGill. Le groupe «Friends of McGill Redmen Hockey», notamment, s’y oppose, affirmant «qu’une conversation à sens unique a lieu à propos du nom Redmen, qui contient de la désinformation», peut-on lire sur leur site.

On y retrouve aussi une lettre ouverte qu’a écrite Francis Verreault-Paul, un ancien joueur de hockey des Redmen originaire de Mashteuiatsh, une communauté innue située au Lac-Saint-Jean. «Le nom Redmen fait référence à l’uniforme rouge des équipes et non pas aux Premières Nations. Loin de moi de penser que ce nom puisse être offensant d’une quelconque façon envers les Amérindiens», y affirme celui qui joue maintenant au hockey en Europe.

Plusieurs cas

Les Redmen ne sont pas la seule équipe dont le nom ou le logo fait controverse dans le monde du sport.

Les Indians de Cleveland n’utiliseront plus le logo du «Chief Wahoo» à partir de la prochaine saison du baseball majeur. Dans la NFL, les Redskins de Washington subissent de la pression depuis plusieurs années pour changer le sobriquet de la formation, mais le propriétaire Daniel Snyder n’a pas l’intention, pour l’instant du moins, d’effectuer un changement.

Plus près de chez nous, le dévoilement de l’image de marque des Cataractes de Shawinigan en 2015, où on voyait des joueurs portant des peintures autochtones sur leur visage, avait semé la controverse.