Crédit : Twitter @BureauVTriffaux

Paul Rivard

L’autre Borg

L’autre Borg

Paul Rivard

Publié 09 novembre
Mis à jour 09 novembre

Il joue au tennis. Il est blond. Il est habillé par Fila. Il se nomme Borg.

Seulement... il n’est  pas question ici du BJORN de 1978. Mais bien du LEO de 2018.

Oui, 40 ans plus tard, la rumeur ne cesse de grandir. Le fils du légendaire Bjorn Borg est sur les traces de son célébrissime papa.

Leo Borg est déjà l’un des plus beaux espoirs du tennis suédois. À l’âge de 15 ans, il a atteint les finales des quatre plus importants tournois de tennis junior de son pays et il en a remporté deux. En guise de récompense pour cet exploit, il a reçu en octobre un prix de 100 000 couronnes (11 000 U$) à titre de meilleur joueur de moins de 16 ans de la nation.

Ce prix lui a été remis au Club Royal de tennis de Stockholm, site d’un tournoi de l’ATP, un amphithéâtre où les murs sont tapissés des photos de son illustre père. Comme si ce n’était pas assez, un des commanditaires principaux du tournoi était une ligne de vêtements au nom de Borg. Comme un mantra, comme un message subliminal lui rappelant à quel point il portait un nom qui pesait des tonnes.

Pression? Vous avez dit pression?

Pourra-t-il se faire un prénom?

L’histoire du sport est remplie d’athlètes ayant eu un parent célèbre. Des athlètes qui, finalement, ont toujours eu à affronter deux adversaires à la fois, en début de carrière. Le premier, c’est la performance sur la surface de jeu alors que le second, c’était ces immenses attentes placées en eux pour justifier la renommée de leur glorieux géniteur.

C’était d’ailleurs la grande crainte de Patricia Ostfeld, sa mère et la troisième épouse de Bjorn Borg. Ça l’est toujours, d’ailleurs, comme on peut le lire dans cet article du New York Times. Le journaliste Andrew Keh y a recueilli d’intéressantes confidences de madame Borg quant au souhait de voir son fils éviter les dangers d’embrasser la carrière de son père et de se trouver une autre passion, un autre sport. Comme le soccer, par exemple, où il excelle également.

Ou même le cinéma, peut-être ?

Car c’est par le biais d’un film sorti l’an dernier que la plupart des gens ont appris l’existence de ce fils prodige. «Borg vs McEnroe» nous faisait revivre ce premier choc entre Bjorn et John, en finale de Wimbledon en 1980. Dans ce modeste mais non moins excellent film biographique, le rôle du jeune Bjorn Borg y est tenu par son propre fils... Leo. Magique, cette image du jeune Borg (Bjorn/Leo) qui frappe des balles sur le mur du garage familial.

Au départ, lorsque cette opportunité lui a été présentée, sa mère et son père n’étaient pas enclins à accepter pour éviter une pression supplémentaire dans sa jeune existence. En voyant le jeune homme à l’écran, son regard et l’excellence de sa prestation, leurs doutes se sont dissipés. Au point que Patricia s’est surprise à rêver qu’il devienne acteur et qu’il évite ainsi d’avoir à souffrir toute sa vie, sur les courts, les lourdes comparaisons avec son père.

Bjorn reste en retrait

Pour l’instant, il faudra qu’elle se fasse une raison. Car le jeune Leo a bel et bien l’intention de poursuivre sur les traces de Bjorn. Et ce dernier, lui, n’a pas l’intention de s’y opposer. Et il n’a pas l’intention de s’imposer... non plus.

En effet, car c’est Patricia qui accompagne l’adolescent dans les différents tournois, sur la route. Le père, lui, sait très bien quels mouvements de foules il risquerait de créer s’il accompagnait son fils et à quel point il nuirait à sa concentration.

Qui plus est, Bjorn laisse la «direction tennis» à une autre personne. L’entraîneur de Leo Borg se nomme Rickard Billing et il le dirige depuis cinq ans. Billing reconnaît qu’il a les coudées franches et que les parents de son protégé restent effacés. Et Bjorn a décidé depuis longtemps qu’il n’essaierait pas de conseiller son fils sur le plan tennistique. D’ailleurs, l’article du NYT relève deux amusantes anecdotes.D’abord, Leo avoue n’avoir jamais regardé un seul match de son fameux papa. Et, lorsqu’il était enfant, Bjorn lui conseilla un jour de s’avancer un peu plus au lieu de rester retranché à l’arrière. Ce à quoi le jeune Leo avait rétorqué, bien sérieusement : «Pffff... Tu ne connais rien au tennis, toi.»

En se remémorant la chose, la légende aux cheveux blancs sourit et mentionne qu’elle n’a plus jamais tenté de le conseiller.

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Crédit photo : AFP

J’ai maintenant hâte de voir la descendance de Borg dans la réalité du tennis professionnel, en espérant qu’il puisse y accéder et que le lourd héritage génétique s’articule seulement dans sa portion positive. Celle du talent.

Ensuite, on pourra se mettre à espérer qu’il puisse s’approcher un peu du père en termes de réussite. Quant à le dépasser, ça semble utopique.

Car il n’est pas facile de rejoindre les autres athlètes ayant réussi à se faire un prénom et dépasser les exploits du paternel, tels notamment les Peyton et Eli Manning, Jacques Villeneuve, Brett Hull, Moises Alou, Barry Bonds, Ken Griffey, Dale Earnhardt et autres, il y a toute une marge.

«Borg vs McEnroe»

En terminant, il y a 14 mois, le 8 septembre 2017, alors qu’on s’apprêtait à présenter «Borg vs McEnroe» en première mondiale au (FIFT) Festival International du Film de Toronto, j’avais écrit ce texte sur mon blogue, excité (et curieux) que j’étais de pouvoir visionner une telle production.

Et je n’ai pas été déçu. Je vous le recommande.