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Crédit : AFP

LNH

Yanni Gourde : presque trop beau pour être vrai!

Yanni Gourde : presque trop beau pour être vrai!

Mikaël Lalancette

Publié 03 novembre
Mis à jour 03 novembre

Être millionnaire avant l'âge de 30 ans, c’est le rêve de bien des gens.

L’être 31 fois, c’est une autre paire de manche!

Ça ne change pas le monde... sauf que.

Sauf que c’est maintenant la vie de Yanni Gourde, l’attaquant du Lightning de Tampa Bay.

À sa dernière année junior, il y a six ans seulement, il touchait une allocation de dépenses de 400 $ par semaine.

J'ai parlé avec la mère de Yanni, Manon Odesse, quelques heures avant le match du Lightning contre le Canadien samedi.

Bien sûr, toute la famille est excitée depuis l'annonce de la signature d'un contrat de 31 millions $.

C'est énormément d'argent.

Au delà des millions, son coeur de mère est comblé. Son fils pourra avoir quelque chose qu'on ne peut pas toujours acheter : de la stabilité.

«Six ans, ça va lui donner une stabilité, me dit-elle avec émotion.

Depuis son départ de Victoriaville, Gourde est passé par Worcester, San Francisco, Kalamazoo, Syracuse et Tampa Bay.

Un feu roulant de destinations. Une vie passée dans les valises et les aéroports. À ne pas savoir où on sera l'an prochain.

«De le voir signer pour six ans avec le Lightning, c'est fabuleux. L'an dernier, quand il a signé pour deux ans on s'est dit wow! Mais deux ans, ce n'est pas long... C'est tellement une belle organisation. C'est une bonne nouvelle pour lui, pour sa femme aussi...»

Ne vous en faites pas pour le reste. Yanni Gourde ne va pas se mettre à dilapider des centaines de milliers de dollars à gauche et à droite.

«Jeune, c'était un petit économe. Il avait déjà son petit budget. Mes trois fils ne nous ont jamais rien demandé», raconte Manon avec fierté.

***

Pour la petite histoire, Yanni Gourde est et sera toujours un produit des Tigres de Victoriaville. Ce sont eux qui lui ont donné une chance. Il l'a saisie.

Vous la connaissez : ignoré par toutes les équipes au repêchage de la LHJMQ et retranché par les Commandeurs de Lévis, Gourde a joué à 17 ans à Jonquière dans la Ligue midget AAA. Il mesurait alors 5 pieds 5 pouces.

Ce sont les Tigres de Victoriaville, du directeur général Jérôme Mésonéro et de son recruteur-chef Pierre Cholette, qui lui ont confié un rôle de soutien dans la LHJMQ à 18 ans.

Pourtant, ce que très peu de gens savent, c’est qu’il aurait bien pu être un membre des Foreurs de Val-d’Or avant qu’il participe à un premier camp d’entraînement avec les Tigres en 2008.

«On se cherchait un autre joueur à inviter à notre camp, me raconte l’ancien recruteur-chef des Foreurs, Jacques Carrière. Puis, quand j’ai appelé Yanni pour l’inviter deux semaines avant notre camp, il m’a dit, je suis désolé, j’aurais bien aimé aller à Val-d’Or mais je viens d’accepter l’invitation des Tigres il y a 20 minutes!»

Carrière, maintenant recruteur-chef chez les Screaming Eagles du Cap-Breton, rigole en partageant l’anecdote dix ans plus tard.

Les Foreurs ont «perdu» Gourde par 20 minutes!

Carrière a même eu la chance d’en reparler avec le principal intéressé lors d’une visite du Lightning à Ottawa l'an dernier.

«On l’a tous échappé! admet Jacques Carrière. Avec tout ce qu’on sait aujourd’hui, on aurait dû le repêcher junior. C'est aberrant qu'il ne l'ait pas été. C’était le total package. Il faut admettre que tout ce qu’il a vécu dans sa carrière a fait de lui un joueur plus fort.»

***

J’étais à Victoriaville le 16 mars 2012, le soir de son dernier match en saison de la saison régulière. Une performance d'un but et quatre aides dans une victoire de 7-5 des Tigres sur les Cataractes de Shawinigan.

Yanni Gourde a marqué le but gagnant et a reçu la première étoile du match. L'ambiance était électrique. Une soirée émotive pour les Gourde au Colisée Desjardins.

Le produit de Saint-Narcisse-de-Beaurivage terminait la saison au premier rang des marqueurs de la LHJMQ, devant 500 personnes venues l’encourager de son village natal. Il y avait quelque chose comme huit autobus venus de la région de Lotbinière pour lui.

L'organisation a fait tirer un chandail du héro de la soirée pour l'occasion. De la salle comble de 3420 spectateurs présents... devinez qui l'a gagné?

Son père Jean-Guy. Le scénario était trop beau pour être vrai. Six ans plus tard, on croit presque c'était arrangé avec le gars des vues. C'est arrivé pour vrai.

Revenons au championnat des pointeurs de Gourde...

L’exploit n’était pas banal : 124 points en 68 matchs, 38 de plus que Brandon Hynes, son coéquipier le plus productif chez les Tigres cette saison-là. Un seul autre joueur avait fait mieux que lui cette année-là au pays : Brendan Shinnimin des Americans de Tri-City dans la Ligue junior de l'Ouest.

À ce jour, Gourde fait partie d’une très courte liste à avoir remporté le championnat des pointeurs de la LHJMQ sans avoir été repêché.

Le dernier, et le seul autre à avoir réalisé l’exploit, avait été Jean Savard lors de la campagne 1976-77.

Cette histoire, c'est celle de Yanni Gourde.

Il y a encore plusieurs chapitres à écrire mais soyons honnêtes...

C'est très beau et c'est arrivé pour vrai.