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Amputé aux deux jambes, cet entraîneur mène la bataille de sa vie

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Du plus loin qu’il se souvienne, François Gagnon a toujours été un passionné de hockey.

«J’ai commencé à faire du patinage, se remémore-t-il. Je voyais les plus grands jouer après mes séances de patinage et je pleurais. J’avais juste hâte de jouer et d’avoir un hockey dans les mains!

François Gagnon, un natif de Maria en Gaspésie, a joué. Après un séjour avec les Élites de Jonquière à la fin des années 90, il a disputé 345 matchs en carrière dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

L’ancien ailier gauche des Cataractes de Shawinigan et des Foreurs de Val-d’Or n’a refusé aucune bataille. Il a récolté plus de 400 minutes de pénalité lors de son stage junior dans la LHJMQ.

Crédit photo : Courtoisie

Mais la bataille de sa vie, François Gagnon doit la mener depuis un an.

En décembre dernier, la vie du retraité du hockey a basculé. En pleine santé, le père de deux enfants a été terrassé de fièvre, de nausées et de vomissements.

La bactérie mangeuse de chair le rongeait de l'intérieur. Gagnon a été plongé dans le coma pendant huit jours. Son corps a fait un choc toxique.

À son réveil, on lui a annoncé la mauvaise nouvelle. La circulation sanguine ne s’était pas faite comme prévue dans ses pieds.

Ce fut un point de non-retour. En février, le médecin lui a annoncé l’impensable : on devait l’amputer aux deux jambes.

La moitié de la jambe gauche et les orteils du pied droit.

Appuyé par sa conjointe Hélène, sa famille et ses amis, la peine a vite laissé place à l’acceptation. Il voulait être là pour ses jeunes enfants, Florence et Nathan. «Je veux les voir grandir, être là pour eux», confie-t-il avec aplomb.

Crédit photo : Capture d'écran

François Gagnon a perdu beaucoup de poids. Alité, il a perdu de la masse musculaire mais il n’a pas perdu sa joie de vivre et sa force de caractère.

C’est là que son amour du sport et du hockey l’a servi. «Je suis chanceux. Le modèle sportif dans lequel j’ai grandi m’a permis de voir cette épreuve comme un défi.»

Steve Thériault, l’entraîneur-chef des Élites de Jonquière, dans la Ligue midget AAA, lui a lancé une invitation au cour de l’été. Il souhaitait voir cet ancien produit des Élites donner une conférence avant le début de la saison.

Crédit photo : Courtoisie

«Je me disais que les jeunes pourraient comprendre l’importance d’apprécier ce que la vie nous offre, de vivre dans le moment présent.»

Une chimie s’est développée entre les deux hommes. Au fil de leurs conversations, il lui a offert de joindre l’équipe comme entraîneur adjoint.

C’était une suite logique. François Gagnon veut redonner aux jeunes. Il est reconnaissant envers le monde du hockey.

«Ç’a été une école de vie fantastique, dit-il avec conviction. Ça m’a donné une structure et de belles valeurs, ça m’a inculqué le travail d’équipe, l’entraide, le dépassement de soi...

Au delà du hockey, il y a la vie.

«Je veux leur donner la chance de vivre les expériences que j’ai vécues, explique-t-il. Je veux qu’ils puissent devenir de bons joueurs de hockey mais aussi de bonnes personnes.

En devenant entraîneur, une évidence s’est vite imposée. Gagnon voulait revenir sur la glace.

À la mi-septembre, il s’est pointé avec détermination au Foyer des loisirs de l'arrondissement Jonquière à Saguenay. «Il est arrivé en disant, j’ai apporté mes patins, je vais sur la glace aujourd’hui!» raconte Steve Thériault.

Crédit photo : Capture d'écran

Les joueurs lui ont réservé un accueil chaleureux. Une haie d’honneur l’attendait à l’entrée de la patinoire.

«J’étais extrêmement nerveux», raconte le principal intéressé.

Après quelques coups de patins, les jeunes joueurs des Élites ont frappé leur bâton sur la glace pour l’encourager.

Il a aussi marqué son premier but avec une chaise comme point d'appui.

«C’était touchant comme moment, une sensation exceptionnelle. Ça me donne juste le gout d’aller plus loin encore.»

Plus loin comme recommencer à jouer au tennis et au golf.

«Je ne suis pas nécessairement pire que j’étais!» lance-t-il avec humour.

C’est ça qui frappe le plus. Son humour et son degré d’acceptation.

Crédit photo : Courtoisie

Son pilote de l’époque chez les Foreurs à Val-d’Or, Claude Bouchard, résume de belle façon.

«Son attitude, c’est le point central. Je ne l’ai jamais vu négatif. Je pense que c’est plutôt lui qui remonte le moral aux autres!» image le coloré entraîneur saguenéen.

François Gagnon est un bel exemple pour la jeunesse québécoise.

Le jeune père de famille de 35 ans a tiré ses propres leçons de vie.

«Les défis qu’on a sont surmontables. Les limites, ce sont nous qui nous les mettons.»

Et on revient aux clichés : «Faire confiance à nos proches, dire qu’on les aime, réaliser que la vie est si fragile...»

Gagnon est de retour à ses anciennes amours. De son propre aveu, le hockey et le sport l'aident à guérir.

Il dispute le plus gros match de sa vie.