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Paul Rivard

Hécatombe au tennis

Hécatombe au tennis

Paul Rivard

Publié 01 novembre 2018
Mis à jour 01 novembre 2018

Ils sont blessés... ils sont vidés... Alors ils sont en vacances, plus tôt que prévu.

Oui, beaucoup de joueurs de tennis ont jeté l’éponge avant ou pendant le tournoi de Paris, dernier événement de la saison. Et parmi eux, Rafael Nadal, membre du triumvirat qui gouverne l’ATP.

Nadal n’a pas joué depuis sa défaite en demi-finale des Internationaux des États-Unis. Sera-t-il remis à temps pour aller disputer le Championnat de fin de saison du circuit masculin, à Londres, en novembre?

Chez les dames, Simona Halep, numéro un mondiale, n’a pu s’y présenter à son Championnat féminin. Elle a fait l’impasse sur la fin de sa saison ainsi que ces «éliminatoires» en raison de maux de dos.

Plus près de nous, Denis Shapovalov venait de se faire éliminer au premier tour du tournoi de Paris par Richard Gasquet lorsque la réalité l’a frappé de plein fouet. Il était épuisé. J’y reviens un peu plus loin dans ce texte

Et si Shapo a complété son match, plusieurs autres ont capitulé avant la fin. Damir Dzumhur s’est retiré au deuxième set de son match en huitièmes de finale contre Novak Djokovic, tout comme Matthew Ebden au deuxième tour face à Karen Khachanov. John Millman a jeté l’éponge après le premier set du tour initial contre Nikoloz Basilashvili. Marton Fucsovics ne s’est jamais présenté pour disputer son match de deuxième tour contre Fabio Fognini. Et le beau Fabio qui se retrouve contre Roger Federer qui, lui, n’a pas disputé son match parce Milos Raonic aussi a dû abandonner avant de jouer.

Ça fait beaucoup de monde. Et il ne s’agit que d’un tournoi.

Je le dis depuis longtemps. Je l’ai aussi écrit. Les saisons sont trop longues... il y a trop de tournois... et il faut en finir avec ces matchs «3 de 5». Je l’ai écrit ici, le 9 juin dernier.

Le 16 octobre dernier, Juan Martin Del Potro a mis fin à sa saison en raison d’une blessure. Six jours plus tard, le 22 octobre, Stan Wawrinka mettait fin à sa saison en raison de maux de dos. Deux autres gros noms qui capitulaient. Tout comme, un peu avant eux, Andy Murray ainsi que, chez les dames, Serena Williams et Maria Sharapova.

L’âge peut-être un facteur. Mais le fardeau de la (trop) longue saison l’est encore plus.

«Mille Os» Raonic

J’ai souri en lisant ce surnom que donnait à Raonic l’un de nos fidèles téléspectateurs de tennis, Oswald M’Ballo, dans l’une de nos communications. Car avec cet homonyme à connotation médicale, même si les problèmes du Torontois proviennent rarement de son ossature, c’est clair que ces blessures deviennent une marque de commerce bien triste pour le puissant serveur ontarien.

Et comme aurait pu le dire le regretté Pat Burns s’il avait eu à décrire l’interminable liste des blessures subies par le grand athlète : «c’est médical... pis ça fait mal!»

Si nous avons été déçus de voir apparaître cette énième nouvelle, mercredi matin, nous n’avons presque pas été surpris.

Dans son cas, l’histoire se répète. Comme nous le laisse présumer ce surnom placé en sous-titre, Milos Raonic semble avoir blessé mille parties de son grand corps fragile. Il y a 13 mois, après un autre forfait du genre, cette fois au Japon, je recensais une partie de ses déboires dans ce texte intitulé «L’homme de porcelaine».

Raonic demeure le premier et seul Canadien à jamais avoir pénétré le top 10 du tennis mondial. Le seul à y avoir pénétré le top 5. Le premier dans le top 3. Ce n’est pas rien.

S’il a déjà eu le potentiel et la polyvalence pour rêver brièvement au prestige d’un titre de numéro un, son corps l’en a empêché, ralentissant sa progression et bousillant sa stabilité.

On se tourne donc maintenant du côté de Denis Shapovalov pour rêver à un monarque canadien.

Shapo au repos

C’est donc après une autre performance inégale, lundi à Paris, que Denis Shapovalov  a décidé qu’il en avait assez. Il a décidé, de concert avec ses proches, de mettre fin à sa saison et de prendre un peu de repos.

Il faisait ainsi l’impasse sur le tournoi «NextGen», ce championnat de fin de saison des 21 ans et moins, à Milan, en novembre. Un tournoi pour lequel il était qualifié et dans lequel il aurait été intéressant de le voir, à sa deuxième participation. Mais s’il y avait joué avec le même manque de constance qui a caractérisé ses derniers matchs sur le circuit de l’ATP, peut-être se serait-il enfoncé un peu plus dans cette difficile fin de saison.

La décision était probablement la bonne.

L’année 2018 en était une d’apprentissage, pour le blond torontois de 19 ans.

Après avoir ébloui la planète tennis en 2017, il s’est buté à des joueurs qui ne pouvaient plus objecter l’effet de surprise pour justifier leurs défaites surprises contre Denis. Et lui, il semblait avoir épuisé quelque peu sa réserve de miracles à certains moments.

Sur le plan des statistiques, l’année de Shapovalov se décline comme suit : il a disputé 63 matchs, partagés entre 35 victoires et 28 défaites. Il a commencé l’année au 51e rang pour la terminer au 29e avec, au passage, un court séjour au 23e échelon, en juin. Il a notamment disputé huit tournois dans les huit dernières semaines de sa saison.

Mais les fautes directes sont venues ternir un peu cette progression. Les fautes directes et... les doubles fautes. Oui, Shapovalov semble avoir été trahi de plus en plus souvent par son service au fur et à mesure que l’année progressait.

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Il a conclu la saison au ... DEUXIÈME rang de tout l’ATP à ce chapitre, avec une moyenne de 5,5 doubles fautes par match. Et quand vous avez une moyenne de 5,5, c’est que vous vous promenez souvent dans les voisinages de sept, huit et même neuf doubles fautes par rencontre.

Lors de son dernier match de la saison, face à Richard Gasquet, il en a commis 10. Voilà qui vient vous gâcher bien des opportunités et qui ajoute de la pression inutilement.

Mais on a vu encore une fois beaucoup de bonnes choses chez ce fringant et ultra spectaculaire tennisman.

En espérant qu’on saura gérer cette belle fougue, au sein du clan Shapovalov. En espérant aussi qu’on reverra Martin Laurendeau dans sa garde rapprochée.

L’entraîneur s’est fait opérer au dos et termine sa convalescence. Sa présence rassurante et son expérience ne peuvent certainement pas nuire au jeune homme. Et n’oublions pas qu’il était un rouage important de cette phénoménale percée de 2017...