Crédit : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Football universitaire RSEQ

La saison des adieux

La saison des adieux

Matthieu Quiviger

Publié 31 octobre 2018
Mis à jour 31 octobre 2018

Le Vert & Or de l'Université Sherbrooke nous en a fait voir de toutes les couleurs, le weekend dernier dans les Cantons-de-l’Est. Un match physique, émotif autant qu’improbable contre les Stingers de l'Université Concordia qui permettra aux Renards de poursuivre leur saison, samedi prochain. Pour eux, la pente risque d’être raide. Au premier tour des éliminatoires du RSEQ, ils devront affronter le puissant Rouge et Or de l'Université Laval contre qui ils n’ont compté qu’un seul point cette saison, leur en concédant 67.

Peu importe le résultat du match, à Sherbrooke, on considère la mission partiellement accomplie. Avant le premier botté d’envoi de 2018, l’équipe, peuplée à 70% de joueurs de première et deuxième année, faisait déjà face à l’adversité. Elle perdait son coordonnateur offensif et devait rapidement réaligner ses flûtes. Il aura fallu attendre au tout dernier quart de la saison régulière pour que le V&O se classe en séries. Une quatrième place qui confirmera finalement l’affirmation de Mathieu Lecompte en milieu de saison : «on va se battre jusqu’au bout».

La bataille du Mont-Royal

L’autre demi-finale opposera les colocataires du Mont-Royal : les Redmen de McGill et les Carabins de l’Université de Montréal. Le match, en direct du CEPSUM, sera diffusé sur les ondes de TVA Sports dès 13h30, samedi.

En deux parties cette année, les Carabins ont blanchi les Redmen (33-0 et 16-0). Parce qu’il ne faut pas juger un livre par sa couverture, je soupçonne que c’est un affrontement que Ronald Hilaire (entraîneur-chef des hommes rouges) attend pourtant avec impatience.

La force des Carabins en 2018 aura été, sans contredit, son unité défensive. En huit matchs, ils n’ont accordé que 46 points, réécrivant le livre des records canadiens en saison régulière. Jusque-là, la meilleure saison défensive appartenait à la cohorte 2000 des Gee-Gees d’Ottawa qui n’avait donné que 52 points à ses adversaires.

Quant à l’attaque des Carabins, elle n’a compté que deux touchés cette année contre McGill. Les Redmen sont persuadés qu’en éliminant les erreurs mentales et en maximisant le temps de possession, ils pourront donner du fil à retordre aux Bleus ce weekend.

Le dernier match

En série de fin de saison, c’est à l’élimination que feront face toutes les équipes toujours en lice. Qui dit match sans retour, dit aussi retraite subite.

Samedi, ce sont 13 Stingers qui auront effectué leur tout dernier jeu. Jusqu’à la Coupe Vanier, une cinquantaine de jeunes hommes quitteront, à leur tour, le monde du football. Pour tous, il s’agira d’un évènement charnière, un moment marquant et hautement émotif.

Faute de trouver une image plus forte, on parle souvent du football comme d’une école de vie. Pour la plupart des athlètes impliqués, c’est une expérience vécue douze mois par année, depuis l’enfance, qui met le focus sur le but unique du succès d’équipe, souvent au détriment des succès individuels. Chaque joueur aura été un engrenage au sein d’une machine, un numéro parmi tant d’autres dans une formule mathématique complexe. De l’échec au triomphe, de la déception à l’euphorie, de la douleur au dépassement, c’est la gamme complète des émotions humaines qui a fait partie de l’évolution de chaque footballeur. Au terme de sa carrière, chaque joueur aura été maintes fois défié physiquement et mentalement. Peu auront connu le succès, mais tous auront eu l’occasion de repousser leurs propres limites.

Les critères qui nous ont attirés vers le football sont divers. Si nous avons tous fait le choix de nous lancer dans l’aventure, peu d’entre nous ont décidé du moment de leur retraite. Pour les vétérans, il s’agit donc d’un évènement-choc. C’est le temps de redevenir un individu hors d’un cadre scripté et prévisible du groupe. Pendant que la machine se prépare déjà à remplacer la pièce que vous avez été, c’est un deuil en bonne et due forme qui vous attend.

Maurice Simba est un colosse dont nous avons beaucoup parlé cette saison. C’est un des rares diplômés du RSEQ qui aura probablement la chance de poursuivre sa carrière chez les professionnels l’an prochain. Au terme de son dernier match dans l’uniforme des Stingers, il est venu nous rencontrer, sous la neige. Le moment était fort. La larme à l’œil, il voulait dire au revoir et merci à l’équipe TVA Sports qui s’est intéressée à lui lors d’un récent reportage. Sans le savoir, il m’a fait revivre plusieurs émotions enfouies dans ma mémoire. Un monstre de six pieds huit, de 330 lb qui affiche ainsi ses émotions, c’est attendrissant. Mon cœur d’ancien joueur et de père famille a sauté un tour ou deux, je dois l’admettre. Faute de trouver les mots, on s’est simplement serré la main. Ce que vivait ce gars-là, je le comprenais trop bien et je savais qu’il n’était que le premier d’une longue lignée de vétérans qui vont le suivre dans les quatre prochaines semaines.

Aujourd’hui, je voulais profiter de ma plume pour vous saluer tous. Qu’on ait la chance de se le dire de vive voix, ou non, je souhaite aux dipômés du football universitaire la meilleure des chances pour la suite. Vous dire merci aussi pour les moments spectaculaires que vous nous avez fait vivre dans les dernières années.

Même si c’est difficile à comprendre pour tout de suite, sachez qu’un jour proche, vous allez réaliser que les efforts déployés sur les terrains québécois n’ont pas été vains. Votre équipe continuera sa route et, vous, la vôtre. Sachez que votre contribution à son cheminement vous aura probablement permis de devenir de meilleures personnes. Sur le marché du travail et votre nouvelle vie, vous allez bientôt découvrir que votre sens de la discipline, votre ténacité, votre dévouement à la cause et la dialectique « victoire - défaite » dans laquelle vous avez évolué, ont augmenté votre endurance et vous ont dotés d’une capacité de résilience. Bref, vous êtes des humains très bien outillés.

À la prochaine!