Lutte

Evolution : mission accomplie!

Evolution : mission accomplie!

Patric Laprade

Publié 29 octobre
Mis à jour 29 octobre

C'était soir de première pour la WWE, dimanche, alors que pour la première fois de son histoire elle présentait un événement spécial tout féminin.

«Je veux vraiment défendre mon titre ce soir, parce que c'est un moment marquant pour les femmes ici à la WWE et je veux juste en faire partie», a dit la championne féminine du Royaume-Uni, Rhea Ripley, lorsque je l’ai rencontrée sur le tapis rouge de l’événement, qui a eu lieu un peu avant le spectacle, en direct du Nassau Coliseum de Uniondale, New York.

«Evolution représente toutes les difficultés que nous avons dues surmonter et nous méritons toutes de faire partie de ce moment historique, a-t-elle ajouté. On va tout casser ce soir, tout casser!»

Ripley, qui a eu la chance de défendre son titre avec succès contre Dakota Kai dans l’avant-gala, ne pouvait si bien dire.

L'événement a été un franc succès. Ce fut un très bon show, marqué de plusieurs excellents combats. Mais nuance : pas seulement des bons combats pour les femmes, mais bien de bons combats de lutte, point.

Flair et Lynch ont volé le spectacle!

Charlotte Flair et Becky Lynch ont ajouté une page à l’histoire de leur rivalité en s'affrontant dans le tout premier match «Last Woman Standing», pour lequel il n'y a aucun règlement, outre que la gagnante doit voir son adversaire demeurer 10 secondes au sol avant d'être déclarée gagnante. Le combat a été le meilleur de la soirée et l’un des meilleurs matchs de l'année à la WWE. Lynch a gardé son titre sous les applaudissements de la foule, elle qui est pourtant «heel». À deux reprises durant le match, la foule y est allée de son chant d'appréciation «This is awesome».

«J'ai vraiment hâte de voir le match entre Charlotte et Becky. Pour moi ça a toujours été à propos de l'histoire qu'on raconte et de plus ce sont deux excellentes lutteuses», a dit Trish Stratus avant l'événement, et elle ne s'était pas trompée.

C'est d'ailleurs la Canadienne de Toronto qui a eu la pression d'ouvrir cet événement historique. Trish et Lita ont défait Mickie James et Alicia Fox, avec Alexa Bliss, qui devait initialement prendre part au match, mais qui n'est toujours pas remise d'une commotion cérébrale, dans leur coin. C'était une belle façon de partir le bal, alors qu'un combat par l'équipe permet toujours plus d'action.

«Quand j'ai commencé dans la business c'était pour faire changer les perceptions, alors pour moi c'est tout un honneur d'être ici et de participer à Evolution, a continué Trish. Ce n’était peut-être pas le bon moment quand je luttais à temps plein.»

Si ce n’était pas le bon moment au tournant des années 2000, ça l’était hier.

Dès le départ, la foule a été très enthousiaste. Une foule endiablée qui a été généreuse et qui a donné beaucoup d’énergie et d’amour aux lutteuses tout au long de la soirée. Par exemple, dans le match par équipe, l'arbitre a carrément arrêté de compter à deux alors qu'il y a eu un manque de timing de la part de Fox, qui est arrivée en retard pour briser le compte. Une autre foule aurait réagi très négativement à cette erreur, mais pas celle d'hier, qui a simplement décidé d’en faire fi et de continuer à encourager les lutteuses, qui ont intelligemment enchainé avec le «moonsault» de Lita, un prélude à la victoire de son équipe. 

Par la suite, nous avons eu droit à la bataille royale de 20 lutteuses, avec un mélange d’anciennes lutteuses et de lutteuses courantes. Parmi les vétéranes, on retrouvait Michelle McCool, Alundra Blayze, Kelly Kelly, Molly Holly, Torrie Wilson et Ivory. S’y ajoutaient les Sonya Deville, Zelina Vega, Carmella, Tamina, Ember Moon, Lana, Maria Kanellis, Mandy Rose, Dana Brooke, Nia Jax, Kana, Naomi, Billie Kay et Peyton Royce.

Jax a remporté le combat et se verra accorder une chance au titre féminin de Raw, un scénario quelque peu redondant alors que l’expérience de Jax comme championne n’avait pas été un succès. J’aurais préféré qu’on donne une chance à Ember Moon par exemple et ce, même si Jax a été celle qui a suscité la plus forte réaction dans ce combat royal. Il faut dire que la foule était complètement différente d’un événement spécial régulier, entre autres avec beaucoup de jeunes filles dans l’assistance. Si le match ne passera pas à l’histoire, pour certaines de ces femmes, c’était un moment unique et une façon d’y contribuer.

«Quand je luttais à temps plein, j'étais en avant de mon temps. Mais ce que les lutteuses ici font maintenant, c'est ce que moi je faisais», a exprimé l’ancienne championne féminine et membre du temple de la renommée de la WWE Alundra Blayze, aussi connue sous le nom de Madusa, qui n’avait pas lutté depuis 18 ans.

«Je vis carrément à travers elles, a-t-elle poursuivi. Quand je luttais, on n'avait pas notre nom sur la marquise. C'était tous les hommes et plus encore. J'étais le plus encore. Ceci dit, c'est leur temps à elles maintenant. Je suis très honorée d'être ici. Mais j'aimerais prendre ce qui se passe en ce moment et l'amener dans ce temps-là.»

Même son de cloche du côté de l’autre membre du temple de la renommée de la WWE, Ivory.

«Jamais je n'aurais pensé que ce jour viendrait, a-t-elle admis. À mon époque, on était chanceuse de ne pas être un valet. Il y a toujours eu des femmes athlétiques mais elles n'ont pas eu la plateforme que la WWE leur donne maintenant. Ceci dit, ça vient avec plus de responsabilités et elles ne peuvent pas l'échapper. Et je ne pense pas qu'elles vont l'échapper. »

Et en effet, elles ne l’ont pas échappé.

L’événement s’est continué avec un des meilleurs combats de la soirée, la finale de la classique Mae Young, entre l’Australienne Toni Storm et la Japonaise Io Shirai. Cette dernière a encore une fois démontré pourquoi elle est considérée par plusieurs comme étant la meilleure lutteuse au monde. Pour sa technique et la façon de livrer les manœuvres, elle est dans une classe à part. C’est toutefois Storm qui a remporté le combat et à seulement 23 ans, elle fait partie du futur de la WWE.

Ce match nous rappelle que la lutte féminine était en santé sur le circuit indépendant bien avant que la WWE ne décide de donner une chance à ses lutteuses. En toute honnêteté, la WWE n’invente rien avec un événement tout féminin. SHIMMER aux États-Unis et Stardom au Japon sont probablement les deux plus grosses organisations du genre et pour lesquelles Storm et Shirai ont lutté, comme plusieurs autres d’ailleurs, telles que Ruby Riott, Sarah Logan, Bayley, Natalya, Billie Kay, Peyton Royce, Kana, Shayna Baszler, Kairi Sane et Ember Moon.

Cette dernière nous explique justement la différence maintenant que la WWE emboîte le pas.

«Je pense que la lutte féminine hérite d'une plus grosse plateforme en ayant son premier PPV tout féminin. Plusieurs promotions indépendantes font des shows tout féminins depuis des années et avec Evolution, avec la Classique Mae Young, qui a présenté plusieurs lutteuses du circuit indépendant, je pense que ça ne peut qu'aider ces promotions indépendantes. »