Joey Saputo

Crédit : Dario Ayala / Agence QMI

Impact

L’Académie, le Big Mac de l’Impact

L’Académie, le Big Mac de l’Impact

Fréderic Lord

Publié 17 octobre
Mis à jour 17 octobre

Dans quels domaines l’Impact est-il cité en exemple en MLS?

Au cours de cette fameuse rencontre, M.Saputo a donné deux éléments de réponse à cette question : le partenariat corporatif sur le maillot et les ventes de groupe. Il aurait très bien pu ajouter la présence web du bleu-blanc-noir, mais ça, c’est une opinion personnelle.

Au-delà de ces deux réponses, l’Impact se démarque aussi d’un point de vue sportif. Indéniablement – je le remets en majuscules INDÉNIABLEMENT – l’Impact se démarque en MLS par son Académie.

Ce n’est pas moi qui le dis. En 2016, la MLS elle-même a mandaté la firme Double Pass pour évaluer chacune de ses centres de formation. Résultat de cet audit : l’Impact se classait au sommet de la pyramide.

Dans le top 5. Minimum! Une source allant même jusqu’à prétendre quelle était tout en haut de la liste (les détails de cet audit sont restés confidentiels).

Plusieurs interlocuteurs sondés à travers la ligue me confirment que ce n’est pas une lubie de l’esprit. Avec le FC Dallas, l’Union de Philadelphie, le Real Salt Lake et (de moins en moins) les Red Bulls de New York, l’Impact domine et est cité comme un exemple à suivre.

Alors, quand le président laisse entendre qu’il pourrait faire des économies en coupant littéralement son petit budget de 1,5 million de dollars, c’est à se demander si c’est un choix avisé.

En somme, c’est comme si McDonald se débarrassait de son Big Mac parce que le troisième pain lui coûtait trop cher...

L’Académie de l’Impact est une des forces de ce club. Pourquoi ne pas s’en servir comme arme dans le contexte de plus en plus compétitif de la MLS?

Pour les néophytes, je peux rappeler ces arguments qui militent en faveur d’une telle stratégie.

1- Un joueur signé de l’Académie ne compte pas sur la masse salariale. Bref, plus d’argent pour mettre sous contrat des joueurs comme Matteo Mancosu.

2- Un joueur arrivé du centre de formation sera beaucoup plus cheap que n’importe quel autre acheté en Argentine ou en Europe. Faites le calcul : en quatre ans, Victor Cabrera aura coûté 500 000 $ en transfert et 840 000 $ en salaire pour un total de 1,34 million $.

Ça, c’est sans compter la place internationale qu’il prend (évaluée à 150 000 $ par M. Saputo x 4 ans = 600 000 $). Ajoutez le coût des voyages pour «recrutement». Et son «absence médiatique» qui ne donne aucune plus-value au joueur (donc coûte à l’équipe?) dans un marché en croissance où la visibilité est le nerf de la guerre.

Est-ce à ce point irréaliste de penser qu’un jeune joueur issu de l’Académie puisse tenir son poste?

À l’époque, l’Impact avait eu des résultats similaires avec Wandrille Lefèvre dans la charnière centrale. Cabrera lui est-il supérieur? Peut-être. Mais à ce prix-là?

Certes, M.Saputo a parlé de développement durant cette réunion. Il a évoqué le modèle d’Atlanta où une équipe achète un jeune joueur et le revend quelques années plus tard à profit, une voix que le Bleu-blanc-noir pourrait emprunter.

Mais ce modèle sied-il à l’Impact? L’Impact est-il compétitif par rapport à ce genre de joueur dans le marché mondial? Le prochain Miguel Almiron, s’il choisit la MLS, ira-t-il à Atlanta, Miami, New York, Los Angeles ou Montréal?

Oui, M.Saputo a montré qu’il était prêt à allonger l’argent pour recruter et c’est tout à son honneur. Mais une fois sur deux, le club risque de se retrouver avec des joueurs comme Jeisson Vargas qui ont coûté 4,3M$ en transferts.

Nos joueurs québécois ne sont pas assez bons pour le plus haut niveau? Ce n’est pas ce que les neuf buts d’Anthony Jackson-Hamel m’ont révélé (une économie de 564 000 $ + 150 000 $ de place internationale par rapport à Mancosu et de 134 000 $ par rapport à Quincy Amarikwa). Ce n’est pas ce que la saison record en USL de Maxime Crépeau à Ottawa me dit.

Les prochains espoirs sortiront d’un cycle complet au centre de formation. Une formation plébiscité par Double Pass, un organisme indépendant qui n’a rien à gagner à enjoliver la réalité.

Bref, dans le développement de jeunes joueurs, l’Impact domine en ce moment. Imaginez, l’Impact bat même Toronto et New York dans ce département...

 

--

Vendredi dernier, l’Impact a identifié trois clubs de la MLS auxquels il se compare : Kansas City, Real Salt Lake et Portland.

Quelle est la recette de leur succès? Pourquoi ces clubs suscitent-ils autant l’engouement dans leur marché?

Puisqu’il est question depuis vendredi de rentabilité, jetons un coup d’œil à la « performance des dollars sportifs ».

Exercice simpliste : comparons le classement en terme de dépenses salariales à celui des résultats sportifs.

Tableau A

Classement final vs Classement pour la masse salariale

 

Clubs
2012
Rang - $$
2013
Rang - $$
2014
Rang - $$
2015
Rang - $$
2016
Rang - $$
2017
Rang - $$
2018
Rang - $$
IMFC
12e
5 e
11e
4e
19 e
7e
8e
8 e
11e
9e
17e
22e
14e
5 e
KC
2 e
19e
2e
17e
11 e
16e
9e
12 e
8e
10e
11e
20e
5e
11 e
RSL
5 e
14e
4e
10e
4 e
15e
16e
17 e
10e
15e
14e
11e
11e
12 e
Port
17e
13e
3e
15e
10e
9e
5e
10 e
12e
8e
6e
7e
7e
9 e

*En jaune = Année où le rang au classement dépasse le rang pour la masse salariale.

En somme, au cours des sept dernières années, Kansas City à surperformer (sic) par rapport à son investissement. Juste cette année, ils ont la 11e masse salariale, mais pointent au 5e rang au classement.

Salt Lake? 6/7

Portland? 4/7

L’Impact? 2/7... dont une saison (2017) où le salaire réel de Nacho Piatti n’a pas été comptabilisé.

Soulignons aussi que, pendant cette période de 2012 à 2018, les trois clubs qui servent d’étalon de mesure ont tous participé à une finale MLS.

Donc, il n’y a qu’un pas à franchir pour dire que l’Impact doit, dans sa structure actuelle, dépenser plus pour chaque point au classement que ces trois adversaires.

On pourrait aussi dire que l’Impact recrute bien, mais les autres équipes recrutent mieux visiblement. Quand tu es obligé de tirer 15 fois pour marquer trois buts tandis que l’adversaire ne tire que 8 fois...

C’est la même logique... ou presque.

Au rendez-vous de M.Saputo, ce dernier disait que l’Académie pourrait peut-être faire mieux avec son budget de 1,5 M$.

N’y a-t-il pas une économie plus substantielle à faire dans la masse salariale du bleu-blanc-noir? Celle chiffrée à 20 M$ en 2018 par M.Saputo lui-même?

--

D’un point de vue des spectateurs, comment le club se compare avec KC, RSL et Portland?

Tableau B

Classement pour le nombre de spectateurs en MLS (d’après worldfootball.net et soccerstadiumdigest.com)

Des marchés qui se ressemblent?

 

Clubs
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
Moy.
IMFC
3 e
4 e
11 e
14e
8 e
11e
15 e
9,4
KC
7 e
7 e
8 e
11 e
13 e
13 e
11 e
10
RSL
8 e
9 e
6 e
10 e
12 e
15 e
13 e
10,4
Port
5 e
3 e
4e
6 e
7 e
9 e
10 e
6,3

L’Impact l’a souligné: il faut revoir la grille tarifaire pour mieux exploiter le Stade Saputo.

Mais les gens y sont.

Si on comparait le classement des spectateurs (en nombre, pas en $) en MLS aux performances sportives de l’équipe?

Tableau C

Nombre d’années où le classement pour le nombre des spectateurs est meilleur que les performances au classement sportif

En gros, les vendeurs ont mieux fait que les joueurs...

  Clubs  (de 2012 à 2018)  
  Spectateurs > Classement
Années meilleures dans les estrades qu’au classement
IMFC
5
2012, 2013, 2014, 2016, 2017
KC
1
2014
RSL
1
2015
Port
3
2012, 2014, 2016

D’après les chiffres disponibles, les spectateurs y sont (je peux vous dire que les cotes d’écoute aussi se comparent avantageusement au reste de la ligue).

Ce dernier tableau est profondément incomplet, maladroit, voire malhonnête. Il ne tient pas en compte la capacité de chacun des stades, ni le facteur «Stade olympique», ni le prix de billets, etc., etc.

Mais il prouve à mon sens qu’il y a au Québec une base solide de partisans.