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Crédit : Mathieu Belanger/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Football universitaire RSEQ

Le phénomène Mathieu Betts

Le phénomène Mathieu Betts

Matthieu Quiviger

Publié 10 octobre 2018
Mis à jour 10 octobre 2018

Il faisait froid à Québec en fin de semaine. Un froid coutumier en octobre, comme si un brouillard était descendu sur le campus de l’Université Laval, traversait vos vêtements et vous saisissait les os.

Malgré tout, c’est plus de 18 000 spectateurs qui se sont déplacés pour accueillir les Carabins de l’Université de Montréal, venus affronter le Rouge et Or pour la deuxième fois en saison régulière.

C’est particulier, à Québec, ce fameux « tail gate » qui commence avant l’aube. Des milliers de partisans massés dans deux stationnements font des grillades, prennent l’apéro, écoutent de la musique et s’amusent à toutes sortes de jeux. C’est le moment de revoir des amis, de prendre une «frette» avec d’autres partisans et de discuter de l’enjeu réel de la rencontre d’aujourd’hui. Ce dimanche, c’était la première place au classement et la possibilité de devenir l’hôte de la Coupe Dunsmore qui était à la portée des deux équipes.

Au moment du botté d’envoi initial, le «party» était déjà bien audible. En cinq matches, cette saison, le Rouge et Or n’avait accordé que deux touchés offensifs à leurs opposants, devancés de peu dans les livres de statistiques par les Carabins qui n’en avaient octroyé qu’un seul. On s’attendait à un match défensif et, peut-être, de voir se briser quelques records.

Mathieu Betts, du Rouge et Or, n’a pas déçu ses fans!

Avant chaque match, les coordonnateurs offensifs préparent leur équipe de façon spécifique en favorisant certains duels et en ébauchant des formations qui favoriseront la progression de leur attaque face à certaines contraintes et, parfois, certains joueurs. Avant même le botté d’envoi, Betts est un de ces éléments qu’on encercle systématiquement sur les diagrammes. Un joueur qu’on ne peut ignorer et qu’on doit trouver le moyen de ralentir.

Gabriel Cousineau (coordonnateur des Carabins) en était bien conscient avant d’arriver au Stade Telus. Lors du match, les Carabins se sont parfois présentés en formation musclée (7 joueurs de ligne), ont ajouté un receveur rapproché du côté de Mathieu Betts dans le but de l’éloigner physiquement de leur quart : Dimitri Morand. Tout au long de la rencontre, on a aussi affecté des porteurs de ballon pour ajouter un peu de substance à la protection.

Au sein d’une attaque, le déploiement de ce genre de stratégie ne se fait pas sans coût. En affectant autant de joueurs à la protection, on minimise le nombre de receveurs ce qui permet à la tertiaire adverse de se concentrer sur un nombre restreint de cibles. Les mathématiques sont simples : quand la pression de la ligne défensive est adéquate à elle seule, c’est l’ensemble des demis et des secondeurs qu’on peut affecter à la couverture de 4 ou 5 receveurs. C’est ça, l’effet Betts.

Les stratagèmes des Carabins n’ont pas tenu longtemps. Dès le début de la rencontre, le «rush» du numéro 9 vers Morand est efficace et, sans nécessairement le plaquer, il s’en approche assez souvent pour commencer à jouer dans sa tête et le forcer à se débarrasser du ballon un peu plus vite qu’il ne le voudrait. Comme si il tentait de le cacher, Marc Fortier (coordonnateur défensif) l’installe un peu partout dans la boîte au moment du snap. Une stratégie efficace qui lui donne un avantage face à certains bloqueurs.

Avec un peu plus de quatre minutes dépensées au deuxième quart, Betts réussit un sac historique : son 32.5e en carrière, battant le record précédent du RSEQ, établi par le Golden Gaels Jim Aru vingt ans plus tôt.

L’impact de Betts sera égal tout au long du match. Il inscrira plus tard un 2e plaqué du quart et, avec 34 secondes à faire en temps régulier face à un seul bloqueur, il inflige son 3e sac de l’après-midi.

Alors que les Carabins tentent un touché en surtemps, il inscrit son 4e sac du match.

Au dernier sifflet, Mathieu Betts était devenu l’unique détenteur du record de sacs inscrits pendant une carrière au sein du RSEQ, soit 35.5. Notons, en plus, qu’il reste deux matches à jouer en saison régulière, sans compter les autres à venir en séries éliminatoires.

En entrevue avec mon collègue Louis-Simon Lapointe et moi-même, à la fin de la partie, Betts a préféré détourner le «focus» de sa performance en soulignant plutôt le travail de préparation effectué par ses entraîneurs. En parfait gentleman, il a aussi souligné, avec raison, l’acharnement dont a fait preuve la ligne défensive au complet du Rouge et Or lors d’un match aussi important, tout en se disant soulagé d’avoir enfin mis la course au record et les distractions qu’elle occasionne derrière lui.

Quand on lui parle de son avenir chez les pros, je sens toujours un certain inconfort chez Betts. Une hésitation saine que je comprends bien puisqu’à la prochaine étape, il n’aura pas vraiment le contrôle de sa destinée. Il nous fait également remarquer que la saison n’est pas terminée et que le focus de tous doit demeurer sur les tâches qui restent à effectuer. Pour Betts, la possibilité d’évoluer, dès l’an prochain, chez nos voisins du Sud est réelle. Celle d’être un choix prisé dans la LCF ne fait aucun doute.

Mathieu Betts est un joueur hyperactif sur un terrain de football. Le genre de gars qui veut se mêler de tout, peu importe la situation. Un gros moteur diésel qui n’arrête qu’entre les sifflets. Ce que je lui souhaite personnellement, c’est de participer à la fameuse classique du « East-West Shrine game » disputée entre les meilleurs joueurs de la NCAA en janvier. Une vraie occasion pour lui de mesurer son talent face aux meilleurs bloqueurs de l’Amérique du Nord et de montrer de quel bois il se chauffe.

Si Betts mérite d’être connu, c’est surtout en situation de match et non sur papier ; c’est là qu’il accomplit de gros jeux et peut influencer une partie complète. C’est exactement ce que nous avons vu dimanche dernier.

Un phénomène!