Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Alouettes

Luc Brodeur-Jourdain: fier et réaliste

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Terminer sa carrière avec les meilleurs billets dans le stade, sur les lignes de côté, ce n’est pas le souhait d’un fier athlète ayant tout consacré à la même équipe. Le ton serein de Luc Brodeur-Jourdain indique qu’il tirera sa révérence le 3 novembre au bout de 10 saisons de service, mais le cœur souhaite que l’aventure continue.

Le centre de la ligne offensive des Alouettes a rongé son frein toute la saison. Un scénario qu’il n’avait pas envisagé lorsqu’il s’est présenté, en pleine forme, au camp d’entraînement en mai. Pas plus quand il avait paraphé son entente de deux ans en janvier 2017 même si un contrat ne garantit pas une place dans la formation partante.

Fier athlète de 35 ans, LBJ s’est montré philosophe et réaliste en entrevue avec «Le Journal de Montréal» après un entraînement la semaine dernière. Peu importe le sort qui lui était réservé en prévision de la campagne 2018, il acceptait son rôle. Il était dans le nid des Moineaux et ferait tout en son pouvoir pour aider l’équipe.

Plutôt que de mettre le ballon en jeu à chacune des séquences à l’attaque, il a dû se contenter, impuissant, du rôle de spectateur que lui a confié le nouvel entraîneur-chef Mike Sherman. Utilisé sporadiquement durant les 14 matchs des Alouettes, il a observé les nombreuses lignes s’effondrer devant les adversaires, connaissant toutes sortes d’ennuis.

«Je répète souvent la même chose. Il y a deux choses qui peuvent mettre fin à une carrière pro : une blessure ou être trop vieux. Dans mon cas, les deux cas peuvent s’appliquer», lance en riant le costaud bonhomme de 6 pi 2 po et 326 livres.

«Je savoure tous mes moments et je suis très serein par rapport à toute cette situation, enchaîne l’athlète comptant deux bagues de la Coupe Grey. Ce serait hypocrite de ma part de dire que ça ne m’affecte pas et que je ne veux pas jouer. Je suis un athlète. Je veux être sur le terrain. Je veux aller célébrer dans la zone des buts avec mes gars.»

«Ce n’est toutefois pas mon rôle pour l’instant.»

Aucun contrôle

Le plus difficile à digérer, c’est qu’il ne contrôle rien, qu’il n’a aucun pouvoir. «On me veut dans l’équipe, mais en même temps, je ne fais pas partie de la première ligne», explique le récipiendaire du trophée Jake Gaudaur en 2017 : un honneur réservé au joueur canadien de la LCF qui affiche à la perfection la force, la persévérance, le courage et la camaraderie des vétérans en temps de guerre, de conflit et de paix.

Cruel ? «Il faut que je me focalise sur ce que je peux contrôler, dit-il. J’ai toujours été ce type de personne. Si on m’a gardé dans l’organisation, c’est que j’avais un rôle. Si ce n’était plus d’être de l’alignement partant et de jouer à ma position de centre, c’était sûrement que je pouvais apporter mon soutien par autres choses.»

Dans cette campagne 2018 remplie de défis, Brodeur-Jourdain n’est pas en terre inconnue. En 2016, à son retour d’une délicate intervention chirurgicale au genou ayant coûté sa fin de saison en 2015, il avait dû s’armer de patience, alors limité à un rôle de soutien.

Le vétéran qui disputait sa huitième saison était alors utilisé sur les unités spéciales par le coordonnateur à l’époque, Kavis Reed. Il ne s’était pas laissé abattre par cette rétrogradation à un poste habituellement accompli par des recrues. Il s’était retroussé les manches et avait gagné le respect de tous. Il avait ensuite regagné son poste sur la ligne offensive l’année suivante.

Vivre d’espoir

Un fait d’armes qui témoigne de ses qualités. «Il y a un vieil adage dans le monde du sport disant que lorsque tu es blessé, tu ne perds pas ta place. On te donne une chance de te reprendre, souligne le natif de Saint-Hyacinthe. C’était une saison difficile en vivant constamment dans l’adversité. Mais j’avais réussi à reprendre les rênes de l’attaque. Cela indique que rien n’arrive pour rien.»

Justement, sa patience a été récompensée la semaine dernière lors de la visite des Roughriders de la Saskatchewan. En raison de blessures, il a pu reprendre son poste au centre, aux côtés de son bon ami Kristian Matte. À l’entraînement, la semaine dernière, il répétait les exercices de la ligne partante en prévision du match de cet après-midi face aux Stampeders de Calgary. Ce duel pourrait s’avérer l’un de ses deux derniers au Stade Percival-Molson.

Même s’il ne sait pas ce que l’avenir lui réserve, il prendra le temps d’évaluer ses options. Homme aux mille et un projets, aussi prêt à se lancer dans les rénos de sa maison que dans une start-up dans le domaine de l’électronique, il ne s’ennuie jamais.