Crédit : Sébastien St-Jean / Agence QMI

Ski et planche

Un retour pour Erik Guay, mais il y a des «si»

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Si son dos tient le coup, Erik Guay pourrait nous rejouer l’un des scénarios d’Hollywood auxquels il nous a habitués en effectuant le retour de l’année. Une liste de «si» va toutefois dicter la suite de son projet.

Champion du monde en titre du super-G et vice-champion de la descente, le skieur canadien le plus décoré de l’histoire de la Coupe du monde de ski alpin a comme objectif de relancer sa carrière, près d’un an après avoir abandonné en cours de saison en raison d’une inflammation au dos.

À 37 ans, sa santé retrouvée et une confiance modérée l’autorisent à reprendre ses ambitions de gamin et à envisager de participer à l’ensemble des épreuves de vitesse de la prochaine saison.

«Plusieurs choses vont le déterminer. Premièrement, on verra si j’ai mal au dos ou quelque part sur le corps et que je ne passe pas au travers. Ce n’est pas amusant de faire une compétition quand tu ne te sens pas prêt à pousser.»

«Ce sera la même chose mentalement. Si je sens que je suis craintif, ça va être le temps de passer à autre chose. Pour gagner en Coupe du monde, il faut bien se sentir pour pousser la limite. Il faut être prêt à prendre les risques nécessaires pour gagner», nous a confié l’athlète de Mont-Tremblant, mercredi midi, attablé dans un restaurant de Montréal.

De la prolothérapie efficace

Guay avait renoncé aux Jeux olympiques de Pyeongchang à 10 jours de la cérémonie d’ouverture, avec comme argument qu’il lui était impossible d’adopter la position de recherche de vitesse. Cette décision mettait ainsi fin à une saison qui n’en fut pas vraiment une.

Après s’être désisté de Lake Louise, il avait ensuite fait l’impasse sur la Coupe du monde de Beaver Creek afin de se réserver pour Val Gardena à la mi-décembre, où il avait terminé 12e au super-G. À la descente du lendemain, une douleur soudaine au dos l’avait fait abdiquer durant la course.

Le skieur québécois dit vivre sans douleur depuis qu’il s’est prêté, au printemps dernier, à des séances de prolothérapie, une technique d’injections répétées d’un agent irritant visant à renforcer les ligaments. La musculation en salle d’entraînement l’a ensuite rassuré, ainsi que différents stages sur neige tenus en Suisse durant les deux derniers mois.

Plus complexe que prévu

La sagesse l’amène cependant à contenir son enthousiasme. Il se voit à la première descente de la saison à Lake Louise, le 24 novembre. Mais il préfère y aller de semaine en semaine. Une blessure peut surgir à nouveau, selon lui, d’autant plus que les chronos enregistrés à l’entraînement lui ont rappelé un certain retard dans son programme de retour.

«Je n’ai pas de doutes. Par contre, à date, ça a été plus complexe que je pensais. Étant donné que je n’ai plus mal au dos, je pensais que la vitesse allait revenir tout de suite, mais ce n’est pas le cas. Je me donne encore un peu de latitude», affirme l’auteur de 231 départs en Coupe du monde, qui commence de plus en plus à peser l’équilibre entre la famille et son travail.

«Il faut que ce soit encore amusant. Si je n’ai plus de plaisir à le faire, il n’y aura pas de raison de demeurer dans une situation comme celle-là. J’aime encore ça, mais ça devient de plus en plus complexe. Auparavant, j’avais toujours hâte de partir à ski. Cet été, j’avais hâte aussi, mais dès que j’arrive en Europe, après quatre ou cinq jours, la famille commence à me manquer. C’est pire qu’avant.»

Il y a plus que le dos en cause. Son cœur aussi...

La retraite ne fait plus de doute

La décision d’Erik Guay est déjà prise et rien ne pourra la changer: la prochaine saison sera sa dernière en carrière.

Le skieur canadien le plus prolifique de l’histoire quittera son sport, longtemps après son premier départ en Coupe du monde qui remonte aussi loin qu’au 10 décembre 2000, lors d’un slalom géant à Val-d’Isère. À 37 ans, et avec une famille de quatre fillettes, Guay convient que le temps est venu de passer à autre chose.

«Déjà que je commence à repousser la limite», conçoit-il.

«En plus que les enfants grandissent, je me suis déjà dit que je me rendrais à un certain point. J’ai été à la maison tout l’hiver dernier et ça m’a permis de voir que j’ai manqué plein de choses [durant sa carrière]. Il n’est pas trop tard et je n’ai pas de regrets, mais je commence à avoir l’âge de vouloir être à la maison. Il vient un temps où c’est assez.»

Même champion du monde

La preuve que cette vie de skieur professionnel s’achève, même un nouveau titre mondial en Suède en février prochain, ajouté à celui du super-G d’il y a deux ans en Suisse, ne viendrait pas brouiller ses intentions.

«Non, ce serait fini. J’ai un certain respect pour les athlètes qui prennent leur retraite alors que ça va encore bien. J’ai l’exemple de Didier Cuche. À sa dernière année [en 2012], il a gagné Kitzbuhel. Il n’avait pas de famille ni d’enfants et il a pris sa retraite. C’est bon de sa part. Ça voulait dire: j’en ai fait assez et je passe à autre chose.»