Crédit : PIerre-Paul Poulin / JdeM

Alouettes

Le parcours de Nicolas Boulay

Le parcours de Nicolas Boulay

Matthieu Quiviger

Publié 03 octobre 2018
Mis à jour 03 octobre 2018

J’ai rencontré Nicolas Boulay pour la première fois il y a trois ans. Le gym que je fréquentais, étant tout près du Stade Olympique, il s’agissait d’un endroit propice où s’entraîner pour le secondeur des Alouettes. Son partenaire d’entraînement de l’époque était comme lui un ancien du Vert & Or: le centre-arrière Jean-Christophe Beaulieu (maintenant avec le Rouge et Noir d’Ottawa).

Quand ces gars-là mettaient les pieds dans la salle, l’énergie augmentait automatiquement. Ils étaient intenses, sautaient partout et riaient tout le temps. Boulay est un amoureux du football et de la vie en général.

Cette semaine, j’ai discuté avec lui.

En 2012, à la suite d’une saison universitaire qui le plaçait au 4e rang des plaqueurs québécois, il est devenu le 30e choix au repêchage amateur de la LCF. Originaire de Magog, il était heureux de revêtir l’uniforme des Alouettes, une équipe qu’il a vu jouer dès son enfance. Le scénario était parfait, il réalisait un vieux rêve.

Maintenant vétéran de 6e année dans la LCF, son énergie et sa détermination demeurent intacts. Boulay est un adepte du vieux dicton: «quelqu’un qui aime son métier n’a jamais travaillé un seul jour dans la vie» appris de son père dans sa jeunesse. Il fait exactement le travail qu’il veut et compte étirer l’expérience le plus longtemps possible.

Son cheminement ne s’est pas fait sans embûche

Se faire une place de partant au sein d’une défensive professionnelle n’est pas chose facile. Dans la LCF, il y a un combat féroce entre les athlètes américains et canadiens à certaines positions. Celle de secondeur en est une. Bien qu’il jouisse d’une réputation enviable pour ses performances sur les unités spéciales, le but ultime de Nicolas Boulay demeure un poste régulier en défensive.

C’est probablement au moment de la renégociation de son contrat en 2016 qu’il a pris conscience de sa valeur réelle sur le marché canadien. Approché par des équipes de l’Ouest qui le voyaient comme partant, il a tout de même préféré rester au Québec puisque les Alouettes laissaient aussi miroiter une possible ouverture dans la rotation de leur ligne secondaire.

Avec les Alouettes il a été désigné partant 9 fois lors de ses cinq premières saisons. Il a aussi contribué régulièrement à l’effort défensif. Ses collègues et entraîneurs le décrivent comme «une bonne tête de football», un véritable érudit du sport.

Au 17e match de la saison 2017, Nicolas est victime de sa première blessure grave: son ligament antérieur croisé se déchire et d’autres ligaments sont endommagés dans l’accident. Il doit subir une intervention chirurgicale pour reconstruire son genou. À la suite d’une longue réadaptation, en 2018, une complication au niveau de son mollet le replace sur la liste des joueurs blessés après avoir déjà manqué les six premiers matches de la saison.

De nature positive, il dit que cette période difficile lui a permis de faire un peu d’introspection. Il s’est imposé une auto-évaluation complète et en a profité pour travailler sur ses faiblesses pour la première fois de sa vie.

Depuis son retour au jeu actif, il a surtout repris son rôle sur les unités spéciales ce qui lui permet d’apprendre à s’adapter à sa nouvelle réalité physique. Au terme de sa longue remise en question, cette semaine, il se dit en pleine forme, plus motivé et meilleur que jamais.

Nicolas Boulay sans son casque

Son implication dans l’équipe ne se réduit pas à ses efforts sur le terrain. Mécontent de la tournure des négociations de la convention collective avec la Ligue Canadienne et du manque de transparence lors du processus, il devient un des trois représentants des joueurs de l’équipe montréalaise en 2017. Ce nouveau rôle lui permet de mettre en valeur son BAC en finance, obtenu au fameux programme coopératif de l’Université de Sherbrooke. Ce programme théorique, entremêlé d’expériences réelles en entreprise, lui a permis de travailler l’équivalent d’une année complète à la Banque Nationale où il dit avoir acquis de multiples connaissances pratiques.

Un «player's rep» est un leader au sein d’une équipe professionnelle. Pour ses collègues, il est une référence, celui qu’on consulte entre-autre quand on se pose des questions sur le fond de pension, les assurances ou les négociations de contrat.

Il parle aussi avec enthousiasme de sa fondation: le Club 52. Pour lui, il s’agit d’un effort de famille. Aidé de sa fiancée Stéphanie Beauregard (infirmière à l’Institut de Cardiologie) et de sa mère, Diane Deslauriers (maintenant retraitée), il a mis sur pied un programme qui invite annuellement 500 jeunes en difficulté à assister aux matches locaux des Alouettes. Les Alouettes, les restaurants Subway et La Fondation Bon Départ se sont rapidement joints à sa cause. En quatre ans, c’est plus de 2000 jeunes qu’il a invités à se familiariser avec le sport. Ils sont issus de tous les milieux. Ils sont recrutés dans les maisons de jeunes de partout dans la province. À chaque visite, Boulay se fait un devoir de les rencontrer sur le terrain, de discuter avec eux et, surtout, de les écouter.

Lors du match de la semaine dernière, Nicolas Boulay s’est permis un petit spécial. Il a invité des soldats des Forces Armées Canadiennes et leur famille. Une façon pour lui de souligner leur implication, leur service et de les remercier d’accomplir un travail qu’il trouve admirable.

La plupart des joueurs de football professionnels n’auront pas la chance de signer un deuxième contrat. Dans un domaine où les carrières sont courtes, Boulay, à 29 ans et à sa sixième année, est un vétéran en bonne et due forme. Quand je l’ai questionné sur son avenir après le football, il a avoué commencer à y penser tranquillement. «Un processus qui devrait durer encore au moins quatre ans», ajoute-t-il en riant, puisqu’il vise la poursuite son métier actuel pendant une décennie complète si possible.

Nicolas Boulay a toujours senti qu’il avait l’entreprenariat dans le sang. Le but de ses études universitaire était de se donner les bases pour, un jour, fonder sa propre entreprise. Dans quel domaine? Là, c’est plus nébuleux puisqu’il aime tout autant les domaines du gaming, de la santé, du développement durable et de la télévision.

Pour l’instant, Nicolas Boulay est un ambassadeur important pour les Alouettes de Montréal. C’est un vétéran sur qui peuvent compter ses coéquipiers et leurs fans aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Peu importe ce que l’avenir lui réservera, je suis persuadé que c’est avec sa fougue et son énergie particulière qu’il relèvera ses futurs défis.