Tiger Woods

Photo : Tiger Woods Crédit : AFP

Paul Rivard

La rédemption d’Eldrick

La rédemption d’Eldrick

Paul Rivard

Publié 24 septembre 2018
Mis à jour 24 septembre 2018

Le monde du sport offre des scénarios inédits à chaque compétition.

Les acteurs du sport, eux, écrivent le leur chaque jour de leur vie. Certains sont banals et d’autres finissent à Hollywood, tellement ils sont passionnants.

Et parmi les sujets qui, un jour, feront probablement l’affiche d’un cinéma près de chez vous, il est certain que la vedette en sera Eldrick Woods, mieux connu depuis son adolescence prodige sous le sobriquet de «Tiger».

Depuis sa carrière universitaire, jusqu’à son entrée précoce chez les professionnels du golf, et finalement jusqu’à sa retraite qui semble maintenant pouvoir attendre, la vie sportive et personnelle de Tiger Woods aura été fertile en rebondissements.

Et pas toujours jolis. Mais ça prend justement du beau et du moins beau pour faire un film intéressant.

Et c’est la dizaine d’années comprises entre 2008 et 2018 qui risquent d’être le nœud d’une éventuelle production cinématographique. Car on pourra y (re)découvrir ses escapades nocturnes avec des prostituées, la découverte de ses infidélités par son épouse, la blonde suédoise Elin Nordegren, suivie de l’explosion immédiate du couple.

Les aveux publics suivis d’excuses de Woods auxquels se sont enchaînés des tournois et sa mise hors de combat par un dos en décomposition. Le tout saupoudré d’une arrestation gênante pour consommation de médicaments et d’antidouleurs.

Ce n’est qu’en 2018, après une traversée du désert de cinq années sans gagner de tournois et assorties de quatre opérations au dos, qu’il a finalement triomphé. Et pas n’importe où, ni n’importe quand. Dans le tout dernier tournoi de la saison, ultime étape de la Coupe FedEx.

Difficile de choisir une meilleure scène pour la conclusion de sa pièce de théâtre.

Tiger Woods célèbre sa victoire.
Crédit photo : AFP

Le bond du «Tigre»

En mai 2017, il se retrouvait expulsé du... top 1000 du classement mondial du golf professionnel, une compilation qui recense les résultats des deux années précédentes (le tennis professionnel compile les 12 mois précédents, seulement)

À l’écart pendant la majorité de 2016, Woods a pu se maintenir au niveau de la 660e position en 2017.

Et voilà qu’il amorçait l’année 2018 au 668e échelon.

Le 28 janvier de cette année, il amorce alors sa spectaculaire remontée, à San Diego, dans le cadre du tournoi «Farmers Insurance Open». Il conclut ses quatre rondes avec un cumulatif de -3, à sept coups du vainqueur, Jason Day. Bon pour une égalité au 23e rang de cet événement.

Suivent ensuite des 12e, 2e et 5e positions dans les trois tournois subséquents. Il est alors passé de la 668e à la 105e place en moins de deux mois.

Woods connaît quelques sorties moyennes d’avril à juin (en commençant par le Masters) et c’est ensuite qu’il accumule trois tops 6 en quatre tournois, entre le 1er juillet et le 12 août. Au Championnat de la PGA, il termine deuxième, à deux coups de Brooks Koepka. Et là, il grimpe au 26e rang.

Il demeurera dans le top 20 jusqu’à cette fin de saison éclatante regroupant les quatre tournois de la Coupe FedEx. En progression constante, il terminera ces quatre compétitions, respectivement, aux 40e, 24e, 6e et 1er rangs.

Personne ne pourra oublier, lui le premier, cette image surréaliste d’une marée humaine accompagnant la star ressuscitée vers le 18e trou du East Lake Golf Club, à Atlanta.

Entre la fin de janvier et la fin de septembre, Le «Tigre des Bois» aura fait un bond de 655 positions au classement mondial, terminant 2018 au 13 échelon.

Tiger Woods fait l'accolade à son cadet.
Crédit photo : AFP

Réactions

Le monde du golf a également fait connaître son admiration pour celui qui en était le champion, l’idole et le leader incontesté, 10 ans plus tôt.

TVA Sports a répertorié quelques réactions ici

Et sa réaction à lui? Comme il fallait s’y attendre, c’est une célébration bien humble qui a suivi son dernier coup roulé. Elle était différente de ses réactions exubérantes de la belle époque, quand il lançait le poing dans les airs («fist pump»).

Dimanche dernier, on devinait qu’il y croyait à peine et il a dû retenir quelques larmes en pensant au chemin parcouru lors de ses cinq dernières années... que dis-je... lors de ces DIX dernières années. Des désillusions suivis d’espoirs qui laissaient la place à un autre désespoir.

Puis, la rédemption.

À l’incontournable question : «Quelle saveur avait ce triomphe? Est-ce la plus "spéciale"?», on peut présumer qu’il aurait répondu par l’affirmative. Car si la plupart de ces grands champions nomment le premier titre de ci ou le premier titre de ça comme étant le plus chéri... dans le cas de Tiger Woods, qui pensait probablement à sa retraite pendant ces longs mois de souffrance, on peut présumer que la victoire la plus extraordinaire a été celle-là.

La Coupe Ryder comme épilogue?

Son année est presque terminée. Il lui reste à disputer la fameuse Coupe Ryder, à Paris, la semaine prochaine. Et connaissant Woods, maintenant la carte cachée d’une équipe dont il était d’ailleurs le vice-capitaine, on peut présumer qu’un succès des Américains s’avèrerait le point d’exclamation le plus formidable pour compléter le non moins formidable chapitre de cette remontée phénoménale.

Un des retours plus inattendus et spectaculaires dans l’histoire du golf. Et du sport.

Un scénario hollywoodien... quoi!

Tiger est arrivé à Paris en vue de la Coupe Ryder
Crédit photo : AFP