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Paul Rivard

Tennis: pour ou contre les «3-de-5»?

Tennis: pour ou contre les «3-de-5»?

Paul Rivard

Publié 09 juin 2018
Mis à jour 09 juin 2018

Entre les Internationaux de tennis de France, à Roland-Garros, et ceux d’Angleterre, à Wimbledon, c’est non seulement le moment où l’été s’installe, mais aussi le retour du débat annuel quant à la survie, ou non, du format de matchs «3-de-5» au tennis masculin.

Trop longs et à bannir dans les Grand Chelem et la Coupe Davis? Ou...parfaits au goût des connaisseurs de tennis, car synonymes de batailles épiques?

Puisque les matchs à Paris sont frais à notre mémoire, on peut citer deux exemples parfaits pour lancer l’éternelle discussion.

A) S’Il n’y avait pas eu de format «3-de-5», le petit et valeureux Argentin Diego Schwartzman aurait été humilié 6-1 et 6-2 par le géant sud-africain Kevin Anderson. Mais au lieu de cela, Schwartzman a remporté les trois autres sets 7-5, 7-6 et 6-2 pour éliminer un adversaire le dominant de 13 pouces...

B) S’il n’y avait pas eu de format «3-de-5», le prometteur Allemand de 21 ans Alexander Zverev aurait peut-être mis la main sur un premier titre du Grand Chelem. Mais au lieu de ça, «Sasha» a été sorti cavalièrement de Roland-Garros, en trois petites manches, par Dominic Thiem, en quarts de finale. C’est que les trois matchs précédents de Zverev ont été décidés en cinq manches, en 3h24m., 3h54m. et 3h29m. de jeu. Fallait pas se surprendre de voir que Zverev n’était plus l’ombre de lui-même.

Mais tout ça, ça fait partie des règles du jeu. Tant mieux pour les gagnants et tant pis pour les vaincus.

Cela étant dit, il suffit de fouiller un peu sur internet, au fil des récentes années, pour accumuler des arguments aussi pertinents que folkloriques pour militer d’un côté comme de l’autre.

POUR les «3-de-5»

Ça permet de combler un mauvais départ. Perdre la première manche ne représente pas une catastrophe.

C’est la tradition. Ça différencie vraiment les «GRANDS» chelems des autres tournois. Car, sans les «3-de-5», ils deviendraient des tournois comme les autres et perdraient leur identité de tournois «majeurs».

Car les plus grandes batailles citées dans l’histoire du tennis sont puisées dans des matchs de ce format.

CONTRE les «3-de-5»

Dans un «2-de-3», l’importance démarre dès le premier échange. Le moindre bris est significatif. Perdre la première manche met l’athlète en situation précaire.

Accumuler les matchs de cinq manches, particulièrement à cette période où deux tournois du Grand Chelem se succèdent dans une courte période, accentue les risques de blessures chez des joueurs taxés par des heures de compétition en un laps de temps réduit.

Des matchs «2-de3» à l’année mettraient fin à l’autre éternel débat, soit celui de la parité des bourses hommes-femmes, alors qu’il n’y a pas de parité quant au nombre d’heures passées sur le terrain pendant les Grands Chelems.

Le tennis a changé. Les calendriers se sont chargé et mis à part quelques superstars, un plus gros volume de matchs dans une année accroît les probabilités de blessures. Et, ultimement, réduit la longévité de quelques carrières.

La disparition des «3-de-5» ne ferait pas disparaître l’aspect dramatique de certains duels. Des luttes épiques en «2-de-3», il y en a. Qu’il suffise de nommer ce match d’anthologie, à Miami, en 2017, entre Nick Kyrgios et Roger Federer, remporté par le Suisse 7-6 (9), 6-7 (9) et 7-6 (5). Je m’en souviens comme si c’était hier. Assis sur le bout de mon divan pendant près de trois heures, je l’ai terminé à genou sur le tapis, à deux pieds de mon téléviseur, nerveux comme pas un. Quel spectacle.

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Crédit photo : AFP

 

La vie a changé. Tant pour les spectateurs et téléspectateurs que pour les organisateurs de tournois et les télédiffuseurs. Tous ne peuvent rester assis pendant des heures à suivre trois matchs de trois heures et demie consécutifs. Sur place ou devant un écran. Quant aux problèmes logistiques qu’amènent de longs matchs en succession (je ne parle même pas des aléas de la météo) causent des maux de tête à la direction des tournois, comme aux diffuseurs qui doivent prévoir une programmation de remplacement.

On a déjà essayé de réduire

Curieusement, il y a déjà eu des expériences tentées dans trois des quatre levées du Grand Chelem. En effet, en 1973 et 1974, les Internationaux d’Australie (Australian Open) et de France (à Roland Garros) ont programmé des matchs «2-de-3» lors des deux premières rondes. De 1975 à 1978, on fit de même aux Internationaux des États-Unis (US Open). Et chez eux, c’était pour les trois premières rondes (et même les quatre premières en 1977).

Seul Wimbledon a résisté devant cette tendance et n’a jamais réduit la durée des matchs masculins.

Dans les archives de l’époque, le sentiment général était que les joueurs n’appréciaient pas, en général, cette modification. «C’est comme si les joueurs devaient passer de "sprinters" à "coureurs de fond"!» pouvait-on lire dans le livre annuel «World of tennis» de 1975.

Et moi, je me situe où? Clairement du côté de ceux et celles qui souhaiteraient voir disparaître ces marathons dont les bienfaits m’apparaissent moindres que les inconvénients.

Ce qui est exactement le contraire de mon collègue Guillaume Rivest, joueur et amoureux de ce sport, tout comme moi, au point que notre récent débat, au bureau, m’a donné l’idée de ce texte.

Quelques minutes après notre vive discussion, il m’expédiait ce message écrit par l’ex-joueur et ex-entraîneur, maintenant commentateur, Brad Gilbert. Histoire de me contredire avec un argument massue.

Et ces dames, maintenant?

Bon, en guise de conclusion, voici l’autre pointilleuse question.

Ces dames disputeront-elles un jour ces longues rencontres «3-de-5»? Je ne vous cacherai pas que plusieurs joueurs masculins, sous le couvert de l’anonymat, préféreraient ce changement, histoire de justifier la parité des bourses instituée il y a une dizaine années.

Mais au lieu de partir un débat facile et émotif, retenez surtout ceci. S’il n’y a pas de matchs «3-de-5» chez les dames, ce n’est certainement parce que ces dernières ne le souhaitent pas. Au contraire.

En premier lieu, n’oublions pas qu’entre 1984 et 1998, la WTA programmait des matchs «3-de-5» à son championnat de fin de saison, que certaines considèrent comme le cinquième tournoi majeur de l’année.

Déjà, à l’époque, les commentaires étaient positifs. Par la suite, de Billie Jean King, à Serena Williams, en passant par Angelique Kerber et Martina Navratilova, les têtes d’affiche du passé et du présent ne cessent de répéter qu’elles sont en faveur.

Même Andy Murray, en 2013, déclarait : «Les dames devraient jouer des 3-de-5. Ce n’est pas comme si elles ne pouvaient pas jouer cinq manches... »

Sans les citer, des tas d’études réfutent le fait que les femmes n’ont pas la force ou l’endurance pour faire la distance dans de longues confrontations de cinq manches.