Impact de Montréal

Faire jouer les jeunes

Faire jouer les jeunes

Fréderic Lord

Publié 08 juin 2018
Mis à jour 08 juin 2018

Comme c’est le cas lors de chaque rencontre face au FC Dallas, les partisans de l’Impact de Montréal auront l’occasion, samedi, de constater la qualité du travail de l’Académie du club texan. À moins d’une surprise, il devrait y avoir trois joueurs formés au club dans le XI de départ.

Bon an, mal an, le FC Dallas est cité en exemple en tant que club formateur en Amérique du Nord. Sa réputation a même mené à un partenariat inédit avec le Bayern Munich, géant allemand et interplanétaire.

Avec notre collègue (ça fait toujours drôle à dire) Patrice Bernier, nous avons discuté «jeunesse» dans notre magazine du jeudi soir, l’Impact cette semaine. Une discussion à la fois provoquée par le match de samedi et son tweet de la veille.

Vous pouvez l’entendre en rediffusion, Patrice nous répond que le concept de «jeune joueur» est relatif. En Amérique du Nord, parce que le circuit universitaire, parce que le manque d’équipes réserves, parce que parce que, les joueurs de moins de 20 ans n’accumulent que très peu d’expérience.

En somme, comme le veut le cliché : pas de travail sans expérience, mais pas d’expérience sans travail. Voilà un immense défi pour la MLS.

Avant d’aller plus loin, comparons le millage au compteur des certains jeunes joueurs en MLS :

Matchs depuis 2015

Kellyn Acosta – FC Dallas - 22 ans

131 matchs en club – 34 en sélection U-20 et Senior

Ezequiel Barco – Atlanta United - 19 ans

60 matchs en club - 8 en sélection U-20

Jeisson Vargas – Impact de Montréal - 20 ans

71 matchs en club - 8 en sélection U-20

David Choinière – Impact de Montréal -21 ans

22 matchs en club* - 2 en sélection U-20 (*15 matchs avec en USL avec le FC Montréal)

À 17 ans, Acosta a joué 13 matchs MLS. Il est passé de 15, à 21 en 2015 et à 32 en 2016 à 20 – 21 ans.

Ici, je ne compare pas le talent de chacun. Mais il est quand même intéressant de comparer des équivalents au sein de chacun des programmes nationaux. À moins de me tromper, chacun de ces joueurs fait partie de 25 meilleurs joueurs de leur génération dans leur pays respectif. Et regardez la différence de matchs.

Imaginez si David Choinière n’avait pas joué 15 matchs avec le FC Montréal. Je ne sais pas s’il serait en mesure de se rappeler à quoi ressemble un ballon.

À l’inverse, nous avons des exemples canadiens fort intéressants.

Des Canadiens avec du millage

Samuel Piette - 23 ans

111 matchs en club - 46 sélections (U-20 à senior)

Alphonso Davies - 17 ans

72 matchs en Club - 7 sélections (U-20 à senior)

À 20 ans, Alphonso Davies devrait avoir joué plus de 120 matchs professionnels. Par la force des choses, il y aura une marge de progression qui pourrait lui valoir une place dans un grand club européen (et une tonne de $$ pour les Whitecaps).

Comment faire jouer les jeunes, c’est une idée qui devrait obséder la MLS. Déjà, le FC Dallas est revenu sur sa structure sportive qui fonctionnait pourtant beaucoup mieux que la majorité des autres clubs du circuit Garber : le retour d’un club réserve en USL.

Parce qu’il est difficile de garantir du temps de jeu avec un club affilié, l’Impact en fait ses frais d’ailleurs avec le Fury d’Ottawa. Et parce que les jeunes ont besoin de jouer après 19 ans.

Dans le camp montréalais, on peut se poser la question : qu’arrivera-t-il des Daniel Kinumbe, Mathieu Choinière et autres Clément Bayiha après cette saison?

En 2015, le FC Montréal avait une saison catastrophique en USL après avoir fait jouer de très jeunes joueurs toute la saison. Les résultats au camp dès l’année suivante : l’état major était convaincu que Maxime Crépeau pouvait être le gardien #2 du club, Louis Béland-Goyette faisait partie des révélations, Anthony Jackson-Hamel allait marquer 9 buts et Ballou... Et je vous rappelle qu’aucun de ces joueurs ne gagnait (et gagne toujours) un salaire à la Lucas Ontivero (380 000$).

Plusieurs équipes MLS à petit budget bénéficient déjà du travail à longue haleine avec leur équipe réserve. Si on se concentre uniquement sur les adversaires du Bleu-Blanc-Noir en 2018...

Cory Burke (67 500$) a marqué pour l’Union de Philadelphie au Stade Saputo tandis que Mark McKenzie (54 500$) et Auston Trusty (80 000$) réduisaient l’attaque montréalaise au silence.

À Harrison au New Jersey, Aaron Long (73 125$) formait un duo d’enfer avec Tim Parker pendant que Florian Valot (67 500$) suppléait de belle et bonne façon sur l’aile droite pour les Red Bulls qui avaient la lourde tâche de jouer sur deux tableaux, MLS et Ligue des champions. Alex Muyl (100 000$) et Derrick Etienne (68 500$) sont aussi entrés en cours de matchs.

En Nouvelle-Angleterre, Matt Turner (67 500$) a blanchi le XI montréalais et validé le choix courageux du nouvel entraîneur Brad Friedel. Tout ça après avoir joué quelque 30 matchs avec les Kickers de Richmond les deux saisons précédentes.

À Seattle, Nouhou Tolo (54 500$) était prêt à jouer de façon régulière sur le flanc gauche de la défense des finalistes de la Coupe MLS après avoir passé une saison avec les Sounders 2.

Bref, l’économie faite par ses clubs ne se mesure pas seulement aux montants des transferts.

Les Kinumbe, Choinière, Bayiha peuvent bien être prometteurs comme l’avaient été les Messoudi, Gagnon-Laparé, Riggi, Kacher avant eux. Ils ne progresseront pas à seulement s’entraîner avec le Bleu-Blanc-Noir pendant une année. Après, on dira qu’il n’avait pas assez de talent pour être pro...

Quelle est la formule déjà : pas de travail sans expérience, pas d’expérience sans travail?