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F1

Dix moments marquants au Grand Prix du Canada

Ian Gauthier / TVA Sports

Publié | Mis à jour

Il y aura bientôt 40 ans, le Grand Prix du Canada de Formule 1 était disputé pour la première fois sur la piste de l’île Notre-Dame, qui a ensuite été renommée circuit Gilles-Villeneuve à la suite du décès du célèbre coureur québécois.

Ce Grand Prix a toujours été un rendez-vous populaire dans le calendrier de la Formule 1. Au fil des années, il a offert des victoires spectaculaires, des échecs consternants et quelques tragédies.

Il est très rare que le Grand Prix du Canada soit ennuyant, ce qui est une qualité tout aussi rare parmi les nombreuses courses figurant au calendrier.

Voici dix moments qui ont marqué l’histoire de cette épreuve depuis qu’elle est tenue au circuit Gilles-Villeneuve.

 

10 - Gilles, sans aileron avant

Gilles Villeneuve a participé quatre fois au Grand Prix du Canada sur le circuit qui porte aujourd’hui son nom. Si l’hommage souligne l’ensemble de sa carrière et son importance dans le paysage sportif québécois, il peut aussi souligner ses performances sur la piste montréalaise. Parce que Villeneuve, bon an, mal an, offrait du spectacle et de bons résultats à son public.

La course de 1981 en est un excellent exemple. Cette année-là, la Ferrari du Québécois n’était pas la meilleure voiture du plateau, mais, grâce à son puissant moteur, elle lui permettait parfois de se battre au-devant du peloton; il a d’ailleurs gagné deux Grand Prix dans ce qui était sa dernière saison complète.

L’épreuve canadienne était alors l’avant-dernière de la saison. Parti en 11e place, sous une pluie diluvienne, le «piccolo canadese» bien-aimé d’Enzo Ferrari remonte graduellement le peloton, profitant d’abandons et de sa propre expertise (légendaire) dans ces conditions. Cependant, un contact en cours d’épreuve abîme son aileron avant. Peu à peu, celui-ci se met à se détacher de sa voiture. Vers le 55e tour, l’aileron est carrément positionné à la verticale devant Villeneuve, qui soudainement n’y voit rien. Toujours sous les averses, le Québécois se guide grâce aux lignes blanches en bordure de piste et fait sauter sa monoplace sur les vibreurs afin de détacher l’aileron. Ce qui finit par fonctionner, et de façon spectaculaire.

Sa Ferrari déstabilisée, partie en dérapage, Villeneuve use de son fantastique coup de volant pour la garder en piste, et finir l’épreuve ainsi, en troisième place. Un classique.

 

9 - Doublé fraternel

Les frères Michael et Ralf Schumacher ont réussi un exploit inédit lors de l’édition 2001 de l’épreuve montréalaise. Quelques années plus tôt, les deux habiles coureurs allemands étaient déjà montés sur le podium ensemble lors du Grand Prix d’Italie. Mais au Canada, en 2001, ils furent les premiers frères à réaliser un doublé dans l’histoire de la Formule 1.

Qualifié en pole devant son frangin, Michael, au volant de sa Ferrari, mène la première partie de l’épreuve avant d’être dépassé par Ralf (Williams-BMV) lors d’une séquence d’arrêts aux puits. Aidé par son puissant moteur, Ralf parvient ensuite à garder l’avantage sur son frère pour finalement remporter la deuxième victoire de sa carrière avec une vingtaine de secondes d’avance.

Les deux hommes ont répété l’exploit en 2003, sauf que cette fois, l’aîné a passé le fil d’arrivée en premier. Il s’agissait alors de la sixième de sept victoires à Montréal pour Michael, un record qui tient toujours, mais qui pourrait bien être égalé prochainement par Lewis Hamilton, qui en compte six jusqu’ici.

 

8 - Un premier triomphe pour Hamilton

Parlant d’Hamilton, le Britannique, l’un des grands champions de l’histoire de la F1, a une relation particulière avec le Grand Prix du Canada.

Pilote recrue chez McLaren, le quadruple champion du monde n’avait que 22 ans lors de la saison 2007. Compétiteur fougueux, au talent évident, il avait distillé un peu de sa qualité lors des premières courses de la saison avant d’y aller d’un coup d’éclat lors de la sixième, celle de Montréal. Plaçant sa McLaren-Mercedes en position de tête au terme des qualifications pour la première fois de sa carrière, Hamilton mène la course de bout en bout pour obtenir le premier de ses 64 triomphes (jusqu’ici) en F1.

Bien qu’il ne s’agissait seulement que de sa première campagne dans la discipline-reine, Hamilton avait à ce moment-là pris la tête du championnat et déjà, la possibilité qu’il remporte un premier titre était évoquée. C’est presque arrivé : le champion au terme de la saison, Kimi Räikkönen, n’avait qu’un point d’avance sur lui.

L’autre exploit de cette édition 2007 fut réalisé par l’Autrichien Alexander Wurz. Parti en 19e place, le pilote Williams a profité de nombreux abandons pour terminer au troisième rang.

 

7- La crampe au cerveau de Nigel Mansell

Le Britannique Nigel Mansell ne pouvait pas échapper la victoire lors de l’édition 1991 du Grand Prix du Canada. Pilote pour Williams-Renault, Mansell s’était qualifié en deuxième place derrière son coéquipier Riccardo Patrese, qu’il a passé dès le départ. Si la course a été plutôt mouvementée derrière lui, notamment avec les abandons d’Ayrton Senna et Alain Prost, l’Anglais l’a vécue comme un long fleuve tranquille, roulant devant avec une belle avance... jusqu’au dernier tour.

Possédant une priorité de plus d’une minute sur son plus proche poursuivant, le vétéran et triple champion du monde Nelson Piquet sur Benetton, Mansell devance les célébrations et salue déjà la foule alors qu’il complète le dernier tour de l’épreuve. Puis, après avoir passé le fameux virage en épingle, le voilà qui se met subitement à ralentir.

On apprendra plus tard que le Britannique a laissé le régime de son moteur descendre au point où les systèmes hydrauliques et électriques de celui-ci ont cessé de fonctionner, ce qui a enrayé sa boîte de vitesse. Mansell a dû lentement rentrer aux puits, penaud, pendant que Piquet ralliait le fil d’arrivée en tête, obtenant ainsi une victoire inespérée. La 23e et dernière de sa carrière, d’ailleurs.

Mansell, lui, a officiellement terminé la course en sixième place.

 

6 - Kubica fait peur à tout le monde

Le Polonais Robert Kubica, qui tente actuellement un retour en Formule 1, est un pilote très talentueux, mais aussi assez malchanceux. S’il en est à essayer de refaire sa place en F1, c’est parce qu’il a été ralenti par une blessure sérieuse subie dans un accident lors d’une course de rallye en Italie en 2011.

Il aurait pu aussi se faire bien mal lors du Grand Prix du Canada en 2007. Pilote chez Williams à ce moment-là, Kubica part de la huitième place. Au 27e tour, alors qu’il s’approche du virage en épingle, sa monoplace touche la Toyota du vétéran pilote italien Jarno Trulli et, hors de contrôle, percute de plein fouet le muret.

Sérieusement endommagée, la Williams rebondit de l’autre côté de la piste, fait un tonneau et va se river contre l’autre mur, placée sur le côté.

Par on ne sait trop quel miracle, Kubica s’en sort sans blessure grave dans ce qui restera l’un des «crashs» les plus mémorables de l’histoire de cette course. Et parce que la vie fait parfois bien les choses, il remportera l’édition 2008 du Grand Prix, sa première victoire en carrière.

 

5 - La folle épopée de Button

S’élançant de la septième place sur une piste mouillée lors du Grand Prix du Canada en 2011, derrière la voiture de sécurité, le Britannique Jenson Button ne se doutait sûrement pas qu’il allait connaître l’une des courses les plus marquantes de sa carrière.

À la suite d’un départ marqué par plusieurs incidents, ce qui est chose courante sur ce circuit, Button bloque par inadvertance le chemin à son coéquipier Lewis Hamitlon devant les puits, près de la ligne de départ. Hamilton, écrasé dans le mur, est contraint à l’abandon. Button, lui, est dépité mais évidemment, poursuit son chemin.

L’Anglais sera ensuite puni quelques tours plus tard, devant s’arrêter un moment aux puits pour être allé trop vite alors que la voiture de sécurité, décidément occupée en jour pluvieux, est sur la piste. Il en ressort en 15e place.

Puis, la course est carrément arrêtée au 26e tour, pendant deux heures, alors qu’un orage avec une pluie abondante s’abat sur Montréal. À la reprise, ça se bouscule encore beaucoup derrière le meneur Sebastian Vettel. Button, lui, envoie Fernando Alonso dans le décor et abîme un de ses pneus. Il doit encore rentrer aux puits pour réparer tout ça, et sort encore de là en dernière place.

Mais malgré tous ces pépins, Button, un ancien champion du monde, sent que sa McLaren en a beaucoup dans le ventre. Habile sur piste mouillée, l’Anglais se met au travail et remonte le peloton de façon spectaculaire.

Avec environ six tours à faire, Button passe d’un coup Mark Webber et Michael Schumacher pour se mettre à la chasse de Vettel, qui mène toujours la course.

Sous pression dans le tout dernier tour, le pilote allemand part à la faute et glisse juste assez dans un virage pour ouvrir la porte à Button, qui ne se fait pas prier pour passer et terminer premier d’un Grand Prix dont les amateurs de F1 se rappelleront longtemps.

«Tout est allé de travers jusqu’à ce que je gagne la course», a-t-il mentionné plus tard, soulignant qu’il n’avait jamais perdu espoir en constatant à quel point il était rapide.

 

4 - Jacques, la grande déception

Coqueluche du public québécois dès son arrivée en F1, Jacques Villeneuve a bien paru lors de son premier Grand Prix du Canada en 1996, prenant le deuxième rang derrière son coéquipier Damon Hill. La saison suivante, Hill a quitté l’équipe et le patron sur la piste, chez Williams, c’est le Québécois.

Grâce à un solide début de saison, les attentes sont très élevées envers le futur champion lorsqu’il arrive à Montréal. Donnant le maximum lors de la séance de qualification, il doit cependant se contenter de la deuxième place derrière le toujours rapide Michael Schumacher, qui le devance seulement de treize millièmes de seconde.

Villeneuve possède cependant la meilleure voiture du plateau et positionné en première ligne, tous les espoirs sont permis pour lui. Le public, de son côté, rêve d’un moment de grâce où Jacques répétera l’exploit de son père réalisé presque vingt ans plus tôt.

Il n’en sera rien.

Dès le deuxième tour, Villeneuve commet une erreur fatale dans la chicane menant à la ligne droite des puits. Sa Williams s’écrase dans le célèbre «mur des champions», que d’autres grands pilotes ont aussi vu de près dans les années suivantes.

Le public n’en croit pas ses yeux. Villeneuve est dégouté. Il participera encore à plusieurs Grand Prix à Montréal au cours de sa carrière en F1, mais jamais il ne sera de nouveau en position de le gagner comme ce fut le cas lors de ses deux premières saisons.

 

3 - Drame au départ

La saison 1982 a définitivement été très triste pour les amateurs québécois de Formule 1. Le 8 mai, un premier deuil survient lorsque leur idole Gilles Villeneuve perd la vie dans un violent accident durant les qualifications du Grand Prix de Belgique.

Environ un mois plus tard, la tragédie frappe de nouveau sur leurs terres, lors du Grand Prix du Canada.   

Qualifié en position de tête, Didier Pironi, sur Ferrari, cale lors du départ. Tous les pilotes derrière lui parviennent à l’éviter de justesse, sauf le jeune Riccardo Paletti, sur Osella, qui le percute à haute vitesse.

Assommé par l’impact et blessé à la poitrine, l’Italien, dont c’est seulement la deuxième course en F1, est inerte dans sa monoplace alors que des secouristes et Pironi lui-même lui viennent en aide. Puis, la voiture, qui est évidemment pleine d’essence, s’embrase.

Les secouristes ont tout le mal du monde à éteindre l’incendie et en extirper le pilote de 23 ans. Ce dernier n’a plus de pouls lorsqu’il est finalement sorti de la voiture. Il est ensuite transporté à l’hôpital Royal Victoria, où son décès est rapidement constaté.

Il s’agira de la dernière mort en piste en Formule 1 jusqu’au triste weekend de mai 1994 à Imola, où Roland Ratzenberger et Ayrton Senna perdront la vie.

 

2 - L’heure de gloire d’Alesi

Pilote de Formule 1 de 1989 à 2001, le Français Jean Alesi a toujours été reconnu comme un conducteur talentueux, rusé et bagarreur. Pourtant, même s’il a eu entre ses mains quelques bonnes monoplaces, il ne compte qu’une seule victoire à son palmarès.

Mais quelle victoire!

S’élançant de la cinquième place au Grand Prix du Canada en 1995, au volant de sa Ferrari, Alesi profite d’erreurs et dépasse graduellement les coureurs devant lui. Il fait une très belle course. Puis, le meneur, Michael Schumacher sur Benetton, connaît des problèmes mécaniques et doit s’arrêter longuement aux puits.

Le champ est libre pour le Français qui prend la tête pour ne plus la lâcher. Les spectateurs sentent de plus en plus qu’ils assisteront à un grand moment et se mettent à hurler dans les derniers tours : après tout, Alesi est l’un de leurs favoris et il pilote une Ferrari au numéro 27, ce qui n’est pas sans leur rappeler de glorieux souvenirs.

Lorsqu’Alesi passe le fil d’arrivée, c’est la folie au circuit Gilles-Villeneuve. Le public se rue sur la piste alors que certains pilotes n’ont pas encore terminé la course. Alesi, lui, manque d’essence lors de son tour d’honneur. Passant par là, Schumacher le cueille et lui offre une balade à basse vitesse sur sa Benetton, où le Français peut se laisser aller aux émotions, célébrant avec vigueur et saluant le public qui l’acclame.

 

1 - Gilles construit sa légende

Les amateurs montréalais de course automobile sont très fébriles en cet automne 1978 : pour la première fois, le Grand Prix du Canada de Formule 1 sera disputé dans leur ville, sur un circuit tout neuf.

Mieux encore, un pilote québécois, et un bon, sera de la partie. Gilles Villeneuve conclut à ce moment-là sa première saison complète en Formule 1. Au volant de sa Ferrari, le rapide kamikaze court toujours après sa première victoire après être passé bien près de l’obtenir à Long Beach quelques mois plus tôt.

Après une quatrième place en Belgique et un podium en Autriche, on sent que le fruit est mûr.

Le Québécois s’élance de la troisième place en cette froide journée d’octobre. Surpris par Alan Jones qui atteint la deuxième place après le départ, Gilles se retrouve quatrième derrière l’Australien et son futur coéquipier Jody Scheckter. Parti en tête, le Français Jean-Pierre Jarier prend le large, d’autant plus que Jones est lent et retarde Villeneuve et Scheckter.

Les deux finissent par passer Jones et Villeneuve parvient ensuite à se hisser en deuxième place. Devant, Jarier est toujours loin, mais un problème mécanique le force à l’abandon au 49e tour. C’est la folie. Les 100 000 spectateurs présents au circuit de l’île Notre-Dame voient leur favori passer en tête!

Villeneuve ne flanchera pas sous la pression et les émotions et rallie l’arrivée en tête. Comme dans un conte de fées, devant ses partisans.

Cela restera pour toujours un grand moment dans l’histoire du sport au Québec.

GILLES VILLENEUVE
Crédit photo : JMTL