Séries 2018

Plekanec juste de passage

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Il y avait une meute de journalistes de Toronto devant les casiers d’Auston Matthews et de William Nylander après l’entraînement matinal au TD Garden. Pendant que les deux jeunes étoiles des Maple Leafs répondaient laconiquement aux questions, Tomas Plekanec sortait en douce du vestiaire des visiteurs.

«Ah, tu fais quoi ici», a lancé Plekanec en apercevant l’auteur de ces lignes.

«Il n’y a pas de hockey des séries à Montréal, tu devrais le savoir», ai-je répliqué à l’homme au col roulé.

Plekanec a souri, offert une bonne poignée de mains pour ensuite répliquer en français: «Comment vas-tu?» Après cette introduction, il a lancé un sacre bien gras sans accent. Le mot de l’église commençait par un T. On vous laisse le deviner.

Le Tchèque m’a ensuite invité à marcher avec lui dans le corridor jusqu’à la sortie. Il voulait parler en toute discrétion.

Acquis du Canadien le 25 février à un fort prix (un choix de 2e tour en 2018, Rinat Valiev et Kerby Rychel), Plekanec n’a pas vécu un conte de fées à ses débuts à Toronto. À 35 ans et après 981 matchs avec le même uniforme, il découvrait pour une première fois la réalité d’une transaction.

«J’aurais besoin d’une longue conversation pour expliquer les ajustements à une nouvelle ville, une nouvelle équipe et un nouveau système de jeu, a-t-il dit au «Journal de Montréal». Je ne peux pas offrir une réponse simple.»

«À l’extérieur de la glace, ce n’était pas le plus grand des défis, a-t-il poursuivi. Je connaissais déjà assez bien la ville de Toronto et certains coéquipiers (Roman Polak). J’ai eu plus de difficulté à saisir la structure de l’équipe et le plan de nos entraîneurs. Malgré tout, ce n’est pas un si gros choc. Je m’adapte tranquillement à ce chandail. Je n’ai pas le choix! Je trouvais ça étrange au départ.»

Pas le choix de Babcock

En coulisse, on raconte que Plekanec ne figurait pas trop dans les plans de l’entraîneur en chef Mike Babcock. C’est le directeur général Lou Lamoriello qui aurait insisté pour acquérir un centre d’expérience à la date limite des échanges.

À ses 17 premiers matchs avec les Leafs, Plekanec n’a rien fait pour gagner le cœur de Babcock avec deux passes, un dossier de -2 et un temps de jeu moyen de 11 min 03 s.

«Au début, je trouvais le système de Babcock vraiment différent, a-t-il répliqué. À mon arrivée, je ne jouais pas beaucoup, je terminais souvent sous la barre des 10 minutes. Je n’avais pas vécu ça à mes jours à Montréal. Je devais accepter un rôle plus limité avec les Leafs.»

Utilisé principalement au centre du quatrième trio, Plekanec a fini par obtenir plus de responsabilités au premier tour des séries face aux Bruins. L’ancien du CH a marqué son premier but avec sa nouvelle équipe lors du quatrième match dans un revers de 3 à 1. Il a exprimé sa joie avec une rare célébration émotive après ce but.

«Je ne m’attendais pas à marquer une tonne de buts avec les Maple Leafs, a-t-il affirmé. Ils m’ont confié un rôle défensif dès le départ. Mais malgré ça, je ressentais une certaine libération après ce premier but avec les Leafs. Je veux surtout aider l’équipe à gagner, peu importe la façon. C’est toujours bien de produire offensivement, mais il n’y a pas juste ça au hockey. J’ai toujours eu cette mentalité.»

«Je me sens bien dernièrement, a-t-il enchaîné. Je joue un rôle plus important, je me sens plus dans l’action. J’ai plus de plaisir. Tous les joueurs veulent jouer.»

Muet sur Montréal

À ses jours à Montréal, Plekanec a toujours évité d’attirer les réflecteurs en sa direction. Il était réservé. Il n’a pas changé en quelques semaines à Toronto. Questionné à savoir s’il y avait un problème d’attitude au sein du Canadien, l’ancien numéro 14 n’a pas mordu.

«Je ne veux pas parler du Canadien par respect pour ma nouvelle équipe, a-t-il expliqué. Je me retrouve en plein cœur des séries et je me concentre sur les Leafs. De toute façon, je n’ai pas lu les articles sur le Canadien depuis la fin de la saison. Je ne serais pas un bon juge pour analyser les propos de Marc (Bergevin).»

Le 1er juillet prochain, Plekanec pourrait devenir joueur autonome sans compensation. Quand on lit entre les lignes, on comprend rapidement qu’un retour à Toronto semble impossible. À Montréal, Bergevin devrait faire confiance à de plus jeunes joueurs.

«Je ne pense pas à mon futur, a simplement répondu Plekanec. J’y penserai dans quelques semaines.»