Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Canadiens de Montréal

Félicitations Carey!

Félicitations Carey!

José Théodore

Publié 03 avril 2018
Mis à jour 03 avril 2018

J’ai critiqué Carey Price à plusieurs reprises cette saison, mais si j’étais en face de lui, je lui serrerais la main et je le féliciterais pour avoir rejoint Jacques Plante avec 556 parties jouées devant le filet des Canadiens. C’est tout un exploit.

On me demande souvent si être le gardien du Tricolore est le travail le plus exigeant dans le hockey. J’ai joué avec le Tricolore, l’Avalanche, le Wild, les Capitals ainsi que les Panthers et je peux vous en parler avec une certaine perspective.

Protéger le filet du Bleu-Blanc-Rouge pendant deux ou trois ans est une chose, mais le faire pendant 10 ou 11 ans comme Price en est une autre. À long terme, je vous affirme que c’est le travail le plus exigeant dans le hockey. J’ai joué à Montréal pendant huit ans, dont cinq ou six comme gardien numéro un. La pression augmente avec les années et ce n’est pas comme ailleurs. Le CH est une organisation prestigieuse, populaire et très médiatisée.

Lorsque tu es jeune, il n’y a pas d’attentes. Chaque victoire est un boni. Puis, tu commences à t’affirmer et les gens t’aiment. Lorsque tu réalises quelque chose d’exceptionnel, tu es adoré, mais à partir de ce moment, les attentes deviennent énormes. Si tu ne répètes pas tes exploits, la pression augmente et dans ce contexte, ça devient encore plus difficile de les répéter.

Les critiques se mettent de la partie, tu te mets de la pression et tout à coup, tu entres dans un cercle vicieux. Plus tu t’ajoutes de la pression, moins tu performes. Tu vis des crises et tout à coup, un Jaroslav Halak complique les choses.

Je considère la mauvaise saison de Price comme une erreur de parcours, mais c’est quand même ironique de constater qu’après 556 matchs, sa cote de popularité soit à son plus bas. Après 556 matchs avec les Canadiens, Jacques Plante était à couteaux tirés avec son entraîneur, Toe Blake, et il a été échangé aux Rangers de New York.

Après 551 matchs à Montréal, Patrick Roy a levé les bras au ciel et il a pris la direction du Colorado. Ken Dryden a pris sa retraite après 258 matchs. J’ai été échangé au Colorado après 353 matchs.

Jouer plus de 10 ans avec la même équipe est exceptionnel et c’est encore plus difficile à Montréal. Comme Price est sous contrat pour les huit prochaines saisons, il va se retrouver dans une classe à part pour le nombre de matchs joués par un gardien de but du Tricolore. Bravo !

Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il gagne les trophées Hart ou Vézina chaque année, mais je crois sincèrement qu’il va connaître quelques bonnes saisons en espérant qu’il sera mieux entouré. Je ne connais pas beaucoup de gardiens qui auraient emmené cette équipe-là en séries éliminatoires cette saison.

La bonne décision

Chose certaine, Price a pris la bonne décision en refusant de représenter le Canada au Championnat du monde. C’est ce que je vous avais d’ailleurs prédit la semaine dernière.

Price a besoin de faire le vide après cette difficile saison. Il est brûlé mentalement. La saison a commencé tout croche avec des histoires sur sa vie personnelle, son manque d’énergie et ses performances atroces. De plus, il a été blessé deux fois.

À la lumière de son comportement, Price n’a pas eu beaucoup de plaisir en 2017-2018. Il doit prendre soin de son corps de 31 ans et arriver en pleine forme au camp d’entraînement.

Vivement les vacances pour Carey! Reviens-nous gonflé à bloc la saison prochaine. Le Canadien et ses partisans ont besoin du vrai Carey Price.

Surpris par Gallagher

Contrairement à Carey Price, j’ai été surpris d’apprendre que Brendan Gallagher n’ira pas au Championnat du monde. Je n’ai pas de difficulté à croire qu’il doive soigner ses bobos. On constate toutefois que les joueurs canadiens et américains accordent moins d’importance à ce tournoi que les joueurs européens.

Bravo Cristobal!

L’heure de la retraite a sonné pour Cristobal Huet. Il a connu une belle carrière et je l’ai toujours apprécié comme personne. Lorsqu’il est arrivé à Montréal en 2005, il était blessé à un genou et je ne le voyais pas comme une menace, mais il a tellement bien fait qu’il a volé mon poste et j’ai été échangé au Colorado. Drôle de coïncidence, en 2008, il a refusé une offre des Capitals de Washington, pour être leur gardien numéro un, préférant celle des Blackhawks de Chicago. C’est à la suite de son refus que les Capitals m’ont offert un contrat.

Des bons conseils

Je tiens à souhaiter une belle retraite à Donald Beauchamp qui quitte les Canadiens après une belle carrière de 25 ans. Donald a toujours eu une belle complicité avec les joueurs et les journalistes. Il ne m’a jamais dit ce que je devais raconter aux journalistes, mais il me connaissait et il savait lorsque j’étais sur le point de dire une connerie et il m’aidait à respirer par le nez. Il savait aussi calmer le jeu lorsqu’il y avait un problème entre un joueur et un journaliste. Il était toujours de bonne humeur et c’était agréable de le côtoyer. J’imagine que la dernière saison n’a pas dû être facile.

Le successeur de Beauchamp

Je ne sais pas qui succédera à Donald Beauchamp comme responsable des communications du Tricolore, mais il aura de gros souliers à chausser. J’espère qu’on en profitera pour donner une nouvelle orientation à l’image des Canadiens. Carey Price devra évidemment collaborer pour mieux paraître devant les médias, mais l’équipe devrait aussi être plus transparente, notamment dans les cas des blessures.