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Canadiens de Montréal

Décision personnelle

Décision personnelle

José Théodore

Publié 27 mars 2018
Mis à jour 27 mars 2018

Maintenant que Carey Price est de retour au jeu, tout le monde semble tenir pour acquis qu’il représentera le Canada au Championnat du monde qui aura lieu au Danemark en mai. Personnellement, j’espère qu’il va ranger son équipement et prendre du recul.

Avant d’élaborer, je tiens à souligner qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une décision personnelle. Je ne blâmerai aucunement Price, qu’il décide de participer à ce tournoi ou non. Je ne serais toutefois pas surpris d’apprendre qu’il refuse d’y aller car il m’apparaît comme un gardien brûlé mentalement.

Vous allez dire qu’il n’a joué que 46 matchs, je sais, mais son moral est à terre. C’est d’ailleurs la première année où l’on voit Price ébranlé. Il connaît la pire saison de sa carrière en plus d’avoir subi deux blessures. D’après moi, il est temps de mettre fin au cauchemar.

Cela dit, j’étais ravi de le voir revenir au jeu la semaine dernière contre les Penguins de Pittsburgh et les Capitals de Washington. On ne peut l’accuser d’avoir choisi ses matchs. Il a décidé de terminer la saison, même si l’équipe est démoralisée et décimée par les blessures. C’est tout à son honneur et pour cette raison, je lui lève mon chapeau. Il aurait pu facilement étirer sa convalescence jusqu’au 7 avril.

J’aurais tout de même aimé voir un gardien qui se bat et qui inspire ses coéquipiers, comme Antti Niemi l’a fait dans les dernières semaines, mais on a revu le Carey Price chancelant qui a connu 16 matchs de quatre buts ou plus en 45 présences.

Rien à gagner

On dirait qu’il est revenu pour faire taire les gens et il a plutôt l’air d’un gars qui a hâte que la saison finisse. C’est pour ça que je dis que mentalement, il est brûlé.

De plus, il n’a absolument rien à gagner à participer au Championnat du monde. Il a gagné la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sotchi et il a mené le Canada à la conquête de la Coupe du monde à l’automne 2016. Il n’a rien à prouver. Pourquoi irait-il au Danemark? Pour racheter sa saison?

On ne met pas un diachylon pour soigner une fracture et je crois aussi que ce Championnat du monde profite davantage à de jeunes gardiens. Price mérite toutefois que la décision lui revienne.

Il a connu une saison horrible et il n’y a rien à faire pour la racheter, sauf se présenter le couteau entre les dents la saison prochaine.

Rire du monde

Price s’est forgé l’identité du gars imperturbable, mais je viens hors de moi lorsqu’il dit qu’il ne regarde pas ses statistiques. C’est vraiment rire du monde.

Dans le hockey, on apprend très jeune que la victoire est ce qui compte le plus, mais il n’y a rien de mal à se motiver avec des statistiques, d’autant plus qu’elles sont souvent reliées à la victoire ou à la défaite.

C’est aussi un élément de comparaison. Pensez-vous que Connor McDavid ne compare pas ses statistiques à celles de Nikita Kucherov? Tout comme le Canadien, les Oilers sont éliminés, mais McDavid se défonce tous les soirs et c’est ce que je veux voir de Price.

Je crois aussi que c’est assez clair qu’Alex Ovechkin le veut, son 50e but.

Je ne peux pas croire que Price soit indifférent à sa moyenne de buts alloués de 3,10 et à son taux d’efficacité à ,901. Dans les deux départements, il n’est même pas parmi les 40 premiers gardiens. Qu’il le veuille ou non, c’est une tache à son dossier.

À sa place, je me ferais un point d’honneur d’essayer d’abaisser ma moyenne en bas de 3,00 et de garder mon taux d’efficacité bien au-dessus de ,900.

Je n’arrive pas à concevoir qu’il s’en fout totalement.

ENTREFILETS

Boni de 50 000 $

L’équipe actuelle du Canadien me fait penser à celle de 2000-2001, alors que j’essayais de m’établir comme gardien dans la Ligue nationale. C’était aussi l’une des pires éditions de l’histoire du Canadien. Je tenais vraiment à obtenir 20 victoires, d’autant plus que ça me donnait un boni de 50 000 $. J’ai atteint mon objectif le 5 avril à Philadelphie, lors de l’avant-dernier match de la saison. C’est Brian Savage qui avait marqué le but gagnant en prolongation et pour nous, c’était comme gagner un match des séries éliminatoires. Le banc s’était vidé et tout le monde s’était précipité sur Savage après son but. J’ai eu mon boni, mais atteindre le cap des 20 victoires était aussi très symbolique pour moi. Avoir des objectifs, c’est important.

L’obstruction contre les gardiens

Je suis de près la réglementation concernant les gardiens et je crois que les directeurs généraux ont bien fait de centraliser la prise de décision à Toronto concernant l’obstruction contre les gardiens. Il y aura probablement plus de constance dans les décisions et ça suit la tendance établie. La Ligue nationale veut rendre les bonnes décisions. C’est pourquoi on a instauré le système à deux arbitres et que l’on se fie de plus en plus aux reprises vidéo.

Plus de pénalités

Centraliser les décisions au quartier général à Toronto concernant l’obstruction contre les gardiens ne règle pas tout. J’aimerais que l’on soit plus sévère. Si un but est refusé parce qu’un attaquant a nui au gardien, je ne veux pas seulement que le but soit refusé. Je veux que le joueur soit pénalisé et je vais plus loin. Si on accorde le but et que l’on juge que le défenseur a poussé l’attaquant sur son gardien, je veux que le défenseur soit pénalisé. Les gardiens aussi ont leur part de responsabilité. Certains, comme Ben Bishop, sont excellents pour jouer la comédie. Si un gardien se retrouve les quatre fers en l’air par pure exagération, je veux qu’il soit puni.

- Propos recueillis par Gilles Moffet