Canadiens de Montréal

La vérité n’est pas bonne à dire

La vérité n’est pas bonne à dire

Louis Jean

Publié 27 février 2018
Mis à jour 27 février 2018

Je couvre la Ligue nationale de hockey depuis presque 20 ans. Avec le temps, j’ai appris une leçon importante. Toute vérité n’est pas bonne à dire dans le sport professionnel. Les propriétaires, dirigeants, entraîneurs et même parfois les joueurs n’ont d’autre choix que de « contrôler le message ».

Lorsque tu es journaliste, tu réalises assez rapidement qu’il est très rare qu’on mette les cartes sur la table. Il y a toujours des nuances ou des bémols à ce que les directeurs généraux ou les entraîneurs disent. On nous donne des bribes d’informations. Il faut souvent les décoder ou prendre différents morceaux du puzzle pour avoir le portrait global. La réalité est qu’on n’a jamais toutes les informations.

Lundi, Marc Bergevin s’est adressé aux médias pour parler des échanges qu’il avait complétés et faire le bilan de la saison jusqu’ici. Si le directeur général du Canadiens avait pu éviter de parler aux médias, il l’aurait fait. Dire qu’il n’aime pas parler aux médias est un euphémisme.

Bergevin semblait tendu et épuisé. La saison est longue et difficile et l’inaptitude de son équipe doit le ronger à l’intérieur. En plus, le marché montréalais est, à mes yeux, de LOIN le plus difficile et le plus exigeant dans toute la LNH. Tout est amplifié, actuellement, et personne dans l’organisation n’est content de la façon dont la campagne se déroule.

Lundi, les partisans et les gens de la presse auraient aimé que Bergevin ouvre son jeu un peu. Qu’il parle des dossiers chauds de son équipe, notamment sur la possibilité d’échanger Max Pacioretty.

Bergevin ne voulait rien savoir. Sans dire que Pacioretty ne sera pas éventuellement échangé, le directeur général a plutôt parlé de rumeurs non fondées. Sur les lignes ouvertes, les amateurs disaient sensiblement la même chose : « il nous prend pour des caves ».

À deux heures d’ici, à Ottawa, Pierre Dorion était plus ouvert quant à ses intentions. Mais malgré son ouverture, il a lui aussi dû cacher son jeu dans certains aspects avec les médias. La différence est qu’il est plus subtil et plus habile que Bergevin avec les médias.

La réalité, c’est que tous les directeurs généraux sont forcés de mentir et de cacher leur jeu. Comme des joueurs de blackjack, certains sont meilleurs que d'autres.

Revenons au Canadien et au dossier P.K. Subban. Les rumeurs fusaient de toutes parts avant son échange. J’avais été le premier à rapporter en février que le Canadien jaugeait l’intérêt pour son as défenseur. Évidement, on avait vivement démenti. En juin, Bergevin avait été catégorique. Il n’allait pas échanger Subban. Quelques jours plus tard, son défenseur étoile prenait le chemin de Nashville.

Maintenant, placez-vous dans les souliers de Bergevin un instant. Quel avantage aurait-il eu d’ouvertement annoncer ses intentions d’échanger Subban? Il n’y en avait aucun. Et s’il n’avait pas réussi à le faire, on aurait fait quoi? En cette ère de médias sociaux et de rumeurs constantes, Bergevin n’avait d’autres choix que de prendre position comme il l’a fait.

Hier, Bergevin a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi il y a tant de rumeurs impliquant Max Pacioretty et Alex Galchenyuk. Pourtant, c’est simple. C’est que le Canadien a offert Galchenyuk à la ligue entière au repêchage l’an dernier sans qu’il trouve preneur. Des pourparlers ont eu lieu encore en cours de saison. Mais tant que Galchenyuk est encore à Montréal, Bergevin n’avouera jamais ses intentions.

En ce qui concerne Pacioretty, le capitaine s’est livré à coeur ouvert, hier, après le match contre les Flyers. Il a avoué que les dernières semaines ont été difficiles. Il a souvent fait référence à sa famille.

Voici ce que je crois être factuel : Pacioretty souhaitait partir. Le Canadien souhaitait aussi échanger son meilleur marqueur, mais cela n’a pas fonctionné. On n’a pas reçu d’offre assez intéressante pour considérer l’envoyer sous d’autres cieux. Alors aujourd’hui, il est encore un membre de l’organisation. Il est encore le capitaine du Canadien.

Pour protéger sa famille et vu les circonstances pas évidentes, Pacioretty veut recommencer à neuf d’ici la fin de la saison. On verra ce qui arrivera au repêchage.

Mais une chose est certaine : c’est vrai, les médias n’ont pas toutes les informations. Les rumeurs d’échanges impliquant Galchenyuk et Pacioretty rapportées par les meilleurs informateurs de la LNH sont toutefois fondées.

Dans un monde idéal pour les deux parties, Max Pacioretty devait changer de camp, lundi et le Tricolore devait ramener un centre d’avenir. Tout le monde aurait été heureux. Ça ne s’est pas produit. Maintenant, il faut réévaluer la situation.

Marc Bergevin ne peut tout dévoiler même si les partisans et les médias le souhaiteraient. Max Pacioretty, en tant que capitaine, ne pouvait pas non plus sortir publiquement et dire qu’un changement d’air aurait probablement été bénéfique.

Quand on a des rôles aussi importants, médiatisés et scrutés à la loupe que ceux de directeur général du Canadien ou capitaine du club, il faut parfois présenter une perspective différente que ce que représente la vérité. Il faut parfois détourner l’attention. Ça fait partie du boulot.

Les partisans aimeraient avoir la vérité et connaître les jeux de coulisses, mais ça n'arrivera jamais. Surtout à Montréal.