Olympiques

Quand «Au revoir» veut dire adieu

Quand «Au revoir» veut dire adieu

Sébastien Goulet

Publié 25 février 2018
Mis à jour 25 février 2018

Gangneung, Corée du Sud. Lundi matin, 5h15.

Dans un peu plus d’une heure, une fourgonnette viendra me chercher, direction Séoul, pour amorcer le long retour au pays.

Il y a 15 minutes ont quitté mon producteur, Matt, et mon DJ, Eric. Ils sont tous les deux de Dallas. J’avais travaillé avec Matt aux Jeux de Vancouver en 2010. Eric, lui, en était à ses premières armes dans ce qui demeure le plus grand rendez-vous sportif de la planète. On s’est laissés avec la promesse que j’allais tout faire en mon pouvoir pour aller les voir cet été sous le chaud soleil du Texas.

J’ai pu revoir et travailler avec mon ami Alan Roach, annonceur de l’Avalanche du Colorado, avec qui j’ai partagé mes cinq premières expériences olympiques. On a dit qu’on se tiendrait au courant de nos développements en vue de Tokyo 2020 et Pékin 2022.
Mais nous n’aurons pas tous cette chance.

Lorsque nous avons l’occasion de vivre la cérémonie d’ouverture en compagnie des bénévoles et employés locaux, on sent toujours une immense fierté, alors que la cérémonie de clôture ramène une douleur que l’on oublie parfois, mais dont on n’est jamais bien loin.

Hyunji est de Séoul. Début vingtaine, elle représente bien la nouvelle génération de Coréens. Un anglais presque parfait avec ce si charmant accent, elle aspire à devenir agente de bord. Elle semble venir d’une famille fortunée, car son plan B serait d’aller étudier le commerce international en Suisse. Hyunji était «coordonnatrice de production». En gros, c’est elle qui veillait aux opérations quotidiennes de l’équipe.

À mon arrivée à l’hôtel, en après-midi le 31 janvier, après 36 heures de voyage et le décalage de 14 heures dans le corps, je défaisais tranquillement mes bagages avec le goût d’aller dormir. Ça cogne à la porte. C’était Huynji. «As-tu mangé? As-tu besoin de quelque chose?» me demande-t-elle avec dans ses mains un sac contenant une tangerine, du chocolat et un emballage de nouilles ramen.

Imaginez-vous : vous arrivez dans un pays où vous ne comprenez ni la langue, ni l’affichage. Hyunji, tout comme les autres membres bilingues de l’équipe : Wanghee, Sooji et notre patron Seungjoon, ont alors notre destinée entre leurs mains. Ils deviennent rapidement notre bouée de sauvetage. Ils sont indispensables.

Et en ce lendemain de l’extinction de la flamme, il m’est difficile de formuler à quel point autant j’ai hâte de retrouver le confort de la maison (incluant un lit, après quatre semaines sur un matelas de sol!), de retrouver mon épouse et mes enfants, et de plonger dans la frénésie qui va s’installer dans la LHJMQ et la LNH à l’approche des séries, autant je garde en tête tous ces visages, tous ces gens que je ne connaissais pas il y a quatre semaines et sans qui je n’aurais pu survivre dans le tourbillon olympique. Ces gens avec qui nous avons développé une complicité. Ces partenaires qui nous ont aidés à faire de ces Jeux une expérience mémorable, non seulement pour les athlètes et les spectateurs, mais pour nous tous. Tous ces gens que, à moins d’un heureux hasard de la vie, je ne reverrai jamais plus.

Oui, il y a eu des larmes, dimanche soir. Comme il y en a chaque quatre ans. Quand vient le difficile moment de dire «au revoir» alors qu’au fond de nous, nous savons bien que ça signifie adieu.

Bons baisers de Corée. On se retrouve mardi soir à la télé.