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NFL

Super Bowl 52: un (excellent) copier-coller de la saison

Super Bowl 52: un (excellent) copier-coller de la saison

Charles-Antoine Sinotte

Publié 05 février 2018
Mis à jour 05 février 2018

Un Super Bowl parfait. Des gros jeux, un match constant, sans passage à vide, le plus grand duel offensif des 52 dernières éditions, et un duel entre l’histoire cendrillon par excellence contre le rêve américain.

On dit qu’un match ne fait pas une saison... mais une saison fait un match. La soirée de dimanche a été une fin logique à la saison des deux équipes. Quand on y pense vraiment, il n’y a pas eu tant de surprises à Minneapolis.

«Fly Eagles Fly»

L’identité des Eagles était forte et assumée. Confiance, rapidité, plaisir de jouer, collectivité. Cette équipe a joué de la même façon chaque semaine depuis début septembre. Encore dimanche.

Toute l’année, l'entraîneur-chef Doug Pederson y est allé avec confiance sur quatrième essai. Il avait gagné 17 de ses 26 décisions en saison. On parle de «gambler» sur quatrième essai, mais Pederson connaissait toujours les probabilités.

Il savait donc exactement ce qu’il faisait avec 38 secondes à faire avant la mi-temps. Son équipe carburait à l’intensité et Pederson mettait de l’huile sur le feu depuis la semaine 1 avec son style de gestion exubérant.

Le «Phily Special» de Clement à Burton à Foles a été exécuté comme dans le livre. Mais en plus du choix de jeu, Pederson savait que la possibilité de mener par 10 à la mi-temps était attirante et logique. Brady allait repartir avec le ballon après le spectacle de Justin Timberlake (j’ai vu pire, j’ai vu mieux par ailleurs) et comme il le fait toujours, allait marquer avant même que les Eagles ne s’en rendent compte.

Mais tout ça a été possible par une unité qui avait été la meilleure de sa profession toute la saison; la ligne offensive des Eagles. Le front a joué un match parfait. Une domination au sol (164 verges) qui a permis d’installer le «Run Pass Option» qui caractérise cette attaque depuis que Carson Wentz s’est blessé. Dégaine rapide et protection efficace ont logiquement mené à un Nick Foles intouchable.

Rien de nouveau dimanche soir... un match comme les autres pour les Eagles.

Le microclimat de la Nouvelle-Angleterre

Dans bien des volets, le match des Pats était aussi un quasi copier-coller des 21 dernières semaines.

Brady a été majestueux; l’attaque, inarrêtable; l’équipe, constante et disciplinée (1 seule punition)... et la défense vraiment mauvaise.

Brady a offert le plus grand match de sa carrière et la plus grande performance aérienne de l’histoire du Super Bowl et il a perdu. Il n’avait rien à se reprocher. Contre une des meilleures défenses de la NFL, on a eu droit à un chef d’œuvre.

Mais il y toujours trois tiers au football. La défense et les unités spéciales ont été TRÈS tranquilles.

Au dernier match de Matt Patricia comme coordonnateur défensif des Patriots, l’unité défensive n’a pas fait de jeu, n’a jamais pris le contrôle du match, a permis au moins six jeux de plus de 24 verges, et a ni entrer dans la pochette protectrice de Nick Foles, ni dans sa tête.

Le périmètre défensif est en fait le seul endroit où le climat habituel a été brusqué. Lors de 98% des jeux des Pats cette année, le héros du Super Bowl 50, Malcom Butler, était sur le terrain comme demi de coin partant. Dimanche, il a appris quelques minutes avant le match qu’il allait passer de 98 à 0.

Bill Belichick a pris des décisions osées toute sa vie et a souvent eu raison. Mais dimanche, il a perdu son troisième Super Bowl en partie puisqu’il a remplacé un partant important en se basant sur une «suranalyse» des fameux «matchups». Son remplaçant Eric Rowe était plus grand et physique. Il a connu un match correct, mais le choix a affecté le reste de la tertiaire.

Inconsciemment, cette décision a mis un doute dans la tête des joueurs défensifs juste avant le plus grand match de l'année. Tu n’enlèves pas une pièce maîtresse et par surcroit un vétéran comme lui sans questionnement de dernière minute dans le vestiaire. Belichick a pourtant bâti sa carrière en priorisant le contrôle de tous les détails possibles pour créer un environnement de compétition parfait. Dimanche, il s’est trompé.

Une NFL fidèle à elle-même

Une fois par année, la planète passe une soirée à scruter la NFL. Ce 52e portrait a été assez fidèle. Malgré des tonnes de controverses depuis plusieurs mois, cette ligue semble toujours capable de rappeler à quel point elle offre un spectacle unique qui hypnotise même ses plus grands détracteurs.

La NFL a ses torts, mais elle domine, et de loin, la scène sportive mondiale du sport-spectacle. Dimanche n’a pas fait exception.

Parlant de ses torts, la ligue a évité de peu un désastre de relation publique. La confusion quant à la définition d’un attrapé a atteint son paroxysme. Le tout devant une foule composée à 70% de gens qui n’avaient de toute façon aucune idée à quel point c’était si complexe de définir un geste pourtant si simple.

Dans les deux instances controversées (les touchés de Zach Ertz et de Corey Clement), la règle a été bien appliquée. Ertz était un coureur et Clement était... dans la zone grise. Une zone grise qui ne justifiait justement pas un changement de décision. La clarification de ce litige sera d’ailleurs le travail no 1 du comité de compétition. Comme c’est souvent le cas quand on forme un comité, celui-ci a tellement réfléchi qu’il s’est mêlé.

Et comme tout est dans tout, cette saison a marqué le «déconstipation» de la NFL quant au bonheur de marquer un touché. Les joueurs se sont remis à célébrer après leurs touchés et les partisans en ont été les plus grands bénéficiaires!

On a assisté à des bijoux artistiques chaque week-end. L’équipe qui a le plus dansé cette saison, en s’assurant toutefois de toujours impliquer les 11 joueurs dans ses chorégraphies, a gagné le premier Super Bowl de son histoire... en collectivité.

Bons dimanches d’hiver!