Oilers vs Canadiens

Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Canadiens de Montréal

Pourquoi le CH tatoué su’l coeur?

Pourquoi le CH tatoué su’l coeur?

Michel Godbout

Publié 14 décembre 2017
Mis à jour 14 décembre 2017

J’étais chez mon cordonnier l’autre jour, il s’appelle Christian.

Pas très jasant le Christian, mais mauditement efficace.

Sa boutique est sur le boulevard des Laurentides à Laval, environ 317 pas d’où j’ai grandi.

Tout hockeyeur digne de ce nom provenant de la Région de Montréal a probablement porté une pièce d’équipement avec une couture ou deux des doigts de fer de Christian.

Je suis entrée dans sa cordonnerie pour la première fois à l’âge de 11 ans. Il avait réparé mes jambières bourrées de crin de cheval. Il y avait toujours deux bonshommes qui parlaient du Canadien, une belle conversation à l’époque.

Aujourd’hui Christian répare toujours mes jambières, sauf que mes nouvelles sont fabriquées «en foam spatial» comme il aime murmurer.

Ce ne sont pas seulement les jambières qui ont changé, les conversations dans la chope aussi.

Comme celle entre 2 mères attendant l’affûtage des patins de leur fils.

L’échange tournait autour du Canadien. Disons que les mamans ne débordaient pas de confiance. « Mais tu ne sais jamais » de lancer l’une d’elles en quittant.

D’autres clients franchissent la porte, 2 gars de ligue de garage avec leurs vieux patins en main, d’autres aiguisages pour Christian qui dit en regardant au-dessus de ses lunettes « Comme d’habitude ». Ce n’était pas une question donc y’a pas eu de réponse et de toute façon les 2 types sont visiblement toujours en furie suite à la défaite face aux Oilers.

«J’ai serré ma chaise de patio hier ».

« Bin j’espère c’est l’hiver!»

« Non, non, ma chaise de parade ».

« Paraaaaaade? »

« Parade de la Coupe! Je la sors au début de la saison dans l’espoir d’avoir une parade de la coupe Stanley, je l’ai serré après 10 matchs, je l’ai ressortie après 20 et là, elle est remisée pour l’hiver »!

Ouais l’espoir ne règne pas chez eux non plus.

Mais quelque chose me dit que ces 2 gars-là ne rateront pas le prochain match, car comme des milliers de partisans, ils ont le CH tatoué sur le cœur.

On entend souvent cette expression, ce fameux tatouage fictif.

Ça date de l’époque où la plupart des Canadiens, les véritables bâtisseurs, provenaient d’ici. Ils étaient nos voisins, on les croisait dans la rue.

Moi j’en croisais, Jacques Plante et Jacques Laperrière.

Ils avaient grandi comme nous, à voir des légendes.

Ils en étaient devenus à leur tour.

De fait, ils étaient ..... NOUS!

Nous avons peut-être perdu cette familiarité, mais la passion nous a été transmise.

On ne peut pas y échapper, le CH est dans l’air qu’on respire, dans l’eau qu’on boit. Même l’amateur occasionnel n’y échappe pas, il n’est pas le plus fervent téléspectateur (surtout ces jours-ci), mais lorsque le vent tournera il sera aux premières loges.

Comme les coutures à Christian, les Canadiens font partie de nous. Ils s’affaiblissent avec l’usure et parfois faut les changer. Mais la passion, elle, elle est cousue en nous.

Bon an, mal an.