Photo : Un accident sur le circuit montréalais de la Formule E en juillet dernier. Crédit : Ben Pelosse / JdeM

Course Automobile

Formule E : oubliez le circuit Gilles-Villeneuve

Agence QMI / Louis Butcher

Publié | Mis à jour

La nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, a beau souhaiter que la course de Formule électrique soit déplacée au circuit Gilles-Villeneuve l’an prochain, cette promesse électorale ne tient pas la route.

Pour une raison primordiale : le site de l’île Notre-Dame deviendra un imposant chantier de construction quelques jours après la tenue du Grand Prix du Canada de F1 les 8, 9 et 10 juin prochains.

Selon les modalités du nouveau contrat qui lie la ville et les autorités de la F1 jusqu’en 2029, il est convenu que toutes les infrastructures actuelles, dont les puits de ravitaillement et la tour de contrôle, seront démolies pour une remise à neuf.

Impossible donc que les deux courses de Formule E, prévues les 28 et 29 juillet, ne viennent interférer à ces travaux d’envergure – dont la facture de 48 millions de dollars sera assumée par la ville – qui doivent être complétés pour mai 2019.

Contrat ferme

Oubliez aussi l’utilisation de l’autre extrémité du circuit (épingle est), où des spectacles sont prévus l’été prochain.

Avant de promettre la présentation des deux épreuves l’an prochain au circuit Gilles-Villeneuve, Mme Plante n’a certes pas consulté le contrat signé par Montréal et les dirigeants de la FE.

C’est une entente ferme – pour les seuls droits d’organisation – d’une durée de trois ans évaluée à 24 millions de $ (8 M$ par année) et qui stipule qu’elle doit avoir lieu au centre-ville. Ce montant a exclu les dépenses vouées au montage et démontage ainsi que l’achat, entre autres, de murets de protection autour de la piste temporaire.

Pertes de 20 M$

Si le nombre réel de billets vendus (moins de 10 000 sur les 45 000 annoncés) a été rendu public quelques jours avant la tenue du scrutin, ce qui a certes contribué à la défaite du maire sortant Denis Coderre, le bilan financier, lui, se fait toujours attendre.

La perte sèche s’élèverait à environ 20 millions de dollars pour la première année d’exploitation.

La FE a répété, au lendemain de la première édition, le 31 juillet, que la course devait obligatoirement être disputée dans les rues de la ville. Ces propos ont été corroborés par le président de la Fédération internationale de l’automobile, Jean Todt.

Pour résilier le contrat, Montréal devra débourser, on imagine, une pénalité importante. Certains diront toutefois que la FE n’en serait pas à une première situation du genre. Pas plus tard que l’an dernier, et à un mois de la course, l’escale prévue à Bruxelles avait été annulée.

Coderre a dit non

Quand les premières discussions ont eu lieu avec le FE, le site du circuit Gilles-Villeneuve avait été sérieusement envisagé, comme c’est le cas au Mexique où FE et F1 partagent les mêmes installations.

Certains représentants de la FE s’étaient d’ailleurs payé une visite du tracé de l’île Notre-Dame à quelques reprises.

Utiliser une section du circuit, à l’ouest du Casino aurait, semble-t-il, été préconisé à un coût évidemment moindre qu’au centre-ville, tout en évitant de causer tous les désagréments reliés à la circulation automobile.

Mais selon une source bien au fait du dossier, c’est Denis Coderre qui s’y est opposé. Il tenait mordicus à ce que la course soit présentée au centre-ville.

L’ex-maire de Montréal a mené une délégation à Miami, en mars 2015 (une course qui est disparue du calendrier de la FE dès l’année suivante), mais il n’avait pas daigné inviter le promoteur du Grand Prix du Canada, François Dumontier, qui envisageait pourtant de s’y impliquer.

C’est à ce moment que les relations entre les deux hommes se sont détériorées.

L’ex-maire ne voulait clairement pas de Dumontier dans cette aventure.

Si l’épreuve de FE a lieu un jour au circuit Gilles-Villeneuve, mais pas l’an prochain rappelons-le, il ne faut pas compter sur le promoteur de F1.

Pour la simple et unique raison que le modèle d’affaires de la FE n’est pas rentable, du moins actuellement, même si rien n’empêche la tenue de deux courses automobiles par année au circuit.

Trois solutions

Valérie Plante doit donc se rendre à l’évidence. Trois solutions s’offrent à la nouvelle mairesse de Montréal.

Soit elle met fin au contrat moyennant une pénalité importante à payer et la course n’a pas lieu, soit elle ne respecte pas sa promesse électorale et la course est organisée au même endroit que l’an dernier, soit la course a lieu, ailleurs à Montréal, dans un quartier moins achalandé qui ne dérangerait pas trop la circulation automobile.

Dans ce dernier cas, elle pourrait prendre l’exemple de New York, dont la première édition s’est tenue l’an dernier dans la zone portuaire du quartier de Brooklyn. Et pourquoi pas le Vieux-Port ?