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Paul Rivard

Cré Roger!

Cré Roger!

Paul Rivard

Publié 25 septembre 2017
Mis à jour 25 septembre 2017

Y a-t-il un domaine où Roger Federer pourrait éventuellement échouer?

Bel homme, athlète surdoué, meneur incontesté des titres en Grand Chelem, époux et père modèle, porte-étendard parfait pour promouvoir toutes les marques (de prestige, préférablement...). Ça, on le savait.

Ajoutez maintenant celle d’organisateur et de promoteur à succès.

Le tout premier tournoi de la Coupe Laver a été une réussite sur quasiment toute la ligne. Créé par la firme «Team 8», qu’il a lancée avec son agent et partenaire, Tony Godsick, la Coupe Laver s’ajoute à l’agence d’athlètes que Federer dirige maintenant. Nous comprenons que le «Maître» ne chômera pas lorsqu’il annoncera sa retraite sportive, un triste moment que ses supporters pourraient bien voir arriver dans la prochaine année, sinon avant la prochaine décennie. Et on comprend que si Roger se retire des courts, il ne devrait pas avoir de problème à réussir cette deuxième carrière aussi parfaitement et efficacement qu’il l’a fait en shorts et en espadrilles.

Je ne réécrirai pas ce qui se trouvait dans mon texte de vendredi dernier. Mes impressions à l’issue de la première journée n’ont pas changé d’un iota.

Toutes les innovations, tant sur le plan tennistique qu’organisationnel font mal paraître les autres tournois et particulièrement ceux du Grand Chelem, encarcanés dans leurs règles et déroulement centenaires.

Crédit photo : AFP

 

La Coupe Laver fait vieillir ces tournois ainsi que la compétition de la Coupe Davis comme le iPhone a relégué le téléphone cellulaire au registre des appareils du passé.

Cela étant dit, les organisateurs de tournois ne devront pas tout jeter aux ordures et imiter ce qui a été fait à la Coupe Laver. Rendons hommage aux idéateurs et n’essayons pas de calquer leur produit. Mais on peut récupérer quelques éléments innovateurs et s’en inspirer, afin de déconstiper un sport qui en a un peu besoin, par moments.

Lesquels? À vous de juger, si vous étiez au nombre de nos téléspectateurs cette fin de semaine. Les idées ne manquaient pas.

Tout peut arriver

Parmi les innovations, soulignons la déclinaison des points au fil des jours.

L’idée d’attribuer un point par victoire lors du Jour Un, deux points par victoire lors du Jour Deux et trois points par victoire lors du Jour Trois s’est également avéré la bonne.

Combien de gens (et combien de fois) a relevé le fait que l’équipe Europe était beaucoup trop forte pour l’équipe Monde? Le pointage après le premier jour (3-1) et après le deuxième (9-3) tendait à confirmer l’assertion. Mais il suffisait de quelques surprises et de performances épiques pour renverser la tendance.

Après tout, avec sa balle de match, contre Federer, Kyrgios était à ça de créer l’égalité 12-12 et créer le match de double ultime visant à départager deux rivaux, au coude-à-coude.

Je prends à titre d’exemple ce message sur Twitter, expédié par un de ces passionnés de tennis avec qui j’échange et je débats régulièrement, Éric Moreau... pour vous donner une idée des échanges amicaux et des opinions déclenchés par ce tournoi

Pauvre Björn

S’il y avait peut-être un léger bémol à mentionner, et je le dis avec un peu de peine compte tenu que l’homme était mon idole, c’est la présence du légendaire Björn Borg à titre de capitaine de l’équipe européenne.

D’une part, cet homme réservé a dû qualifier de véritable supplice la tâche qu’on lui avait assignée. Loin des caméras depuis la fin de sa carrière, on ne le voit vraiment que lorsqu’il est invité dans les loges de prestiges, lors des tournois du Grand Chelem, des compétitions qu’il a gagnées si souvent dans sa carrière. Là, il s’est trouvé plongé au cœur d’une visibilité omniprésente alors qu’il devait conseiller des athlètes qui jouent le tennis d’un autre temps et d’un autre niveau. Les entrevues qu’il devait donner se sont avérées des exercices aussi répétitifs et pénibles que parsemés de clichés et dénués de contenu.

Comme si ce n’était pas assez, son rival de l’époque devenu son ami, était encore une fois son antithèse sur l’autre banc. John McEnroe était comme un poisson dans l’eau et la caméra l’a capturé pendant les 12 matchs du week-end. Commentateur aussi intense et spectaculaire que le tennisman qu’il était, McEnroe carbure à la médiatisation.

John McEnroe et Bjorn Borg

Et il était l’homme parfait pour diriger ces jeunes bêtes de l’équipe Monde, tant le talentueux cogneur qu’est Jack Sock que l’artiste controversé qu’est Nick Kyrgios. Les deux discours de motivation qu’il leur a livrés, à la caméra, étaient des pièces d’anthologie, surtout dans le monde du tennis si aseptisé. Saupoudrées de quelques mots de quatre lettres, mais d’une efficacité impressionnante, ces recommandations ont démontré à quel point «Big Mac» était l’homme de la situation. Il parlait plus, pendant un seul changement de côté, que son vis-à-vis suédois, au cours d’une journée complète.

J’exagère à peine.

Bien involontairement, McEnroe faisait mal paraître le pauvre Borg qui, à mon avis, ne voudra pas revenir dans ce rôle l’an prochain, à moins qu’on ne l’y oblige par contrat. Tout le tournoi gagnerait à le remplacer.

À Chicago en 2018

Pendant la cérémonie, il y avait ce message du maire de Chicago, Rahm Emanuel, qui se disait fier de recevoir la deuxième édition de l’événement et d’avoir la chance de démontrer au monde entier le savoir-faire des gens de la Ville des Vents. On le sait, le site du tournoi alternera entre l’Europe et le reste du Monde, annuellement.

Facile, M. Emanuel, vous demandez le cahier de charges de la compétition, tant entre les lignes blanches que partout en dehors, et vous l’appliquez à la lettre.

Ne changez rien! La bande à Federer a imaginé, créé et exécuté le tout parfaitement.

Un peu comme son prestigieux créateur, ce fut un succès sur toute la ligne.

Et il n’avait même pas besoin d’aller gagner ce match dont les attentes étaient gigantesque quand il a fait équipe avec Rafael Nadal pour la toute première fois et dont la réunion a créé un mot-clic aussi improblable qu’utopique et festif : #FEDAL. Ni de remporter ce match en super bris d’égalité, lors du 12e et dernier duel, et permettre à l’Europe de mettre la main sur la Coupe, SA Coupe, à domicile de surcroît.

WOW!

Cré Roger!