Paul Rivard

Borg vs McEnroe : le film

Borg vs McEnroe : le film

Paul Rivard

Publié 08 septembre 2017
Mis à jour 08 septembre 2017

Des rivalités.

Federer-Nadal... Djokovic-Nadal... Federer Djokovic... Agassi-Becker... Sampras-Agassi... Connors-McEnroe...

Mais, surtout, Borg-McEnroe.

S’il y a bien une de ces rivalités qui reste dans la mémoire des amateurs de tennis, plusieurs décennies après, c’est bien celle-là. Un duel dont les volets les plus mémorables ont produit des images facilement repérables dans notre subconscient comme ...sur Youtube.

La légendaire rivalité opposant l’introverti joueur suédois Bjorn Borg et le bouillant américain John McEnroe, curieusement, n’aura pas été la plus longue de ces séries de confrontations célèbres.  Actualisée sur trois années seulement et comptant 14 batailles, elle s’est conclue par un verdict nul de sept victoires et sept défaites de part et d’autre. Rien à voir avec les 50 matchs de celle qui prévaut entre Novak Djokovic et Rafael Nadal (menée 26-24 par le «Djoker») ou les 45 matchs de celle qui dure entre Djokovic et Roger Federer (menée 23-22 par le Serbe). Il faut dire, toutefois, que les calendriers à l’époque de leurs aînés étaient pas mal moins élaborés.

Fait cocasse ou coïncidence troublante, une seule des rivalités de l’ère moderne (après 1970), recensées sur cette page Wikipedia, s’est soldée par un verdict nul, à ce jour, et c’est celle de nos deux lascars.

À quoi s’attendre?

Présenté en première mondiale lors du Festival International du Film de Toronto le 6 septembre, «Borg vs McEnroe» devrait arriver sur nos écrans le 22. En voici d’ailleurs la bande-annonce:

 

La première fois que j’ai été informé de ce projet de production cinématographique, je salivais à l’idée de voir les héros de mon adolescence sur grand écran. Surtout celui qui était mon idole quand je jouais sur les courts du Parc Des Plaines et du club Radisson, à Trois-Rivières, le Suédois Bjorn Borg.

Immédiatement, je suis allé voir qui étaient les acteurs retenus pour ce film. Puis, je me suis SURTOUT demandé comment «ça sortirait».

Car il est souvent là, le problème de certains films racontant une histoire vécue, particulièrement dans le monde du sport. Tous ceux qui sont familiers avec le rendement des véritables athlètes et, qui plus est, qui les suivaient assidument au point de connaître leurs moindres gestes, ont toujours un peu de difficulté à voir des acteurs qui tentent de reproduire les mouvements et les exploits des réelles vedettes.

C’est vrai pour les films de boxe, de baseball, de football, de hockey, de basketball, de golf, de soccer.

Et de tennis.

Personnellement, je joue au tennis et je regarde évoluer les meilleur(e)s pour mon plaisir. Qui plus est, je décris du tennis à l’année longue, en compagnie d’analystes ayant eux-même «joué la game»

Alors j’appréhende le moment où je verrai ces acteurs, peu importe le dur entraînement auquel qu’ils se seront soumis afin de rendre du mieux possible les légendes qu’ils incarnent.

Bien sûr, comme dans les films sur les autres disciplines nommées précédemment, il est clair qu’un montage serré et nerveux permettra de compenser pour le manque de rectitude dans le style et dans l’exécution des coups droits, des revers et des volées. L’utilisation de tennismen accomplis, en tant que doublures (coiffées de perruques ou pas), aidera assurément.

Pour plusieurs aficionados comme moi, il y aura encore plus de profanes qui formeront l’auditoire mondial de ce film. Et comme les profanes qui regardent des superproductions de sport automobile, de boxe, de baseball, de football ou de hockey, ils ne verront probablement pas les erreurs de faits ou le manque de ressemblances avec le style tennistique des acteurs choisis.

Et c’est correct. Le but est de créer un film de divertissement. Si on veut plus juste, il suffit de faire un documentaire avec les réelles images d’archive.

Cela étant dit, les premiers rapports émanant du visionnement à Toronto, laissent penser que les acteurs (et les producteurs) ont fait leurs devoirs et que l’aspect «tennistique» du tournage a été bien fait.

Bon Casting

Cela étant dit, dès que les premières bandes annonces ont été diffusées sur internet, j’ai été agréablement surpris par le choix de l’acteur suédois choisi pour incarner Bjorn Borg. Il s’appelle Sverrir Gudnason et il ressemble à s’y méprendre à Borg. Au-delà du maquillage, des vêtements et de la coiffure, qu’on peut approcher de la réalité, on voit tout de suite dans les yeux de Gudnason qu’il rend ces yeux de glace, ce regard presque sans émotions de la légende suédoise.

Un athlète qu’on avait surnommé à juste titre «IceBorg».

Sans être aussi stupéfait par le choix de Shia Leboeuf, disons que la personnalité de l’original et celle de l’acteur se ressemblent en ce sens qu’ils sont de fortes têtes et qu’ils n’ont jamais eu peur de semer la controverse. À ce niveau, même, Leboeuf est pire que McEnroe.

Mais on y trouvera notre compte en se rappelant le bouillant athlète à l’abondante chevelure frisée.

Je dois même souligner que le choix de Stellan Skarsgard, un autre Suédois, est tout aussi pertinent pour jouer le rôle de Lennard Bergelin, l’entraîneur de Bjorn Borg. Pas à s’y méprendre, mais suffisamment pour se plonger facilement dans la magie du cinéma.

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Crédit photo : AFP

Le Yin et le Yang

Dans un montage offert par le circuit des vétérans de l’ATP, en 2008, on a rendu hommage à cette formidable rivalité, transformé en une grande amitié, basée sur le respect et l’admiration mutuelle.

«L’ange céleste contre l’Antéchrist» disait Pat Cash...

«Le Yin et le Yang», disait McEnroe...

Et, comme vous le constaterez dans cette vidéo, les deux hommes étaient encore mobiles et performants, même à l’âge de 52 ans (Borg) et 50 ans (McEnroe), respectivement, lors du match qui y est présenté.

 

Comme le souligne le sous-titre du film, «Some stars shine forever», il y a des étoiles qui brillent pour l’éternité. Et si la visibilité de John McEnroe s’est perpétuée en raison de son rôle d’analyste à la télévision nationale américain, celle de Borg n’est plus que sporadique, en raison de ses apparitions dans les tribunes des grands tournois, lorsqu’un joueur s’approche d’un de ses records où lorsqu’il accepte une invitation prestigieuse pour assister à un match.

Mais rien ne lui enlèvera ce qu’il a accompli. Ni sa présence dans ce qui fut une des plus grandes rivalités de l’histoire.

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Crédit photo : Getty Images/AFP

La Bataille des Sexes : le film

Un autre film de tennis, curieusement,  se retrouvera sur les grands écrans, en novembre et il recréera pour nous cette confrontation opposant la plus grande joueuse de l’époque, l’Américaine Billie Jean King, à ancien numéro un mondial retraité, Bobby Riggs.

Lorsque ce dernier a défié King, en 1973, le cirque qui s’en est suivi trouve écho, encore aujourd’hui, dans la mémoire des 55 ans et plus.

La numéro un mondiale du moment, 29 ans et féministe et cachant sa véritable orientation sexuelle, contre un macho de 55 ans, misogyne à souhait et flairant le spectacle.

La table était mise.

En voici la bande-annonce :

On en reparlera...