Crédit : Dario Ayala / Agence QMI

NFL

Laurent Duvernay-Tardif publie «Le Docteur»

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Détenteur d'un nouveau contrat de cinq ans et 41,25 millions $, signé en février dernier avec les Chiefs de Kansas City, Laurent Duvernay-Tardif a raconté son odyssée vers la NFL dans un article intitulé «Le Docteur» (en français) sur le populaire blogue anglophone The Players' Tribune, vendredi.

L'histoire du joueur québécois de ligne offensive, qui mène la double vie de footballeur et d'étudiant en médecine, est maintenant très bien connue de tous. Mais «LDT» a raconté son épopée - qui se poursuit encore aujourd'hui - encore plus en profondeur.

Voici des extraits de l'article original :

Je suis simplement reconnaissant de pouvoir traiter mes patients et, dans quelques rares cas, leur donner mon autographe. Mon but ultime est de pousser le concept d’être étudiant-athlète au plus haut niveau – de montrer qu’il est possible de vivre deux passions très différentes.

Pour la plupart des gens, il semble plus sensé de choisir entre le football et la médecine, mais c’est un choix que je n’ai jamais voulu faire.

J’ai joué au football quand j’étais jeune, mais j’ai abandonné après quelques années. J’ai redécouvert ma passion pour ce sport au cégep. Dans mon équipe comme joueur de ligne défensive j’ai immédiatement adoré. J’ai aimé le contact, la stratégie et le fait que j’étais bon. Après ma promotion, j’étais certain que je voulais continuer de jouer au football à l’université.

Mon autre certitude, c’était que je voulais pratiquer la médecine. À l’origine, j’étais intéressé par l’ingénierie, mais j’ai réalisé que je désirais avoir un impact social, d’où l’appel de la médecine.

Pour moi, la médecine est l’équilibre parfait entre les sciences pures et humaines. C’est ce défi combiné de non seulement comprendre en profondeur les traitements, mais aussi de les appliquer à différents patients. Tu dois maintenir un équilibre entre tes aptitudes sociales et scientifiques.

Avant de m’enrôler, tout le monde me disait que mon anglais n’était pas assez bon pour les rigueurs de l’école de médecine [à l’Université McGill] et que je devais dévouer tous mes efforts à l’apprentissage si je voulais avoir une chance de connaître du succès. Le football, me disait-on, n’était qu’un hobby – une distraction. Même si tout mon être désirait jouer, j’ai initialement décidé de suivre un plan calqué sur le bon sens et donner toute mon attention à l’école de médecine.

Trois semaines après le début de ma première session, je n’étais pas moi-même. Je n’arrivais pas à me concentrer et à chasser le sentiment que quelque chose me manquait. Je regardais beaucoup de football. Quand je ne pouvais pas aller aux matchs [des Redmen] de McGill, je les regardais à la télé. J’ai vite compris ce que je devais faire pour chasser le cafard. J’ai approché l’entraîneur-chef des Redmen – qui m’avait recruté quelques mois plus tôt – et lui ai avoué que j’avais commis une vraie erreur. Il m’a laissé joindre l’équipe et j’ai joué cette année-là.

J’ai eu raison. Une fois le football réintégré à ma vie, tout s’est mis en place. Je décrochais toujours mes meilleures notes à l’automne, quand je jouais. Malgré les entraînements, l’étude de vidéos et les voyages, j’étais plus productif à l’école, quand je me servais du football comme exutoire.

Évidemment, équilibrer mes responsabilités représentait un défi. À l’automne, je devais littéralement compter chaque minute de mon temps. Certains de mes coéquipiers à McGill m’ont donné le surnom de «Docteur Kill» parce que je me présentais dans le vestiaire en uniforme d’hôpital. Honnêtement, je n’ai jamais vraiment aimé ce surnom, mais hey, je comprends.

Le samedi du repêchage de la NFL, je me tenais chez un ami près de l’hôpital. J’étais fatigué parce que j’étais resté après mon quart de travail pour aider l’unité de soins intensifs néonatals dans l’accouchement par césarienne de jumeaux prématurés. J’étais assis sur le sofa de mon ami, regardant les choix défiler à l’écran quand, quelque part au sixième tour, mon téléphone a sonné. C’était un appel de Kansas City.

Les Chiefs me choisissaient au 200e rang.

Ma première réaction en fut une d’immense excitation. Je devenais seulement le 15e joueur à être repêché dans la NFL directement en provenance du sport interuniversitaire canadien.

Puis, quelques moments plus tard, j’ai ressenti de la panique. Je devais prendre l’avion vers Kansas City le matin suivant – alors que je devais travailler à l’hôpital.

Alors ma première pensée n’a pas été : «Oh! Mon dieu! C’est incroyable!»

C’était : «Oh! Mon dieu! Comment je vais expliquer ça au doyen?»

Quiconque de familier avec les conditions de l’école de médecine sait que les horaires ne sont pas flexibles. Ils sont coulés dans le béton. C’était un problème pour moi.

Heureusement, le doyen a été incroyablement compréhensif.  Il m’a dit de faire ce que j’avais à faire. C’est là que je me suis donné le droit de célébrer. J’étais officiellement un Chief de Kansas City. Moi, un Canadien-français de la Rive-Sud de Montréal. J’allais jouer dans la NFL.

Quatre ans après le début de ma carrière dans la NFL, il est difficile de ne pas lier mon expérience en médecine au succès que j’ai connu au football.

La discipline requise pour étudier la médecine – les longues heures, la prise de notes, l’attention aux détails – a clairement facilité ma transition vers la NFL, jusque dans l’importance accordée à la nutrition et l’hydratation pour le bien de mon corps. De surcroît, jouer dans la NFL m’a appris comment faire face à l’échec comme jamais auparavant. Tu peux t’entraîner très fort et te retrouver au sommet de ton art, parfois ce n’est pas assez pour gagner un match.

De nature, je suis une personne très compétitive. Jouer au football à ce niveau a instillé en moi un certain sens de la résilience et cela m’a clairement aidé dans ma quête en médecine. Tu ne peux pas gagner chaque match et, de la même façon, tu ne connaîtras pas du succès avec chaque patient. Ce qui est en ton pouvoir, c’est la façon dont tu gères un revers et la déception.

Si la tendance se maintient, je recevrai mon diplôme de médecine en mai 2018.

L’année suivante, j’espère devenir le premier joueur de la NFL à fouler le terrain avec ce diplôme dans ma poche arrière – et peut-être derrière mon chandail.

On verra.