Chicago Blackhawks Rally 2015

Crédit : C.M. Wiggins/WENN.com

LNH

Scott Darling, de l'alcoolisme à la coupe Stanley

Publié | Mis à jour

En avril dernier, les Blackhawks de Chicago ont échangé Scott Darling aux Hurricanes de la Caroline contre un choix de troisième tour au prochain repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH).

La transaction a mis fin au séjour de trois saisons de Darling chez les Blackhawks, l'équipe de son enfance. L'Américain de 28 ans a principalement rempli les fonctions de gardien réserviste derrière le Québécois Corey Crawford et c'est dans ce rôle qu'il a activement participé à la conquête de la coupe Stanley, en 2015.

Darling deviendra-t-il le gardien titulaire des Hurricanes? Un tel accomplissement serait un autre exploit dans sa carrière inespérée. 

Dans des adieux poignants à Chicago publiés mardi sur le blogue The Players' Tribune, Darling fait la paix avec le fantôme de l'alcoolisme qui l'a suivi depuis sa jeunesse jusqu'à sa cure de désintoxication tandis qu'il peinait à rester sur ses deux pieds dans des ligues semi-professionnelles de hockey.

Voici des extraits :

Le 1er juillet 2011, je me suis retrouvé entubé et branché dans une chambre. Une petite machine bipait en montrant mes signes vitaux. C’était ma première journée de désintoxication. J’avais bu chaque jour pendant huit mois.

Je venais de me faire libérer par une équipe de la Southern Pro Hockey League (SPHL). Je n’avais pas d’argent, pas d’espoir. Mes rêves étaient ruinés. À ce moment, tout ce que je voulais, c’était de redevenir une personne normale.


Je me souviens d’avoir ouvert mes yeux. Le plafond était flou, mon corps lancinait et j’ai pensé : «How the f*** did this happen?»

Au cours des derniers mois, j’ai essayé de trouver une façon de dire au revoir à Chicago, mais je ne trouvais juste pas les mots.

Le truc avec l’alcoolisme, c’est que tu ne penses jamais avoir un problème. Pour moi, c’était une façon de gérer mon anxiété sociale. Enfant, j’étais introverti et je m’inquiétais toujours de ce que les gens pensaient de moi.

À 17 ans, quand je revenais à la maison, je buvais juste pour éteindre mon cerveau et me sentir normal. Je prenais l’alcool pour un médicament.

J’ai été choisi par les Coyotes de Phoenix au repêchage [en 2007] et j’allais jouer pour l’Université du Maine. Mon père était si fier qu’il m’a embrassé et donné un chèque de 1000 $ le jour où il m’a reconduit à l’école.

J’ai passé les deux années suivantes à tout ruiner. J’essayais d’être un hockeyeur de première division, un étudiant et un fêtard. Mauvais mélange. J’arrivais en retard à l’entraînement parce que j’avais le mal de bloc. En moyenne, je buvais une caisse de six bières par soir.

À ma deuxième année au Maine, mes entraîneurs m’ont dit que je n’étais pas responsable et qu’ils avaient besoin d’un gardien à qui ils pouvaient faire confiance. J’étais exclu du club.

Je me suis dit que j’irais chez les Coyotes et serais capable de faire l’équipe. Plan stupide.

J’ai duré cinq jours peut-être avant que les Coyotes ne me disent de foutre le camp. Ils m’ont assigné à leur filiale de l’ECHL à l’époque, la pire place sur la planète pour moi dans le temps : Las Vegas, Nevada.

Notre aréna était à l’intérieur de The Orleans Hotel and Casino, juste sur le bord de la Strip. Et je vivais dans l’hôtel du casino.

Ma routine quotidienne : entraînement au casino, boire au casino, me coucher au casino. Après quelques semaines, j’ai raté un entraînement. L’équipe m’a congédié.

Je n’avais nulle part où aller. J’étais déjà en bas de l’échelle. J’avais un ami qui jouait pour les IceGators de la Louisiane en SPHL. Je l’ai appelé pour voir s’ils avaient besoin d’un gardien.

Je suis allé dans le stationnement du casino et j’ai appelé ma mère. Je l’ai suppliée de me prêter 200 $ pour prendre un vol vers la Louisiane.

«Scott, s’il-te-plaît, reviens à la maison, m’avait-elle répondu. Nous allons t’aider.» J’avais refusé. Elle m’avait donné 200 $.

J’ai adoré cette équipe de la Louisiane et j’ai aimé la ville de Lafayette. Mais à la place de faire face à la réalité, j’ai bu pour l’oublier. Je gagnais 200 $ par semaine. Après l’entraînement, je me rendais au Subway et m’achetais un sandwich de 12 pouces à 5 $, puis j’allais m’acheter la bouteille d’alcool la moins chère possible et la buvais sur le sofa. C’était ma routine.

Cet été-là, les IceGators m’ont dit qu’ils n’avaient plus besoin de moi. Je n’avais pas de travail. Pas de diplôme. Mon corps s’écroulait, comme mon rêve. Un matin, je me suis reveillé avec la gueule de bois et je me suis dit : «F*** this, amenez-moi en désintox.»

Quand j’en suis sorti, j’étais très gras – vraiment gras. Je ne m’étais pas entraîné pendant mon séjour là-bas et la bouffe était incroyable. Je pesais environ 250 lb.

Heureusement, les RiverKings du Mississippi m’avaient offert un contrat pendant que j’étais en désintoxication. Ils avaient faxé les papiers à mon thérapeute. Ils ne savaient pas à quel point je n’étais pas en forme physiquement. Mais c’était une chance, un petit pas en avant, et j’étais sobre.

Je suis rentré à la maison à Chicago et je vivais dans le sous-sol chez ma mère. J’étais cassé et elle m’a trouvé un travail dans la commission scolaire à l’extérieur de la ville.

Lors des deux années suivantes, je pense que j’ai joué pour les clubs des ligues mineures. Ma page HockeyDB est ridicule et il manque des équipes, en fait. Officiellement, neuf équipes sont listées, mais officieusement, j’ai joué pour au moins 13 ou 14 équipes. Elles m’appelaient d’urgence pour un week-end.

Au début de la saison 2013-2014, j’étais avec la filiale des Predators de Nashville dans l’ECHL, à Cincinnati. Pekka Rinne a contracté une infection à l’e. coli et s’est absenté quatre mois. Tous les gardiens de l’organisation ont grimpé d’un échelon. Je me suis retrouvé dans la Ligue américaine (LAH) à Milwaukee et j’ai très bien joué. J’espérais que les Predators m’offrent un contrat. Ça ne s’est pas produit.

À l’été, je regardais les Blackhawks de Chicago jouer contre les Kings de Los Angeles en séries et j’ai envoyé une demi-blague à un de leurs recruteurs par message texte. «Hey, je sais que tu es probablement occupé présentement, mais si vous avez besoin de profondeur l’an prochain, je serai libre.»

Le 1er juillet 2014, le troisième anniversaire de ma sobriété, mon agent avait une entente avec les Blackhawks. Jamais dans un million d’années aurais-je pensé que je jouerais pour eux en séries cette année-là...

Le 26 octobre, j’étais rappelé par les Blackhawks pour disputer mon premier match au United Center.

Quand j’étais en quatrième année, à l’école, je devais écrire ce que je voulais devenir quand je serais grand. J’avais écrit : «Je veux être gardien de but pour les Blackhawks de Chicago.»

Debout dans le demi-cercle pendant l’hymne national, je regardais les bannières au plafond et j’ai eu des retours en arrière de chaque équipe pour lesquelles j’avais joué.

Quand nous avons atteint la finale de la coupe Stanley [contre le Lightning de Tampa Bay], je n’ai jamais eu la chance de prendre du recul pour réaliser ce qui se passait. Je me souviens quand ça m’a frappé : à quatre minutes de la fin du sixième match.

Patrick Kane avait marqué pour faire 2-0 et j’avais réalisé que nous étions en train de gagner la coupe Stanley.

J’allais gagner la coupe Stanley. Avec les Blackhawks de Chicago. Mon dieu, qu’est-ce que j’allais faire avec le trophée dans mes mains...

Quand le match s’est arrêté, c’était le chaos. J’étais au bout de la file sur la glace à attendre que quelqu’un me donne la coupe. Quand je l’ai reçue, j’ai fait quelque chose que je ne fais jamais.

J’ai crié en public.

Un cri énorme, bizarre.

Mes trois ans avec les Blackhawks de Chicago furent plus beaux que dans mes rêves les plus fous. Quand j’ai été échangé aux Hurricanes de la Caroline en avril, j’ai voulu dire au revoir, mais j’étais dépassé par les événements.

Ce fut incroyable de représenter ma ville et de jouer pour mon équipe favorite. Cette organisation est remplie de gens incroyables, du bas au haut de l’échelle. La direction, le personnel, les entraîneurs ont été bons pour moi, tous les joueurs étaient mes amis.

Tout cela veut dire plus pour moi que qui que ce soit pourrait le comprendre un jour.

Je vous aime.

Je t’aime, Chicago.

Du fond du cœur.

Sincèrement,

Scott