Rémy Anglehart a été sonné par Samuel Hunter

Photo : Rémy Anglehart a été sonné par Samuel Hunter Crédit : Capture d'écran

LNH

La passe suicide

La passe suicide

Michel Godbout

Publié 14 mars 2017
Mis à jour 14 mars 2017

La scène s’est déroulée des milliers de fois sur toutes les patinoires de l'Amérique du Nord. La fameuse mise en échec au centre de la patinoire.

Celle qui fait frémir les joueurs susceptibles de capter une passe venant d’un défenseur en retrait. Celle qui fait jouir des milliers de partisans.

Le jury sur la légalité de cette mise en échec est sorti la semaine dernière. Le 7 mars, le défenseur de l’Océanic de Rimouski Samuel Hunter anticipe une passe au centre de la patinoire vers Rémy Anglehart de l’Armada.

La passe est dans les patins, Anglehart, la tête baissée, encaisse une mise en échec de plein fouet de Hunter. Anglehart quitte la patinoire sur une civière, victime d’une commotion. Hunter quittera la patinoire pour les 12 prochains matchs, suspendu.

Le directeur du département de la sécurité des joueurs de la LHJMQ, Raymond Bolduc, a envoyé un message clair quant à ce genre de mise en échec.

L’incident m’a rappelé celui impliquant les Canadiens et les Sénateurs. Vous vous souvenez de la mise en échec d'Eric Gryba à l'endroit de Lars Eller?

C'était à l’aube des séries éliminatoires de 2013. Eller avait été mis K.-O., subi une commotion et de multiples fractures au visage.

Gryba s’en était tiré avec une suspension de deux matchs.

Après l’incident, l'entraîneur de l'époque, Paul MacLean, avait déclaré aux journalistes que ce n'était pas la mise en échec qui avait été dangereuse, mais bien la passe de Raphael Diaz qu'Eller avait choisi de capter.

Et honnêtement, il n’avait pas complètement tort!

À qui la responsabilité?

Donc, à qui la responsabilité? Le passeur? Le joueur qui reçoit la passe? Le joueur qui veut faire la mise en échec?

La mise en échec au centre de la patinoire se produit lors d’une attaque de l’équipe adverse lorsque le jeu prend naissance avec le défenseur. 

Ce dernier cherche un attaquant à qui refiler la rondelle. À l’origine, la responsabilité de lire le jeu lui revient.

Sachant que l’attaquant le regarde pour recevoir sa passe, il doit donc devenir les yeux derrière la tête de cet attaquant. Sans quoi sa passe devient ce qu’on appelle communément une passe suicide.

Il incombe ensuite à l’attaquant de capter la passe ou non. S’il opte de la laisser passer, il risque de se faire critiquer ou pire, laisser sur le banc. 

Si par contre il accepte la passe, il peut relancer l’attaque en plein élan. Il peut aussi, comme dans les cas d’Anglehart et d’Eller, frapper un défenseur de 200 livres qui l’attend de pied ferme.

À ma grande surprise, je connais de véritables «purs et durs» qui veulent éliminer ce genre de mise en échec du hockey.

J’en connais d’autres, certains anciens défenseurs de la LNH avec des bagues de la Coupe Stanley, qui m’ont dit avoir réussi ce genre de passe au centre des centaines de fois sans que rien ne se produise, qu’il revient au défenseur de faire attention.

Mais le hockey se déroule si rapidement que de mauvais choix de jeux seront inévitables et quelqu’un voudra en profiter.

Intrinsèque au hockey?

Avant même de se poser la question de bannir ou non la mise en échec au centre, posons-nous la question si ce genre de mise en échec est intrinsèque au hockey.

Si la réponse est OUI, agissons AVANT l’incident et interdisons cette mise en échec avant qu’un autre joueur quitte la patinoire sur une civière.

Si la réponse est NON, gardons le statu quo et continuons de dire aux joueurs de garder la tête haute.

Cela dit, l'histoire ne ment pas. Des défenseurs comme Scott Stevens ont bâti des carrières à coups de millions grâce à des mises en échec percutantes au centre de la patinoire.

Un jeu certes spectaculaire, mais qui est venu au détriment de ces victimes commotionnées qui ont eu des carrières écourtées et des partisans qui n’ont pu les voir jouer autant qu'ils l’auraient souhaité.

Parlez-en notamment à un certain Eric Lindros...

(Un texte de Michel Godbout)