Ski et planche

Il était une fois... Alex

Il était une fois... Alex

Paul Rivard

Publié 05 mars 2017
Mis à jour 05 mars 2017

Vous imaginez le nouvel attaquant des Canadiens, Andreas Martinsen, devenir le premier pointeur de l’équipe? Ou mériter le trophée Conn Smythe en séries éliminatoires de la LNH?

Oui, le premier Norvégien de l’histoire du Tricolore qui viendrait supplanter tous les joueurs natifs du Canada, des États-Unis, de la Russie, de la Finlande, de la République tchèque ou de la Slovaquie? Des pays qui ont cette tradition de hockey depuis des décennies (voire un centenaire)?

Bon, vous souriez, n’est-ce pas?

Toute comparaison étant boiteuse, c’est quand même de cette façon que j’essaie de relativiser ce nouvel exploit réalisé par notre fabuleux Alex Harvey.

Oui, «fabuleux», un dérivé du mot «fable», ce type de courte histoire visant à donner, de façon plaisante, une leçon de vie... un récit qui relève presque de l’irréel et qu’on raconte aux enfants pour les aider à s’endormir en traversant un monde empreint de merveilleux et de surnaturel.

Cette assertion vous semble de l’emballement? Peut-être, mais les faits sont là.

Que ce Canadien ait réussi à remporter l’épreuve reine des Championnats du monde de ski de fond, en Scandinavie même, cette région de la planète où ce sport est roi, ça relève effectivement de l’exploit. Et, de surcroît, contre des tas de Finlandais, de Suédois et de Norvégiens. Et même de Russes, de Suisses, d’Italiens et de Français.

Alex Harvey connaît la meilleure saison de sa carrière et il en a livré une nouvelle preuve en remportant le 50 km des Championnats du monde présentés à Lahti en Finlande.

Ce résultat survient deux mois après le meilleur résultat de sa carrière au classement final de l’éreintante et prestigieuse série de courses appelée «Tour de Ski», soit une 7e position.

Ce faisant, il grimpe à la 4e place du classement général de la Coupe du Monde de ski de fond. Avec la possibilité d’ici la fin de la saison à Québec (tiens...tiens...) de grimper en troisième, voire en deuxième position du classement final. Ce qui améliorerait une marque personnelle déjà époustouflante, lui qui avait pris le 3e rang en 2014.

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Crédit photo : AFP

Alex, fils de Pierre

Mais je tiens à revenir à ma comparaison du début.

Alex Harvey est un «intrus» dans ce sport. Peut-être pas autant que son père Pierre ne le fut, près de 30 ans auparavant, quand il avait réalisé des victoires surprenantes dans cet univers où les Canadiens faisaient figures d’extra-terrestres. Si nos compatriotes sont de plus en plus nombreux maintenant, c’est parce que Pierre Harvey avait défriché le terrain et donné l’exemple.

Son fils est devenu la matérialisation physique et morale de cette détermination et cette pugnacité historique, au point de dépasser (de beaucoup) les réalisations de son sympathique paternel. Et Pierre n’aura jamais été aussi heureux de se faire damer le pion par un jeune de la relève, car c’est sa chair et son sang qui glissent sur les pistes enneigées de la planète ski de fond.

Alex Harvey, un Canadien, qui est né et qui a grandi au Canada, est allé écrire ses propres lettres de noblesse sur les terres d’athlètes qui étaient nés et qui avaient grandi dans des pays où la discipline était reine.

Exactement comme le ferait un Norvégien, qui serait né et qui aurait grandi en Norvège, dans un pays dont la tradition de hockey est approximative et qui viendrait supplanter les étoiles nord-américaines de hockey, dans leur propre ligue, sur leurs propres patinoires.

Mais Andreas Martinsen n’en est pas là. Et il n’en sera probablement jamais là.

Mais Alex, lui, l’a fait!

Crédit photo : TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

Comme Peyton... Brett...Jacques...

Alex Harvey entre dans cette catégorie toujours passionnante des athlètes qui ont surpassé leur père dans le même sport. Des athlètes qui, après être nés avec un nom, se sont fait un prénom. Les Peyton et Eli Manning (Archie), Brett Hull (Bobby), Jacques Villeneuve (Gilles), Stephen Curry (Del), Cal Ripken fils (Cal sr.) l’ont fait avant Alex Harvey (Pierre).

On dira qu’ils avaient déjà les gènes et l’exemple pour démarrer leur formidable carrière. Mais n’oublions jamais tous ceux et celles qui, comme eux, ont littéralement été écrasés par la pression venant avec le fait d’être le rejeton d’un modèle de réussite.

Alex Harvey approche de la fin de cette carrière unique.

La saison 2018, incluant les Jeux Olympiques en Corée du Sud, sera son chant du cygne. Pourra-t-il ajouter une médaille olympique, la seule qui manque à son palmarès? Peut-être que oui, peut-être que non.

Pour les livres d’histoire, ce sera peut-être une lacune, mais une lacune qui ne saurait ternir un blason déjà éclatant, pour la postérité.

Un texte de Paul Rivard