Paul Rivard

Eugenie et Anna, même combat?

Eugenie et Anna, même combat?

Paul Rivard

Publié 03 mars 2017
Mis à jour 03 mars 2017

Je dois l’avouer, malgré mes multiples déceptions au cours des deux dernières années, j’étais toujours un marchand d’optimisme lorsqu’il était question d’Eugenie Bouchard.

Pendant son horrible année 2015, puis lors des hauts et des bas qu’elle a traversés en 2016, j’ai toujours cru que la Québécoise pouvait remonter dans le top 10 car, selon moi, elle avait trop de talent et de bagout pour ne pas le faire. Il ne lui manquait que l’expérience pour gérer ces montagnes russes qui arrivent inévitablement dans une carrière de joueuse de tennis.

Donc, forcément, j’étais toujours un peu contrarié lorsqu’un internaute avançait sur les médias sociaux que «Genie» n’était autre qu’une seconde Anna Kournikova.

Trop facile. La propension de Bouchard à s’exhiber sur internet et à accorder tellement d’importance à tout ce qui lui était offert hors des courts ne devrait pas faire conclure à tout le monde que Bouchard n’était qu’un feu de paille.

Février 2017. Après un soubresaut de succès aux Internationaux d’Australie (quarts de finale), et une pause d’un mois sans tournoi, voilà qu’Eugenie affronte Alja Tomljanovic au tournoi d’Acapulco. La Croate de 23 ans n’avait pas joué depuis UN AN et elle n’était pas classée par la WTA... même si, techniquement, elle était 960e mondiale puisqu’une opération à l’épaule l’a forcé à l’inactivité presque toute l’année 2016. Bouchard a perdu 7-6 (4) et 6-1.

L’absence de compétition ne ment pas, dans le sport. Et, il y a une certitude : entre Melbourne et Acapulco, il y a encore eu beaucoup de distractions dans la vie d’Eugenie avec cette séance de photo/vidéo pour l’édition de maillots de bains de Sports Illustrated, en plus de sa promotion. Dois-je ajouter cette histoire de rendez-vous avec un amateur de sport de Chicago qui l’avait défié sur Twitter quant au résultat du Super Bowl? Et cette autre médiatisation d’un séjour à Porto Rico avec son amoureux Jordan Caron qui a tôt fait, comme le reste d’ailleurs, d’alimenter les réseaux sociaux?

Et le tennis dans tout ça? Ouais... le tennis dans tout ça.

Et Anna, dans tout ça ? Ouais... justement. Anna.

Relire les détails de la carrière d’Anna Kournikova nous confirme malheureusement les similitudes avec notre perle tennistique du Québec.

Commençons par l’aspect sportif. Les deux ont obtenu le titre de nouvelle venue de l’année au sein de la WTA. Kournikova en 1996 et Bouchard en 2013. Ce titre n’est pas assujetti à leur apparence physique, il fallait bien le mériter sur le terrain. Match nul.

Sur le circuit du grand chelem, la base de comparaison en matière de succès et de gloire, si Eugenie a fait une finale (Wimbledon) et deux demi-finales (Melbourne et Paris), Anna a seulement une demi-finale (Wimbledon) et un quart de finale (Melbourne). Avantage Eugenie.

Les fiches de leurs carrière respectives se ressemblent au niveau du pourcentage, même si Eugenie n’est qu’à l’aube de la sienne (du moins on le croit toujours). Bouchard présente une moyenne de succès de 60,9% (217 v. / 139 d.), alors que Kournikova affichait 61,8% (209 v. / 129 d.). Match nul.

Bouchard a remporté un titre WTA. Kournikova aucun. Avantage Eugenie.

En double, toutefois, Anna a quand même réussi à se donner une crédibilité comme en font foi ses titres majeurs à Melbourne (1999 et 2002), ainsi que ses deux victoires en championnat de fin de saison (1999 et 2000). Avantage Anna.

Dans les éléments non quantifiables, ajoutons qu’elles résident toutes les deux à Miami et que leur vie sentimentale incluent des athlètes de hockey. Anna Kournikova est sortie avec Sergei Fedorov, puis Pavel Bure. Eugenie Bouchard est en couple actuellement avec Jordan Caron. Avantage Kournikova...

SPORT TENNIS
Crédit photo : Reuters

Succès «hors-court»

Dans une société où l’apparence physique joue un si grand rôle quant au succès d’un(e) individu(e), on n’en sort pas. Tant Kournikova que Bouchard ont été remarquées par la beauté de leurs traits et la facilité qu’elles avaient à charmer tant les gens que les lentilles de caméras.

Comme on ne peut comparer les dollars de la fin des années 1990 avec ceux de la fin de cette décennie, il est donc impossible d’évaluer le succès de l’une par rapport à l’autre. Cela dit, leur médiatisation fait foi de tout. Et comme Eugenie Bouchard peut profiter du formidable outil de visibilité que sont les médias sociaux, elle peut faire son propre marketing, un avantage que la Russe n’avait pas à l’époque. Et pour les entreprises qui s’associent à la «marque Genie», ça vaut de l’or, qu’elle remporte des matchs de tennis ou pas.

En 2016 seulement, les gains d’Eugenie Bouchard s’approchaient de 700 000$. À l’extérieur du terrain, ils étaient de 6,2 millions $. Ça, mes amis, c’est 90% de ses revenus. Et 2017 semble sur les rails avec sa participation à l’édition des maillots de bain de Sports Illustrated. Non seulement a-t-elle dû être fort bien rémunérée pour le faire, mais elle a multiplié par 10 la médiatisation de sa personne, tant le visage que... le reste.

Voilà d’ailleurs un autre département commun à ces deux personnalités. Car Kournikova a, elle aussi, été convoquée pour cette séance de photos par le magazine sportif. C’était en 2004.  

Six ans auparavant, le réputé magazine People’s l’avait insérée dans sa liste des 50 Most Beautiful People, en plus d’être votée Hottest Female Athlete par ESPN. Et je vous fais grâce des mentions concernant les autres publications de type FHM ou Maxim.

Les associations commerciales d’Anna Kournikova se sont accumulées de la même façon que notre compatriote le fait de nos jours. En guise d’exemple, voici la publicité la plus célèbre de Kournikova à l’époque de son partenariat avec la firme Berlei qui fabriquait des soutien-gorges pour les athlètes et de l’inoubliable only the ball should bounce... un slogan qui n’a besoin d’aucune traduction. Il fallait de l’audace...

Crédit photo : Getty Images

Kournikova a même joué dans un film intitulé Me, Myself and Irene, mettant en vedette Jim Carrey et Renee Zellweger. Je serai le moins surpris du monde lorsque nous apprendrons que Bouchard fait ses débuts au cinéma.

Toutefois...

Il y a également l’envers de la médaille. Puisqu’il faut bien comparer les succès sportifs et extra-sportifs, ESPN avait aussi placé Kournikova en 18e position de son classement des 25 Biggest Sports Flops of the Past 25 Years. Elle a aussi été classée No. 1 d’une série de ESPN Classic quant aux athlètes les plus «surévalués».

Voilà bien un classement au sommet duquel on ne voudrait pas voir Eugenie se trouver.

Attendons encore un peu avant de conclure. De mon côté, je continue d’espérer.

Mais si jamais la télé, le cinéma, le mannequinat et autre tâche connexe forgent éventuellement la carrière de Bouchard, personne ne pourra lui le lui reprocher. À commencer par son gérant de Caisse Populaire.

Si elle y trouve bonheur, célébrité et richesse, c’est bien elle seule que ça regarde. Si elle est née avec un autre talent que celui d’athlète, elle ne peut qu’en remercier sa génétique. Des tas d’athlètes et de politiciens ont connu une belle carrière comme communicateurs dans les médias.

Il ne nous restera toutefois qu’à rester sur notre appétit quant à celle qui aurait pu devenir la première joueuse canadienne de l’histoire du tennis à (peut-être) remporter un titre du grand chelem. 

Crédit photo : AFP

Un texte de Paul Rivard