LNH

«Moneyball» sur glace

«Moneyball» sur glace

Michel Godbout

Publié 05 décembre 2016
Mis à jour 06 décembre 2016

«Je suis plus que frustré en ce moment.  À un moment donné, tu aimerais voir ton équipe progresser et prendre des pas dans la bonne direction afin d’avoir des chances de remporter des matchs.  En ce moment, pour chaque pas en avant, on recule de deux.  C’est très difficile de jouer comme ça dans la LNH quand on s’attend à gagner des matchs.»

Cette citation provient de la bouche du gardien des Coyotes de l’Arizona Mike Smith, à la suite de son cours de «gardien 101» qu’il a offert samedi (à voir dans la vidéo ci-dessus).

Les 58 arrêts qu’il a fournis à son équipe n’ont pas été suffisants pour remporter le match. Les Blue Jackets ont triomphé 3-2 en tirs de barrage.

Mais imaginez: 60 tirs! C’est quelque chose. 

Quelque chose de rare aussi, les trois derniers gardiens à avoir accompli un pareil exploit en saison régulière avant Smith sont Ben Scrivens (59 arrêts en 2014), Dwayne Roloson (58 arrêts en 2009) et l’inoubliable performance de 70 arrêts de Ron Tugnutt avec les Nordiques de 1991.

Sauf qu’à l’époque de ces trois derniers exploits, on ne prêchait pas la parole de la statistique avancée.

Smith, lui, doit composer avec une équipe formée par une organisation qui semble avoir adopté cette nouvelle façon de faire comme mantra.

Comme on sait, le jeune directeur général des Coyotes John Chayka est un disciple de la statistique avancée.

Son équipe est jeune et avec le temps, peut-être que sa formule finira par rapporter.

Mais comme le disait Smith, pour l’instant, l’équipe n’avance pas.

Ses soirées au bureau le prouvent : il a fait face à 40 tirs ou plus au cours des huit derniers matchs des Coyotes.

La moyenne de tirs accordés par l’équipe se situe à 35,5, un sommet de médiocrité dans la LNH.

La loi du silence?

Les commentaires de Smith n’ont pas plu à l’analyste de Sportsnet Colby Armstrong.

D’après lui, le gardien aurait dû se taire et flotter sur sa brillante performance.

«Il faudrait encaisser la défaite en équipe et trouver des solutions à l’interne,» a-t-il renchéri.

N’en déplaise à mon collègue de Sportsnet, les commentaires de Smith démontrent sa fierté comme athlète et sa frustration de voir son organisation se contenter de participer.

À un certain moment quelqu’un doit se lever et décrier ce manque de vision en Arizona.

Comme je disais, peut-être à moyen ou long terme l’organisation aura raison. Mais pour l’instant ce n’est pas très concluant.

Ces statistiques avancées sont très pertinentes dans certains sports, comme le baseball où il y a souvent une compétition 1 à 1.

Mais au hockey, un sport collectif avec contacts, la donne change continuellement et forcément les statistiques aussi.

C’est pour cette raison que plusieurs directeurs généraux, dont Marc Bergevin des Canadiens, les prennent comme outils, rien de plus.

Verra-t-on la même chose en Floride où on a sacrifié Gerard Gallant?

En voulant faire plus de place aux statisticiens, les Panthers prennent le même pari que les Coyotes.

Souhaitons qu’une équipe aussi talentueuse ne voie pas sa saison piquer du nez elle aussi.