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Michel Godbout

La guigne de la 2e année

La guigne de la 2e année

Michel Godbout

Publié 08 novembre 2016
Mis à jour 08 novembre 2016

Ah, cette fameuse expression qui fait frémir tous les athlètes à leur deuxième saison, que nos cousins au sud de la frontière appellent le fameux sophomore jinx.

C’est une théorie qui veut qu’un athlète produise moins à sa deuxième saison que lors de son année recrue.

Le terme n’existe pas pour rien, tous les sports comptent des centaines d’exemples. Et la LNH ne fait pas exception.

La guigne de la deuxième année existe réellement. Surtout pour les joueurs qui ont connu une première saison productive.

Mais pourquoi?

Tous les athlètes sont unanimes pour dire qu’ils veulent faire mieux à leur seconde saison qu’à leur première.

En théorie, ils devraient effectivement mieux performer.

Après tout, si leur équipe n’a pas trop changé, ces joueurs ont une année d’expérience dans le corps qu’ils n’avaient pas auparavant.

Ils connaissent mieux leurs coéquipiers et les systèmes de jeux.

Ils savent plus à quoi s’attendre de l’opposition aussi, donc leur préparation devrait être plus efficace.

Mais la réalité dicte souvent autrement, car les joueurs qui ont connu une bonne saison recrue se voient plus surveillés à leur seconde campagne.

Le fait de vouloir mieux faire qu’à leur première année ajoute également de la pression sur leurs épaules.

Ils oublient qu’à leur saison recrue, ils étaient heureux d’atteindre leur objectif de vie, de jouer dans la LNH.  Ils ne pensaient à rien d’autre que demeurer avec l’équipe et saisir toute occasion.

Sans oublier qu’après une bonne première saison, un jeune peut parfois posséder une confiance exagérée à sa deuxième année.

Des exemples

Prenez le cas du meilleur gardien au monde: Carey Price.

À sa première campagne, il a joué 41 matchs cumulant une moyenne de buts contre de 2,56 et un pourcentage d’efficacité de 920%.  Impressionnant!

À sa deuxième campagne: 52 matchs, 2,83 de moyenne et 905% d’efficacité.  Ses pires chiffres en carrière (si l’on ne tient pas compte de l’année du lockout), la guigne a fait son oeuvre!

J’utilise l’exemple de Price pour souligner que peu importe le talent d’un athlète, la guigne n’est pas facile à contourner.

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Domi et Duclair n'y échappent pas

Prenons la cuvée actuelle des joueurs qui en sont à leur seconde saison.

Max Domi à marqué 18 buts l’an dernier, il attend toujours son premier. Il avait récolté 52 points en 2015-16 et il en compte 7 jusqu’à présent.

Son coéquipier Anthony Duclair n’a qu’un seul but à son actif, lui qui en a marqué 20 à sa première saison complète dans la LNH.

Robby Fabri, malgré un temps de glace plus élevé cette saison, à marqué son premier but à son 13e match.  Il en a enfilé 18 l’an dernier.

Dylan Larkin a totalisé 45 points à sa saison recrue dont 23 buts.  Après 13 matchs cette saison il en compte quatre et une aide. À ce rythme-là, la guigne le freinera à moins de 40 points en 82 matchs.

Évidemment, la saison est longue et ces joueurs peuvent connaître une éclosion, ne serait-ce que parce que l’entraîneur changera ses trios.

Mais la pente de la guigne est raide.

C’est à se demander si l’existence même du terme n’influence pas la seconde saison d’un athlète?

On serait presque porté à croire, qu’à force d’en entendre parler, les joueurs se soumettent à la guigne inconsciemment.

C’est comme se dire en conduisant l’hiver, «ne dérape pas, ne dérape pas», on finit par prendre le clos!

À l’instar des automobilistes qui doivent se munir de pensées positives et de bons pneus d’hiver, je souhaite donc aux joueurs qui en sont à leur seconde campagne d’aussi bonnes pensées, des lames bien affûtées et qu’ils viennent à bout de cette sacrée guigne!