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Paul Rivard

Une «coupe» de réflexions

Une «coupe» de réflexions

Paul Rivard

Publié 29 septembre 2016
Mis à jour 29 septembre 2016

La Coupe du Monde de Hockey est terminée. Et elle a couronné l’équipe du Canada. Carey Price et sa bande auront répété leur domination du dernier tournoi olympique de Sotchi, en 2014.

La finale s’est terminée sur une note dramatique et Sidney Crosby a été nommé joueur par excellence. Finalement, ce groupe, mené encore de main de maître par Mike Babcock, a étalé sa supériorité et sa profondeur, tout en évitant de tomber dans chaque piège que leur tendait des équipes moins relevées, en cours de route.

Rien à redire... rien à ajouter. La logique a été respectée.

En dehors des résultats, des classements et des statistiques, voici une coupe de réflexions. Oups... pardon. Une «couple» de réflexions, comme on dit chez nous, relativement à cet événement.

Une «coupe» de critiques

J’ai lu ou entendu des tas de critiques quant au format de l’événement puis sur le manque d’intensité de plusieurs matchs. On ne cesse de dire que c’est loin d’être un tournoi aussi relevé ou intéressant que les Jeux Olympiques.
Soit. Je comprends et je respecte ces points de vue.

Mais chaque fois que je les lis, je me reporte à la question suivante : Quand, en septembre, les amateurs de hockey ont-ils eu accès à un tel spectacle? La réponse est d’une évidence et d’une simplicité implacable. Pas souvent. Et, quand octobre et novembre seront venus, vous allez vous en ennuyer, croyez-moi.

Vous trouvez que certaines rencontres sont plates, chers détracteurs? Je crois que je préfère cent fois regarder des rencontres plates impliquant l’élite de la planète que des matchs hyper-plates impliquant des formations de la LNH comptant leur lot de plombiers et de défenseurs de troisième ordre. Sauf  mon respect pour les partisans de ces équipes, il y aura des soirs où les «duels» Canadiens-Blue Jackets ou Sénateurs-Sabres vous feront regretter bien des confrontations de la Coupe du Monde de Hockey 2016. 

Une «coupe» de bonnes idées

Le fait d’organiser un tournoi entre les principales nations de hockey, et de compléter le groupe de huit équipes avec deux formations d’apatrides était la bonne. Même si bien des puristes criaient leur mécontentement devant ces regroupements de pays, j’ai personnellement adoré le résultat. Au lieu de voir évoluer des pays qui prêteraient flanc à un éventuel massacre (comme ça se passe souvent aux Olympiques, en passant), le fait de créer ces regroupements aura permis un spectacle et un suspense constant.

Après la fin de l’événement, plus personne ne se questionnait sur la pertinence d’avoir regroupé ces jeunes de 23 ans et moins. L’équipe de l’Amérique du Nord est devenue «l’équipe chou-chou» du tournoi dès le Jour Un. Au point que bien des amateurs souhaitaient les voir accéder à la demi-finale contre le Canada, à la place des Russes.

World Cup Of Hockey 2016 - Team Russia v Team North America
Crédit photo : AFP

Quant à l’autre formation, celle de l’Europe, ils étaient légions à leur prédire une sortie rapide et humiliante, après avoir vu le premier match préparatoire contre ...les jeunes nord-américains, justement. Trop vieux et trop lents. Voilà ce qu’on disait d’eux.

Et pourtant, c’est cette courte-pointe européenne qui s’est rendue en finale. 

Une «coupe» de blessures

Marian Gaborik a été le dernier à tomber au combat. Il est un des six joueurs qui ont dû abandonner à un stade ou l’autre de l’événement en raison de blessures. Si ce n’était pas déjà assez frustrant pour eux, imaginez pour leurs dirigeants qui risquent de pâtir de ces accidents au fil des prochaines semaines ou des prochains mois. N’oubliez jamais, en avril, comment on parle de ces matchs perdus l’automne précédent, défaites ayant un impact sur une participation aux séries ratée de justesse. On parle d’une absence de HUIT semaines pour Gaborik.

Tout juste avant lui, Matthew Murray a dû déclarer forfait en raison d’une fracture à une main et ne pourra jouer pour Pittsburgh pendant les matchs pré-saison et les premières semaines du calendrier régulier. On parle ici du gardien qui a mené les Penguins à la récente conquête de la Coupe Stanley.

Matt Murray

Mikael Backlund, des Flames, et Aaron Ekblad, des Panthers, sont rentrés à la maison, victimes de commotions cérébrales, tout comme Radek Faksa, des Stars.

Et à Dallas, on devra se priver de Tyler Seguin, blessé au pied. Le même pied pour lequel il a été opéré pendant la saison morte (tendon d’Achille). Dans son cas, c’est encore plus frustrant pour les Stars puisqu’il appert que Seguin n’était visiblement pas prêt à un retour au jeu. Mais pour être sûr de pouvoir participer à l’événement, il a menti à Mike Babcock et aux dirigeants d’Équipe Canada. Le 15 septembre, le National Post a relaté l’affaire dans cet article

Et c’est un cas comme ça qui nous amène à la question suivante : doutez-vous encore de la fierté qu’ont ces athlètes à vouloir représenter leur pays dans un événement international comme la Coupe du Monde ou les Jeux Olympiques?

Et que dites-vous de la question suivante : les dirigeants d’équipes de la LNH vont-ils recommander que la Coupe du Monde disparaisse aussi vite qu’elle est revenue, afin d’éviter de voir leurs joueurs venir s’y blesser? Et, donc, de indirectement mettre en danger une participation

aux séries pour leur équipe? Et, donc, de faire entrer moins d’argent dans les coffres de l’équipe?

On jase, là...

Un «coupe» de beaux logos

Marketing oblige, on a créé des uniformes attrayants ornés de logos qui l’étaient tout autant. Mais on a aussi manqué un peu d’imagination.

Certains, comme la Russie, la Finlande, la Suède et la République Tchèque étaient très, très traditionnels alors qu’on a joué la carte conservatrice des armoiries du pays.

Quant au Canada et aux États-Unis, ils y sont allés respectivement avec de toutes aussi conservatrices versions. L’habituelle (et modernisée) feuille d’érable pour nous... les trois lettres USA sur fond de bouclier pour les Américains. Ce dernier était assurément le moins attirant des emblèmes vus à cet Coupe du Monde.

World Cup Of Hockey 2016 - United States v Czech Republic
Crédit photo : AFP

Pour ce qui est de mes deux coups de cœur, ce sont les logos des équipes de l’Europe et des joueurs de 23 ans et moins de l’Amérique du Nord. D’abord, pour les Européens, il mélangeait harmonieusement un bouclier, la lettre «E»  ainsi qu’un bâton hockey se glissant dans l’ensemble. Quant à celui des jeunes loups nord-américains, il remporte la palme. D’ailleurs, je vous ai déjà dit ce que j’en pensais dans mon texte précédent, dont je reproduis ici un court extrait :

(...) Le design de leur uniforme reflétait la jeunesse des hockeyeurs aussi bien que la jeunesse d’un public à séduire. Et ça a fonctionné, même chez les moins jeunes (j’en suis). Leur uniforme noir dont l’emblème et les numéros se déclinent en orange fluo est une réussite totale. Carrément le plus beau de tout le tournoi. Sans oublier ce logo qui ressemble aux cocardes d’un vaisseau spatial venu d’une autre planète, ou à l'emblème cabalistique d’une secte mystérieuse perdue dans les forêts du Tennessee. (...)

Et la suite?

La Coupe du Monde de Hockey 2016 est donc chose du passée. Quand la prochaine aura-t-elle lieu? Y en aura-t-il seulement une deuxième? Et que se passera-t-il avec l’autre compétition internationale majeure dont font mention les puristes et qui demeure la seule référence en terme de spectacle aussi passionnant qu’enlevant, les Jeux Olympiques?

Clairement, Gary Bettman ne semble pas chaud à l’idée d’aller un Corée du Sud sans que la Fédération Internationale de Hockey sur Glace ne paie les frais comme c’était toujours le cas depuis l’arrivée des pros de la LNH aux JO, en 1998. Et ajoutons que, sur les plans de l’organisation et du marketing, la Ligue contrôle entièrement son produit lorsqu’il s’agit de la Coupe du Monde. 

Mais comme le soulignait Philippe Cantin, ici, effectivement, la meilleure façon de vendre le hockey sur la planète est clairement de répondre «Présent!», à tous les quatre ans, lorsque s’allume la vasque olympique et que la planète entière regarde...