Paul Rivard

Entre rêve et cauchemar (et vice versa)

Entre rêve et cauchemar (et vice versa)

Paul Rivard

Publié 22 septembre 2016
Mis à jour 22 septembre 2016

Le rêve, à cette Coupe du monde de hockey, c’est de se faire offrir un tel spectacle de hockey où les «jeunes loups» de l’Amérique du Nord ont littéralement surpris, voire fait carrément la leçon à leurs aînés.

J’y reviendrai plus loin.

Car c’est d’un autre rêve dont je voulais traiter d’abord. Ou plutôt trois. Et ils ont tous viré au cauchemar.

D’abord celui d’une équipe des États-Unis qui rêvait de s’établir comme une puissance internationale. Puis, celui d’un commissaire qui rêvait d’installer un peu plus le hockey aux États-Unis grâce à ce puissant levier médiatique qu’est la Coupe du monde et avec l’aide d’un nouveau (ancien) partenaire. Et enfin, celui d’un joueur qui avait bien besoin de cet événement pour se refaire une confiance.

Échec sur (presque) toute la ligne.

U-S-A

1) Commençons par le premier cauchemar. Alors que bien des experts voyaient les Américains se rendre jusqu’en finale et peut-être même prendre une revanche sur leurs rivaux canadiens après la finale olympique de 2010, c’est plutôt une élimination rapide de l’équipe des États-Unis qui s’est produite.

Le choix de John Tortorella, comme entraîneur-chef, en avait fait sourciller plus d’un. Force est d’admettre que les craintes étaient justifiées.

La «non-sélection» du talentueux attaquant Phil Kessel avait également de quoi nous surprendre. Récent gagnant de la Coupe Stanley avec les Penguins, Kessel avait tout de même conclu les éliminatoires au quatrième rang des pointeurs (10 buts et 12aides pour 22 points). Comment cette équipe pouvait-elle se priver d’un tel apport? Le même Kessel s’est chargé de le leur faire savoir en publiant un message assassin, quelques minutes après la défaite qui officialisait l’élimination de ses compatriotes. Et quoiqu’en ont dit certains joueurs, Kessel avait mille fois raison de réagir ainsi, lançant à la face des sélectionneurs américains leur incompréhensible décision.

E-S-P-N

2) La Coupe du monde se déroule entièrement à Toronto, au Canada (si on excepte quelques matchs préparatoires saupoudrés aux États-Unis). Le Commissaire Gary Bettman n’avait assurément aucun doute quant à l’intérêt suscité par le tournoi dans notre pays. Ni sur le potentiel de marketing de ce tournoi quant à la vente de produits dérivés chez un public féru et fervent de hockey, même dans un mois de septembre qui refuse de laisser partir l’été.

Mais l’entente de télédiffusion, aux États-Unis, était conclue avec le puissant réseau ESPN. C’était la première fois depuis la fin de la saison 2003-04 que la LNH et ESPN travaillaient ensemble et M. Bettman voulait assurément que ces retrouvailles se passent bien. Il comptait énormément sur une percée des États-Unis pour capter l’attention des amateurs et, bien sûr, donner à ce partenariat télévisuel renouvelé une équipe américaine durable sur les écrans d’ESPN.

M-A-X

3) Et que dire du pauvre Max Pacioretty, incapable de catalyser ses ambitions par le biais de résultats sur la patinoire. Montré du doigt par Tortorella, il a été impliqué dans quelques jeux donnant malheureusement raison à son controversé entraîneur.

Mais si ce n’était que ça. Pendant qu’il échouait sur une scène mondiale, «Patch» était aussi l’acteur impuissant d’un autre psychodrame qui se déroulait au sein de la communauté municipale et sportive où il œuvre à longueur d’année. Et comme capitaine qui plus est.

Et là aussi, il a semblé perdre une bonne partie de son capital crédibilité, en plus de constater que ses patrons ont tardé de façon gênante à se porter à sa défense.

En quelques jours, vraiment, la Coupe du monde de Max Pacioretty aura transité du rêve...au cauchemar.

Jeunesse. Vitesse. Finesse.

Mais l’inverse s’est également produit. Et ce qui aurait pu être un cauchemar pour les organisateurs de la Coupe du monde, s’est transformé en véritable rêve.

Avant l’événement, plusieurs avaient reproché ces organisateurs de vouloir créer des pays en réunissant, d’une part, des joueurs de nations peu productives en hockey (Équipe Europe) et, d’autre part, des joueurs de 23 ans et moins du Canada et des États-Unis en une formation de «jeunes talents».

Réussite sur (presque) toute la ligne

L’équipe européenne, peu spectaculaire et âgée, a tout de même réussi à se qualifier pour les demi-finales pendant que celle de l’Amérique du Nord a fait écarquiller des yeux, fait lever les gens de leur siège et fait hurler de joie bien des connaisseurs blasés.

Et il est là, le rêve. Un rêve tout éveillé alors que les premiers choix de repêchage des quatre dernières années ont mené un défilé où jeunesse, vitesse et finesse s’entrelaçaient avec une maestria aussi impressionnante que jouissive.

Qui plus est, le design de leur uniforme reflétait la jeunesse des hockeyeurs aussi bien que la jeunesse d’un public à séduire. Et ça a fonctionné, même chez les moins jeunes (j’en suis). Leur uniforme noir dont l’emblème et les numéros se déclinent en orange fluo est une réussite totale. Carrément le plus beau de tout le tournoi. Sans oublier ce logo qui ressemble aux cocardes d’un vaisseau spatial venu d’une autre planète, ou à l'emblème cabalistique d’une secte mystérieuse perdue dans les forêts du Tennessee.

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Crédit photo : AFP

Évidemment, s’il y avait une prochaine Coupe du monde dans quatre ans, qui sait si le contingent de talent serait aussi formidable que celui de cette année? Impossible de le prédire mais une chose est claire, on n’oubliera jamais la première édition de cette équipe de jeunes loups. Sans contredit l’équipe «chou-chou» de cette Coupe du monde.

Une véritable équipe de rêve.

De quoi faire oublier le cauchemar américain.