De Jonge

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Brésil 2016

«Une vive déception» - Mark de Jonge

Publié | Mis à jour

Mark de Jonge n’aura pas sauvé l’honneur de son pays en canoë-kayak à Rio.

Grand espoir de médaille, il a été écarté du podium samedi matin en terminant septième lors de la finale du K1 200 mètres présentée au stade de Lagoa.

C’est la première fois depuis les Jeux de Barcelone, en 1992, que le Canada ne récolte aucune médaille dans cette discipline qui a pourtant procuré au pays de belles récompenses dans le passé.

Le Britannique Liam Heath a obtenu l’or en ralliant l’arrivée en 35,197 s devant le Français Maxime Beaumont (35,362 s), deuxième.

L’Espagnol Saul Craviotto et l’Allemand Ronald Rauhe, crédités du même chrono (35,662 s), ont tous deux accédé à la troisième marche du podium.

De Jonge (36,080 s), médaillé de bronze à Londres en 2012, a concédé près de neuf dixièmes de seconde au champion olympique.

Seul l’Australien Stephen Bird (36,426 s) a fait pire que lui en terminant à la huitième et dernière place.

« Pas loin du but... »

Vingt minutes après sa course éprouvante, de Jonge tentait toujours de reprendre son souffle quand il a affronté les journalistes.

«Je vis une grande déception, a-t-il déclaré d’entrée de jeu. Terminer septième n’était certes pas mon objectif.»

«Mais, honnêtement, je pense que je n’étais pas loin du but non plus.»

De Jonge était le patron du K1 200 m depuis plus de deux ans.

L’an dernier, il a défendu avec succès son titre de champion du monde acquis en 2014. En somme, on disait de lui qu’il était l’homme à battre à Rio.

Une saison en dents de scie

Mais ses récentes prestations en Coupe du monde, aux mois de mai et de juin en Europe, ont laissé planer un certain doute.

«Mes dernières courses n’ont pas été à la hauteur», a-t-il fait remarquer.

Et ce doute ne s’est jamais dissipé. Surtout pas depuis son arrivée au Brésil lundi.

Au contraire, autant en préliminaires qu’en demi-finale vendredi, où il a assuré sa qualification par trois petits millièmes de seconde en terminant quatrième, il aura été tout sauf convaincant.

«C’est une saison de hauts et de bas, a-t-il dit. Encore aujourd’hui, ça n’a pas fonctionné comme je l’aurais souhaité. Je n’ai pas eu ma meilleure journée la veille et j’espérais retrouver mon rythme pour la finale. Je voulais être combatif et attaquer au meilleur de mes possibilités, mais ce ne fut pas suffisant.

«Si cette course avait été présentée l’an dernier, j’imagine qu’une médaille aurait été plus accessible pour moi. Est-ce moi qui ai ralenti ou les autres qui ont progressé?, s’est-il interrogé. Je n’en ai aucune idée.»

«C’est dommage, parce que deux semaines avant d’arriver à Rio, j’avais amélioré mon meilleur temps personnel. Cela dit, avec un peu de recul, je suis heureux de ma performance, même si je m’attendais à un meilleur résultat en fin de compte.»

«Je vais maintenant prendre quelques jours de réflexion pour déterminer ce qui a expliqué ma septième place.»

Trop tôt encore pour parler de Tokyo

L’athlète originaire de Calgary, âgé 32 ans, n’a toutefois pas voulu spéculer sur son avenir.

«Il est beaucoup trop tôt pour penser à une participation aux Jeux de Tokyo, a-t-il rétorqué. Je suis conscient que c’est un engagement à long terme et que ça représente quatre autres années de sacrifices.

«Mais le kayak, c’est ma vie, ma carrière, et j’adore toujours le pratiquer à ce niveau.»

Un entraîneur canadien sous le choc

Frédéric Jobin est l’architecte des succès de Mark de Jonge, celui qui en a fait un champion du monde en kayak.

Après le parcours chancelant de son protégé à Rio, l’entraîneur québécois n’a pas caché sa stupéfaction.

«Je suis un peu sous le choc, a-t-il déclaré. Nos attentes envers Mark étaient très élevées. Nous étions ici pour gagner.»

Jobin a toutefois révélé à un petit groupe de journalistes québécois, au stade de Lagoa, qu’il n’était pas tout à fait sûr lorsqu’il s’est présenté avec son équipe au Brésil.

«On a réalisé qu’il y avait un petit problème lors de nos récentes participations en Coupe du monde cette année», a avoué Jobin. De Jonge, dominant depuis près de quatre ans, montrait en effet certains signes d’irrégularité ces derniers mois.

Il n’était plus celui qui était considéré comme le patron du K1 200 m.

Des indices à Rio

«Quelque chose ne marchait pas, a souligné Jobin. S’il se qualifiait pour les finales, il peinait à terminer parmi les cinq premiers en Coupe du monde.

«À ce moment-là, il fallait identifier le problème avec Mark. On est revenus à la maison et nous l’avons évalué avec des instruments sophistiqués. Les résultats ont toutefois montré qu’il était revenu, il y a quelques semaines, au même niveau que l’an dernier. Ça nous avait rassurés.»

La tenue de son protégé avant la finale n’a pourtant pas calmé ses inquiétudes.

«Mark a toujours gagné ses courses préliminaires depuis quatre ans, a rappelé Jobin. Là, il termine troisième. Puis, le lendemain, il passe de peine et de misère lors de la demi-finale.

«Je me suis alors dit qu’on était dans le “trouble”, tout en espérant qu’il se rachèterait en finale.»

Mais ce scénario optimiste ne s’est pas concrétisé. «Mark m’a indiqué après sa course qu’il était surpris de se retrouver aussi loin derrière le meneur.

«C’est un peu mystérieux. Ça va prendre des semaines pour savoir ce qu’il s’est réellement passé. Mark est un super athlète et il n’était pas blessé.

«On s’est plantés, mais on veut comprendre pourquoi...»

Le peloton était relevé, certes, mais, de l’avis de Jobin, le niveau d’excellence n’a pas augmenté.

Les filles ont tout donné

«On rêvait à plus, s’est exclamée Émilie Fournel après l’épreuve du K4 500 m disputée samedi matin. Mais nous sommes plus que satisfaites de notre performance.»

L’athlète de Lachine et ses partenaires Andréanne Langlois, Genevieve Orton et KC Fraser ont mené l’embarcation canadienne au huitième et dernier rang, après avoir causé la surprise en accédant à la finale la veille.

«On aurait évidemment souhaité un meilleur résultat, mais nous sommes fières de cet accomplissement parce qu’on a tout donné, a fait valoir Fournel.

«On a aussi prouvé que nous, les filles, nous avons un avenir prometteur en canoë-kayak.»