Canadiens de Montréal

Résigné devant le brio de Dryden

Publié | Mis à jour

Si le destin avait suivi son cours normal, Rogatien Vachon aurait pu être le gardien numéro un du Canadien pendant la majeure partie des années 1970.

Le brio de Vachon à ses deux premières saisons complètes avec le Canadien de Montréal lui avait permis de supplanter le vieillissant et aérodromophobe Lorne Worsley dans les premières semaines de la saison 1968-1969.

Il aura fallu qu’un grand universitaire de 6 pi 4 po vienne contrecarrer les plans au printemps de 1971.

Rappelé en fin de saison, Ken Dryden n’avait eu que six matchs pour se familiariser avec la LNH avant que ne s’amorcent les séries éliminatoires.

Malgré tout, c’est à lui qu’Al McNeil avait confié le filet pour amorcer le tournoi printanier. Dryden a répondu à l’appel en menant le tricolore à sa 17e coupe Stanley, raflant au passage le trophée Conn Smythe.

«À partir de ce moment, il n’y avait plus de place pour moi à Montréal. Alors, au cours de l’été, je suis allé voir Sam Pollock, notre directeur général, et je lui ai demandé une transaction», a raconté Vachon, en conférence de presse.

«J’aurais pu rester et disputer une vingtaine de matchs par saison, mais j’étais encore jeune et je désirais encore être un gardien partant», a-t-il ajouté.

L’homme aujourd’hui âgé de 70 ans fut exhaussé au cours de la saison suivante.

Un marché chancelant

Même s’il n’a plus jamais passé près de gagner la coupe Stanley, cette décision fut bénéfique pour sa carrière.

En sept saisons avec les Kings de Los Angeles, Vachon a remporté 171 des 389 rencontres auxquelles il a pris part, dont 32 par jeu blanc. Il fut la première vedette des Kings, à l’époque où le hockey était plus que chancelant en Californie.

«On peut dire que ça a bien tourné pour moi», a-t-il lancé.

D’ailleurs, il convient qu’il aurait peut-être obtenu plus de reconnaissance s’il avait évolué toute sa carrière dans un marché de l’est du continent.

«Les choses ont maintenant changé, mais à l’époque, avec les trois heures de décalage, nous n’avions pas beaucoup de couvertures médiatiques dans l’Ouest. On était un peu les laisser pour compte», a indiqué Vachon, premier joueur des Kings à voir son numéro être retiré.

Devant le grand Gordie

Malgré une fin en dents de scie avec le Canadien, Vachon garde un excellent souvenir de ses six saisons à Montréal.

«On avait une équipe extraordinaire. J’ai eu la chance de jouer avec des joueurs exceptionnels comme Jean Béliveau et Henri Richard. Cette équipe de la fin des années 1960 regorgeait de futurs membres du Temple de la Renommée. Avoir pu en faire partie est tout simplement exceptionnel.»

Et c’est face à une autre légende que c’est amorcé cette carrière qui allait le mener plus d’un demi-siècle plus tard, au Temple de la Renommée.

«Le jour où on m’a rappelé de Houston, le Canadien jouait au Forum contre Detroit. Pour mon premier lancer, j’ai eu droit à une échappée de Gordie Howe. Je ne me souviens pas si j’ai fermé les yeux ou pas, mais j’ai arrêté la rondelle. Cet arrêt m’a permis de rester 16 ans dans la LNH.»