Pittsburgh - San Jose

Dupuis : le cœur gros

Agence QMI / Jean-François Chaumont

Publié | Mis à jour

Pascal Dupuis a sa barbe des séries. Elle n’est pas aussi gigantesque que celle de Joe Thornton ou de Brent Burns, mais elle lui procure l’apparence d’un joueur impliqué dans la course aux séries depuis plusieurs semaines.

À la journée consacrée aux médias au CONSOL Energy, Dupuis avait également son petit podium, tout juste à côté de celui de Marc-André Fleury. Son nom figure encore sur la liste des blessés des Penguins.

S’il reste actif au sein de l’équipe, l’ailier de 37 ans n’a pas endossé l’uniforme des Penguins depuis le 6 décembre contre les Ducks, à Anaheim. Deux jours après ce match, il a annoncé sa retraite en raison de ses problèmes de caillots sanguins.

À la veille de l’ouverture de la finale de la Coupe Stanley entre les Sharks et les Penguins, Dupuis a parlé avec son cœur, ne cachant pas sa tristesse de voir ses coéquipiers continuer l’aventure sans lui sur la glace.

«Je n’ai pas encore fait le saut du côté des retraités dans ma tête, a mentionné Dupuis. Je me considère encore comme un joueur et je porte fièrement ma barbe.»

«Non, je ne suis pas encore en paix avec le fait que je ne joue plus, a-t-il poursuivi. J’y pense encore tous les jours. Je suis en paix avec ma décision d’arrêter, mais je trouve ça tellement dur de voir mes coéquipiers vivre une finale de la Coupe Stanley sans moi. Le plus dur jusqu’à présent, c’était le septième match de la finale de l’Est. Tu deviens tellement nerveux puisque tu n’as aucun contrôle sur ce qui se passe. Tu veux que les gars l’emportent, mais tu ne peux pas les aider. Je n’avais jamais vraiment vécu ça.»

Un rôle différent

Depuis sa longue période de convalescence de l’an dernier, Dupuis a expérimenté un nouveau rôle au sein de l’équipe. À l’invitation de Jim Rutherford, il regardait les matchs de la passerelle de presse. Il a repris le même rôle cette année.

«Je me sens malgré tout comme un membre à part entier de l’équipe, a-t-il dit. Évidemment, mon rôle a changé. J’arrive à l’aréna en même temps que les joueurs, mais je ne reste pas en complet comme les entraîneurs.»

«Je mets encore ma combinaison de hockey et mes souliers. Je m’entraîne avant les matchs. Mais quand les gars sautent sur la glace pour la période d’échauffement, c’est là que je sors mon complet. Je monte sur la passerelle de presse et c’est de là que j’essaye d’aider l’équipe. Je vois le jeu d’en haut. Après les périodes, on discute et je donne quelques recommandations à coach Sullivan. Sergeï Gonchar fait la même chose que moi.»

En plus de ses recommandations pour les entraîneurs, Dupuis n’hésite pas à donner des conseils à ses coéquipiers.

«J’ai vécu deux fois la finale de la Coupe Stanley et je sais que mon expérience peut servir pour les plus jeunes joueurs, a-t-il mentionné. Je peux aussi détendre l’atmosphère au sein du vestiaire avec quelques petites blagues.»

Une promesse

Finaliste pour l’obtention du trophée Bill-Masterton, décerné au joueur ayant démontré la plus grande persévérance et esprit d’équipe, Dupuis avait promis à sa femme Carole-Lyne et à ses quatre enfants qu’il ne placerait plus jamais sa propre vie en danger afin de poursuivre sa carrière dans la LNH. Il a respecté sa parole en arrêtant de jouer au mois de décembre.

La peur de développer un autre caillot de sang et de subir une autre batterie de tests devenait tout simplement insoutenable.

«Ma femme ne regardait plus les matchs à la fin, mon garçon aussi, a précisé Dupuis. C’était aussi difficile pour mes filles. Mon épouse suivait juste la rencontre pour savoir si j’avais bloqué un tir ou si je m’étais blessé. Elle avait peur de recevoir un appel, comme je l’avais fait à deux ou trois reprises puisque je devais partir à l’hôpital pour subir des examens. Ça devenait pesant sur tout le monde.»

S’il ne tourne pas la page facilement, Dupuis peut se consoler quand il retourne à la maison.

«Quand tu joues au hockey, tu es passionné par ton sport. Dans la vie de tous les jours, tu ne peux pas recréer la sensation de marquer un gros but. Tu ressens le respect du milieu du hockey et de tes coéquipiers. Mais quand j’arrive à la maison, je sais que mes enfants et ma femme me regardent avec des yeux différents, mais avec beaucoup de fierté. Je ne suis pas juste un joueur de hockey, je suis un père aussi.»