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Soccer

L’impossible exploit des Foxes

Ian Gauthier / TVA Sports

Publié | Mis à jour

Le match nul de lundi entre Chelsea et Tottenham a confirmé le sacre de Leicester City en Premier League pour la saison 2015-2016.

Il s’agit là d’un exploit pareil à aucun autre dans l’histoire récente du sport professionnel. Lorsque l’entraîneur de l’équipe, l’Italien Claudio Ranieri, a été embauché en début de saison, ses patrons n’avaient qu’un seul objectif : s’assurer de rester en Premier League à la fin de la saison, donc d’éviter de terminer dans les trois dernières places du classement, ce qui aurait relégué les Foxes à l’échelon inférieur, la «Championship».

Remporter le titre? Allons, c’eût été de manquer de sérieux, de rêver. Au soccer européen, les moyens financiers font foi de tout. La plupart des experts donnaient Chelsea ou Manchester City pour champions. Arsenal et Manchester United pouvaient peut-être causer la surprise. Leicester? Oui, la présence en Premier League amène beaucoup d’argent à toutes les équipes, en raison des droits de télévision. Mais l’équipe n’a pas les moyens de rivaliser avec les gros joueurs.

D’ailleurs, les preneurs aux livres avaient établi les chances de Leicester à 5000 contre un pour le titre. En d’autres mots, les hommes de Ranieri avaient 0,0002 % des chances de soulever le trophée.

À quel point ce titre est-il une surprise? Comparons avec d’autres victoires étonnantes. L’équipe américaine de hockey était à 1000 contre un pour son affrontement contre les Soviétiques aux Jeux olympiques de Lake Placid en 1980. On claironne depuis que cette victoire était un «miracle».

Les chances pour les Browns de Cleveland de remporter le prochain Super Bowl sont de 200 contre un. Les Rams de St. Louis, propulsés par Kurt Warner, ont gagné le Super Bowl en 2000 alors qu’ils étaient cotés à 300 contre un.

Les «Miracle Mets» de 1969 étaient à 100 contre un. Le soir où il a ravi le titre des lourds à Mike Tyson en 1990, Buster Douglas était donné vainqueur à 42 contre un.

Si l’on sort du domaine du sport, certaines choses ahurissantes avaient plus de chances d’arriver, comme de retrouver Elvis Presley vivant (2000 contre un) ou de voir Kim Kardashian devenir présidente des États-Unis (aussi 2000 contre un), pour ne nommer que ça. Les chances de découvrir le monstre du Loch Ness sont établies à 500 contre un.

Finalement, il s’agit peut-être de l'exploit le moins probable de l’histoire du sport.

Des héros inattendus

Mais comment est-ce arrivé? On peut commencer par dire que ceux qui étaient attendus au sommet, Chelsea et Man City, n’ont pas connu de grandes saisons. Ce fut même catastrophique pour le club londonien, qui allait tellement mal cet automne que l’entraîneur Jose Mourinho a été congédié. Même Didier Drogba a eu envie de retourner à Chelsea pour aider le club!

On ne reviendra pas là-dessus...

Mais ce qui a mené les Foxes au titre, c’est l’émergence de quelques joueurs dont personne ne se méfiait. «Des joueurs considérés trop petits ou trop lents pour les gros clubs», comme l’expliquait l’entraîneur Ranieri dans un excellent texte publié sur «The Players’ Tribune».

L’attaquant anglais de 29 ans Jamie Vardy, qui a marqué 22 buts jusqu’à maintenant cette saison (au troisième rang de la ligue), ne jouait pas pour une équipe professionnelle lorsque Leicester a obtenu ses services en 2012. Les journalistes qui couvrent le sport en Angleterre viennent de le nommer joueur de l’année.

Le rapide et infatigable milieu de terrain N’Golo Kanté, qui s’est révélé comme une sorte de «lapin Energizer» du foot anglais, jouait pour Caen, en France, la saison dernière. Ranieri lui a un jour dit qu’il réussirait à marquer de la tête sur un ballon qu’il a centré lui-même.

L’Algérien Riyad Mahrez évoluait pour Le Havre, en deuxième division française, lorsque Leicester l’a embauché en 2014. Il a marqué 17 buts et réussi 11 passes décisives cette saison, pour finir derrière Vardy au scrutin mentionné plus haut.

L’entraîneur Ranieri mérite aussi des félicitations pour avoir réussi à amener ce groupe de joueurs à travailler très fort, en équipe.

«Je pense que notre histoire est importante pour tous les amateurs de football autour du monde, écrivait-il dans the Players’ Tribune. Elle donne de l’espoir à tous les jeunes joueurs qui se sont un jour fait dire qu’ils n’étaient pas assez bons.»

Et pour la suite?

Leicester City doit maintenant se préparer à la Ligue des champions de l’UEFA, pour laquelle l’équipe s’est obtenu un laissez-passer avec panache. Les Foxes réussiront-ils à retenir Kanté, Vardy et Mahrez pour la saison prochaine? Les propriétaires recevront probablement des offres très alléchantes pour ces joueurs, spécialement Vardy, étant donné que les grosses écuries anglaises sont toujours prêtes à surpayer pour obtenir un joueur local de qualité.

Mais l’organisation a également empoché beaucoup d’argent, cette saison, grâce à cette invraisemblable épopée. Peut-être, au contraire, que l’état-major choisira de dépenser afin de solidifier l’effectif en vue des défis de l’an prochain.

Quoiqu’il en soit, les Foxes viennent de réaliser un exploit dont on parlera encore dans 50 ans.